RDC : une croissance modeste, une pauvreté tenace
Un rapport de la Banque mondiale rendu public le 24 septembre, souligne une croissance de 2,6% en 2024. Malgré un sous-sol riche en pétrole, gaz et minerais, la République démocratique du Congo peine pourtant à offrir une vie décente à sa population.

À Kinshasa, dans le quartier populaire de Matete, Thérèse N. fait des achats. Chaque matin, elle jongle avec les prix en hausse du manioc, de l’huile et du poisson fumé. « Je pars au marché avec 10 000 francs congolais, mais je reviens avec presque rien », confie-t-elle, le regard fatigué. Dans son panier, un kilogramme de manioc à 3 000 francs, une petite bouteille d’huile à 4 500 et deux poissons fumés à 2 000. En République démocratique du Congo (RDC), le panier de la ménagère ne cesse de se vider, et joindre les deux bouts devient un défi quotidien.
Ce témoignage illustre une contradiction criante. D’un côté, la RDC est assise sur un sous-sol riche en pétrole, en gaz et en minerais stratégiques. De l’autre, la majorité de sa population peine à bénéficier de cette abondance. Les revenus tirés des hydrocarbures assurent encore plus de 13 % du PIB, mais la manne pétrolière, sujette aux aléas du marché mondial, ne se traduit ni en emplois ni en amélioration pour les ménages.
Le dernier rapport de la Banque mondiale (septembre 2025) le souligne : « malgré la reprise économique, les taux de pauvreté en République du Congo restent obstinément élevés ». La croissance de 2,6 % enregistrée en 2024, qui a permis une légère hausse du revenu par habitant, ne change pas le quotidien de Thérèse N. ni de millions de Congolais.
Une croissance de 2,6% en 2024
En 2024, la République du Congo a enregistré une croissance économique de 2,6 %, un niveau modeste mais jugé suffisant pour permettre, pour la première fois depuis 2016, une légère hausse du revenu par habitant (+0,3 %). Sur le papier, cet indicateur marque une embellie, confirmant que le pays est sorti de plusieurs années de stagnation. Mais dans les faits, cette progression reste largement invisible pour une grande partie de la population, confrontée à la flambée des prix des denrées alimentaires, au coût croissant des transports urbains et à la faiblesse des revenus.
La Banque mondiale souligne d’ailleurs que « la création de richesse par les entreprises non pétrolières ne s’est pas traduite par une forte création d’emplois » : la croissance moyenne de leur chiffre d’affaires a atteint 11 %, alors que l’emploi n’a progressé que de 3 %. Cette dissociation entre dynamisme économique et opportunités d’emplois traduit une croissance sans véritable redistribution. Les secteurs porteurs – agriculture, ciment, boissons, services portuaires – peinent encore à générer des emplois massifs et stables.
Le rapport insiste sur la nécessité de « mieux aligner la croissance économique sur l’amélioration du bien-être des populations ». Car si l’économie a progressé, la pauvreté monétaire reste élevée : près d’un Congolais sur deux vit sous le seuil de pauvreté. En l’absence d’une politique de soutien ciblée, la reprise bénéficie d’abord aux entreprises et aux acteurs formels, sans véritable ruissellement vers les ménages. Le risque est alors de voir se creuser davantage l’écart entre indicateurs macroéconomiques positifs et la réalité quotidienne des Congolais.
Pourtant un sous-sol riche…
L’économie congolaise vit encore largement au rythme du pétrole. Cette ressource représente à elle seule 99 % des richesses naturelles non renouvelables du pays. Pourtant, en 2024, les revenus tirés de l’or noir ont reculé : ils ne pèsent plus que 13,6 % du PIB, contre 14,1 % l’année précédente. En cause, la baisse de la production nationale (-1,7 %) et l’affaissement des cours mondiaux. Chaque ralentissement de ce secteur se répercute immédiatement sur les finances publiques, confirmant la dépendance fragile du pays à une ressource en déclin.
Les autres secteurs – agriculture, industrie manufacturière ou services – progressent mieux (+3,9 %), mais leur poids reste limité. Ensemble, ils ne couvrent encore qu’environ la moitié du PIB. Autrement dit, la richesse nationale dépend toujours d’un moteur unique et instable, alors même que le potentiel agricole, forestier et minier du Congo reste largement inexploité.
Cette fragilité se reflète aussi dans les finances publiques. En 2024, près de la moitié des recettes fiscales a servi uniquement à rembourser la dette contractée sur le marché régional. Faute de marges de manœuvre, l’État a dû différer certains paiements, accumulant des arriérés et aggravant les tensions de trésorerie. Le poids de la dette, évaluée à 93,6 % du PIB, demeure l’un des plus lourds de la sous-région.
Pour éviter l’asphyxie financière, le gouvernement a lancé le Programme national d’optimisation de la trésorerie, qui a permis de repousser certaines échéances (935,6 milliards FCFA). Mais malgré ces ajustements, le pays reste considéré comme surendetté, avec un avenir encore largement suspendu aux soubresauts du marché pétrolier.
Un potentiel mal exploité
Le Congo est un géant aux pieds d’argile. Sur le papier, rien ne manque : une richesse nationale qui a doublé en un quart de siècle pour atteindre 224 milliards USD, un sous-sol regorgeant de pétrole, et surtout un manteau forestier couvrant près de 70 % du territoire. Ces forêts, véritables poumons verts de la planète, piègent à elles seules l’équivalent de plus d’une année d’émissions mondiales de CO₂. Mieux encore : les services écosystémiques qu’elles génèrent sont évalués à des dizaines de milliards de dollars, une manne invisible qui dépasse largement le PIB national.
Mais derrière ce décor, le paradoxe est cruel. La déforestation avance, l’exploitation illégale du bois s’étend, et l’épargne nette ajustée du pays plonge à -15,7 % du RNB : signe implacable que le Congo dilapide ses richesses plus vite qu’il ne les reconstitue. Le pétrole, pilier des recettes publiques, ne crée que peu d’emplois et s’épuise à mesure que les champs vieillissent. Dans les villes comme dans les villages, la réalité est toute autre : prix qui flambent, infrastructures défaillantes, opportunités rares.
La Banque mondiale tire la sonnette d’alarme : tant que le pays misera sur la rente pétrolière et forestière sans investir dans son peuple, la croissance restera un mirage. Éducation, santé, agriculture durable, énergies propres, tourisme vert : le Congo a les cartes en main pour transformer son capital naturel en véritable moteur de prospérité. Encore faut-il choisir la voie de la diversification. Faute de quoi, ce trésor restera condamné à nourrir les statistiques… et non le quotidien des Congolais.
Inès Kabasele Tshiela, à Kinshasa




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