« Ndemri », l’agriculture connectée au service des paysans
À Maroua dans la zone sahélienne du Cameroun, une solution technologique conçue par de jeunes ingénieurs révolutionne les pratiques agricoles. Grâce à l’application « Ndemri », des cultivateurs voient leurs récoltes s’améliorer malgré la sécheresse et la pauvreté des sols.

Sous le soleil impitoyable de Maroua dans la zone sahélienne de l’Extrême-Nord du Cameroun, Adamou N., cultivateur d’oignons depuis plus de quinze ans, inspecte ses planches avec une satisfaction visible. Avant, les récoltes de ses champs situés à une vingtaine de kilomètres de la ville, flétrissaient : sécheresse, sol épuisé, ravageurs et maladies l’avaient souvent contraint à abandonner certaines parcelles. « Je perdais parfois jusqu’à 40 % de ma récolte sans même comprendre pourquoi », confie-t-il. Mais depuis qu’il a commencé à utiliser l’application « Ndemri », ses rendements se sont améliorés de façon tangible. Il sait désormais quand irriguer, comment enrichir le sol, à quel stade agir contre les parasites, et où semer pour maximiser le potentiel de la terre. Grâce à des recommandations personnalisées et des alertes intelligentes, il a augmenté sa production d’oignons de plus de 25 % en une seule saison.
Le projet a été conçu après une enquête menée auprès des agriculteurs locaux pour identifier leurs besoins. Cette phase qui a impliqué des entretiens avec des agriculteurs, des coopératives agricoles et des experts en agronomie a débouché sur la conception de la plateforme « Ndemri ». « Avant le développement de l’application, une étude approfondie a été réalisée sur le terrain pour comprendre les difficultés des agriculteurs dans cette partie du pays, où il ne pleut plus abondamment », explique le plus ancien des huit employés, présent dès le lancement de cette plateforme basée à Maroua.
Une réponse locale
L’histoire d’Adamou illustre un problème plus large. En Afrique subsaharienne, et particulièrement au nord Cameroun, l’agriculture est fragilisée par de multiples contraintes par des phénomènes climatiques : sécheresse, perturbation des cycles de croissance, usage intensif de pesticides qui épuisent les sols. Dans le Nord, où la saison pluvieuse ne dure parfois que trois mois, les rendements ne cessent de baisser. C’est pour répondre à cette crise qu’est née « Ndemri », mot fulfuldé qui signifie « agriculture ». L’application est le fruit d’un projet initié en 2023 à l’École nationale supérieure polytechnique de l’Université de Maroua, dans le cadre du Maroua Innovation Challenge.
À la tête du projet, Isaac Touza, doctorant en informatique et fondateur de la startup Maroua Innovation Technology (MIT), s’est inspiré de son expérience à l’India Africa Hackathon en 2022. « Cette expérience a été une révélation pour moi. Quand je suis rentré au Cameroun, j’ai décidé d’implémenter cette solution au niveau local pour répondre aux défis spécifiques rencontrés par les agriculteurs de la région de l’Extrême-Nord », précise celui qui est membre de Grand Nord Developers Community, qui regroupe plus de 500 développeurs.
Le projet est ambitieux : créer une application simple, robuste, adaptée aux zones rurales souvent privées de connexion internet stable. Ainsi, « Ndemri » fonctionne même hors ligne et propose un service par SMS, permettant aux agriculteurs de recevoir des diagnostics sans smartphone haut de gamme ni réseau 4G fiable.
Une technologie au service du champ
Sur le site officiel de « Ndemri », on trouve des précisions sur ses performances : l’outil revendique jusqu’à 95 % de précision dans ses analyses, déjà plus de 50 000 utilisateurs, et plus de 100 000 analyses effectuées. Ces chiffres traduisent un engouement déjà présent, même si le projet est encore peu connu au niveau national. L’interface est conçue pour être intuitive, avec des options « prise de photo – analyse – résultats – partage » qui accompagnent l’utilisateur pas à pas. L’application fonctionne grâce à l’intelligence artificielle et à des capteurs physico-chimiques. Les agriculteurs peuvent photographier leurs plants, ou transmettre les données issues de kits d’analyse de sol. Les algorithmes croisent ensuite ces informations avec les prévisions météo locales et l’historique de culture pour générer des recommandations sur mesure.

Au siège de la startup MIT à Maroua, l’équipe de huit personnes poursuit le perfectionnement de l’application. Financée au départ par des apports personnels de six millions de francs CFA, elle a gagné en visibilité grâce à des compétitions comme le Y’ello Digital Talent de la Fondation MTN ou l’AgriTech Innovation Challenge. Ses prochaines étapes incluent l’intégration de nouvelles langues locales et l’extension vers d’autres régions africaines.
Pour Adamou, la différence est déjà flagrante : ses récoltes sont plus abondantes, mieux protégées et plus rentables. « Avant, je cultivais à l’aveugle. Aujourd’hui, je pilote mes champs comme un technicien », plaisante-t-il. Comme lui, des centaines de cultivateurs de l’Extrême-Nord découvrent qu’avec « Ndemri », l’avenir de l’agriculture peut rimer avec technologie et espoir.
Salomon Jewa, à Maroua (Cameroun)




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