RCA : Anicet-Georges Dologuélé promet de remettre le pays sur pied
Le candidat à la présidentielle du 28 décembre 2025, Anicet-Georges Dologuélé, mise sur sa crédibilité économique pour convaincre les électeurs en République centrafricaine (RCA). Son pari : relancer la production nationale, assainir les finances publiques et attirer des partenaires internationaux. Mais dans un contexte socio-politique volatile, cette promesse économique peut-elle vraiment suffire ?

À 68 ans, Anicet-Georges Dologuélé revient sur la scène politique pour la présidentielle de décembre 2025 en République centrafricaine (RCA), déterminé à offrir aux Centrafricains une alternative crédible au président sortant Faustin-Archange Touadéra. Déjà candidat en 2015 et 2020, l’ancien Premier ministre et président de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) considère cette élection comme un « choix de survie nationale » pour une nation épuisée par des décennies de crises. Dans une récente interview, Dologuélé a affirmé avec force : « Notre peuple a expérimenté un régime pendant dix ans. Dix années d’attentes, de promesses et de souffrances », soulignant ainsi le besoin d’un nouveau départ. Pour lui, cette élection n’est pas « comme les autres : c’est un choix de survie nationale, un choix entre la résignation et l’espérance ».
Sur le terrain, Dologuélé explique sont projet de société intitulé « 25 engagements pour réparer un Centrafrique abîmé et offrir une vie meilleure à mes compatriotes ». Il insiste notamment sur l’importance de faire de l’industrialisation « un moteur de la reprise économique » et de promouvoir l’éducation et la professionnalisation des jeunes pour garantir « la stabilité et la prospérité du pays ». Mais dans un contexte socio-politique tendu, la promesse économique peut-elle suffire ? Anicet-Georges Dologuélé peut-il vraiment remettre la RCA sur pied ?
Contexte électoral tendu
Ancien président de la Banque des États de l’Afrique centrale (BDEAC), Dologuélé ne se contente pas de présenter un programme économique : il dénonce un ordre politique qu’il juge verrouillé. Dans une interview récente, l’ancien ministre des Finances accuse le président sortant Touadéra de vouloir « être président à vie » et dénonce la manipulation du scrutin pour le rendre opaque. Selon lui, la seule manière de « faire partir Touadéra » est de le battre aux urnes, et non par le boycott, comme le prônent certains opposants. La participation active au processus électoral reste, pour Dologuélé, la condition d’une alternance possible.
Toutefois, l’indépendance de l’Autorité nationale des élections (ANE) demeure un point d’inquiétude. Les responsables de cet organe, chargé de l’organisation du scrutin en RCA, recevraient des menaces : « Les commissaires disent qu’ils craignent pour leurs vies. C’est inadmissible ! Nous parlons du sort de six millions de Centrafricains. Les élections ne sont pas la propriété de Touadéra », dénonce le candidat de l’URCA.
La révision constitutionnelle de 2023 a permis à Touadéra de briguer un troisième mandat, marquant ce climat électoral. Une décision perçue par l’opposition comme un moyen de consolider un pouvoir devenu imperméable à la contestation. Le verrouillage des règles électorales, notamment autour de la question de la nationalité, a conduit Dologuélé à renoncer à sa nationalité française pour satisfaire aux critères d’éligibilité, une démarche qu’il justifie comme un impératif démocratique. Le président de l’URCA dénonce également la stratégie du pouvoir visant à diviser les Centrafricains, en créant des catégories de citoyens selon leur soutien politique ou leur double nationalité, une pratique qu’il considère comme discriminatoire et arbitraire.
Un discours pragmatique
Contrairement à d’autres leaders de l’opposition ayant appelé au boycott du scrutin, Dologuélé plaide pour une participation active et responsable. Selon lui, l’abstention ne ferait que renforcer le pouvoir de Touadéra, déjà solidement implanté dans certaines institutions et zones stratégiques. Fort de ses expériences passées lors des présidentielles de 2015 et 2020, Dologuélé estime que seule la mobilisation citoyenne peut offrir une alternative crédible : « Engager les citoyens, ce n’est pas seulement voter, c’est construire ensemble un État transparent, où chacun se sent représenté et protégé. » En campagne dans les villes du pays, le candidat à sa troisième présidentielle insiste sur la nécessité de dépasser les divisions ethniques et régionales pour bâtir un État efficace et inclusif. Dans certaines régions encore sous contrôle de groupes armés, la participation civique est essentielle pour garantir que toutes les voix soient comptées.
Economiste de formation et ancien ministre des Finances, Dologuélé propose une vision fondée sur des réformes institutionnelles profondes et une renaissance économique. Cependant, il fait face à des défis majeurs. La fragmentation de l’opposition affaiblit son potentiel électoral, tandis que les appels au boycott divisent la plateforme politique. Par ailleurs, la confiance dans le processus électoral est entamée par des critiques sur l’organisation et la transparence du scrutin. Enfin, les perceptions autour de la Constitution et des marges de manœuvre politiques posent la question de la capacité réelle des candidats à opérer un changement institutionnel dans un système jugé biaisé.
À l’épreuve des réalités
La présidentielle du 28 décembre 2025 dépasse la confrontation entre Touadéra et Dologuélé : elle touche à la capacité de la RCA à consolider une démocratie crédible. Dans un contexte de réformes institutionnelles contestées et avec une population jeune souvent sceptique quant à l’efficacité du système politique, la compétition électorale est un véritable test. Touadéra, au pouvoir depuis 2015, mise sur la continuité et la sécurité après des années de crises. Mais la révision constitutionnelle de 2023, levant les limites de mandat, a renforcé la perception d’un pouvoir cherchant à verrouiller l’espace politique. Face à cela, une partie de l’opposition appelle au boycott, estimant que les conditions ne sont pas réunies pour une élection libre et équitable.
Dans ce climat, Dologuélé critique ouvertement l’ANE, affirmant qu’elle « ne peut pas être considérée comme un organe neutre » et qu’elle est « à la solde du pouvoir », remettant en cause sa capacité à organiser un scrutin transparent. Ses opposants, eux, le présentent comme le candidat de la France, lui qui a renoncé il y a quelques mois à sa nationalité française. Pour ses partisans, Dologuélé incarne une alternative structurée, fondée sur la responsabilité, l’éducation, l’emploi et l’inclusion. Son projet vise à replacer la Centrafrique sur une trajectoire de développement durable et apaisé.
Mais « l’heure de Dologuélé » dépendra largement de sa capacité à convaincre la société que sa vision dépasse la simple critique du pouvoir : elle doit rassembler, offrir des solutions concrètes aux frustrations populaires et restaurer la confiance démocratique.
Par Gilbert GOMBESSA, à Bangui




1 commentaire