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La paix toujours hors de portée à l’Est de la RDC

La paix reste hors de portée à l’Est de la RDC. Négociations bloquées, offensives rebelles, accusations croisées et massacres de civils : deux mois après l’accord de juillet, le terrain dément l’espoir fragile d’une sortie de crise.

Des Forces armées de RDC à l’Est du pays. ©DR

L’accord fin juin de Washington avec le Rwanda et la signature d’une déclaration de principes entre le gouvernement congolais et le M23 à Doha au Qatar en juillet, assortie d’un accord de paix annoncé avec le Rwanda, avaient fait naître un espoir dans l’Est de la République démocratique du Congo. Mais l’ultimatum du 18 août est passé sans avancée, et la médiation qatarie peine à masquer l’enlisement des discussions. Sur le terrain, les rebelles multiplient leurs offensives, Kigali déploie ses troupes, et Kinshasa riposte en mobilisant milices et alliés régionaux. Civils bombardés, villages repris puis reperdus, massacres de masse : la spirale de violence ne faiblit pas. L’État islamique en Afrique centrale a tué une centaine de personnes lors du massacre de Lubero, rappelant qu’au-delà du M23, des dizaines de groupes armés continuent de semer la terreur. Deux mois après la promesse de paix, l’Est congolais reste prisonnier d’une guerre sans fin.

Des négociations au point mort

L’ultimatum fixé au 18 août est passé sans résultat tangible. Les médiateurs qataris, tout en saluant ce qu’ils décrivent comme une « volonté nouvelle de dialogue », admettent que beaucoup de points restent à clarifier (notamment les calendriers, point jugé moins rigide dans les négociations). Mais trois semaines plus tard, le bilan est sombre : aucune des parties n’a cédé sur ses exigences centrales.

Le gouvernement congolais insiste sur la restauration de toutes les localités conquises par le M23, condition sine qua non pour toute avancée significative — il réclame le retour à l’autorité de l’État dans ces zones. En août, les FARDC (armée congolaise), en collaboration avec les résistants « Wazalendo », avaient réussi à reprendre des localités telles que Katana, Mulamba dans le Sud-Kivu, précédemment occupées par le M23.

De son côté, le mouvement rebelle exige, avant tout retrait ou concession territoriale, la libération de prisonniers. Bien que je n’aie pas trouvé de chiffre officiel confirmant la demande de « plusieurs centaines » de prisonniers dans le cadre de l’accord, les documents indiquent que plus de 8 000 prisonniers se sont évadés entre janvier et mars 2025 dans les provinces de l’Est du pays (Nord-Kivu, Sud-Kivu), alors que les combats s’intensifiaient.

Escalade militaire

Pendant que les négociations stagnent, la situation militaire s’est considérablement détériorée. Tout au long du mois d’août, le M23 et ses alliés ont multiplié les offensives, s’emparant de plusieurs localités stratégiques au Sud-Kivu. Le 5 septembre, Kinshasa a accusé Kigali d’avoir déployé 750 soldats dans la province, mettant en lumière la fragilité – voire la mauvaise foi – de l’engagement rwandais au processus de paix.

Face à ces accusations, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), branche politique du M23, a riposté en dénonçant des violations du cessez-le-feu par les forces gouvernementales. Selon elle, Kinshasa, appuyé par des milices alliées et des troupes burundaises, aurait lancé une vaste offensive depuis Uvira et même depuis Bujumbura. L’AFC accuse en outre ces forces d’avoir ciblé volontairement des zones densément peuplées avec de l’artillerie lourde et des drones.

Le poids d’une guerre

Sur le terrain, les violations continuent. Entre le 9 et 21 juillet, selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, le M23 a tué au moins 319 civils dans le territoire de Rutshuru, en province du Nord-Kivu — parmi eux 48 femmes et 19 enfants. Human Rights Watch a déclaré que le groupe armé M23, contrôlé par le Rwanda, a exécuté plus de 140 civils, majoritairement hutus, dans au moins 14 villages et petites communautés agricoles en juillet 2025, près du parc national des Virunga, dans l’est de la République démocratique du Congo.

Le massacre perpétré dans la nuit du 8 au 9 septembre dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, en est une illustration tragique. Les combattants de l’État islamique en Afrique centrale (ISCAP) ont tué environ 100 civils, selon les Nations unies. Ce carnage rappelle que, au-delà du M23, une multitude de groupes armés opèrent en toute impunité dans l’Est de la RDC, chacun alimentant un cycle de violence sans fin.

Une paix incertaine

À l’heure actuelle, aucun signe fiable ne laisse présager une désescalade prochaine. En effet, la Déclaration de principes signée le 19 juillet à Doha prévoyait que les négociations commenceraient le 8 août et que les parties signeraient un accord final au plus tard le 18 août. Les acteurs n’ont pas respecté ces échéances et n’ont pas conclu d’accord concret. D’ailleurs, le 17 août, le médiateur qatari a partagé un projet d’accord de paix avec le gouvernement congolais et le M23, mais les deux parties n’ont pas été capables de se mettre d’accord sur les termes, notamment ceux touchant la libération des prisonniers — point de tension majeur.

Kinshasa et des observateurs dénoncent de leur côté l’absence de retrait du M23 des zones capturées, ce que le gouvernement congolais considère comme une condition sine qua non pour tout avancement. Le M23 affirme, pour sa part, que ce n’est pas un “retrait” mais que des mécanismes garantissent la restauration de l’autorité de l’État, ce qui reflète un désaccord fondamental sur les termes de l’application de l’accord.

Inès Kabasele Tshiela

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