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Cameroun : fragilisé après la présidentielle, le RDPC célèbre 41 ans

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) célèbre ce 24 mars 2026 ses 41 années d’existence. Fondé en 1985 par Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, le parti aborde cet anniversaire dans un climat marqué par les séquelles de la présidentielle d’octobre 2025.

Un carré des jeunes du RDPC à l’occasion de la Fête de l’Unité. ©DR

Officiellement déclaré vainqueur de la présidentielle d’octobre 2025 avec 53,66 % des suffrages, contre 35,19 % pour le candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), Issa Tchiroma Bakary, le RDPC sort paradoxalement affaibli de cette séquence électorale. Ce score, historiquement bas pour le parti au pouvoir depuis le revers de 1992 face à John Fru Ndi du Social Democratic Front, marque une rupture dans la trajectoire électorale du régime. Depuis le retour au multipartisme dans les années 1990, Paul Biya avait toujours conservé une marge plus confortable, souvent supérieure à 60 %, comme l’ont documenté plusieurs analyses électorales du International Crisis Group.

La progression significative de l’opposition, combinée à une contestation postélectorale persistante, installe un climat d’incertitude. En exil en Gambie, l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary continue de revendiquer la victoire, alimentant une crise électorale à bas bruit qui fragilise la légitimité du pouvoir. Cette situation rappelle, à certains égards, les tensions observées lors de précédents cycles électoraux, au Cameroun en 2018 déjà, et en Afrique centrale, où les résultats officiels sont régulièrement contestés.

Dans ce contexte, la communication du RDPC, qui évoque une « victoire éclatante », apparaît en décalage avec une perception plus nuancée au sein de l’opinion publique. La baisse du score traduit un effritement du socle électoral, notamment dans les centres urbains et auprès des jeunes, et surtout dans les régions du Nord du Cameroun, présentées comme le « bétail » électoral de Paul Biya.

Le récit d’un parti dominant

Face à ces fragilités, le RDPC continue de défendre le récit d’un parti dominant et structurant du paysage politique camerounais. Pr Elvis Ngolle Ngolle, coordonnateur de l’Académie du parti, met en avant « une formation démocratique à succès », insistant sur sa capacité à remporter « la plupart sinon toutes les élections » dans un environnement politique comptant plus de 300 partis officiellement reconnus par l’Etat. Cette affirmation s’inscrit dans une stratégie de légitimation institutionnelle, fondée sur la longévité et la régularité des victoires électorales.

Ce discours trouve un écho dans certaines analyses institutionnelles. Des rapports du National Democratic Institute soulignent que, malgré les critiques, le Cameroun maintient un cadre formel de compétition multipartite. Le RDPC y apparaît comme une machine politique robuste, capable de mobiliser un appareil territorial dense, des élites administratives aux structures de base.

L’accent mis sur la « pédagogie politique », à travers l’Académie du RDPC, traduit également une volonté de professionnalisation. Le parti cherche à former ses militants, à structurer son discours et à renforcer sa cohérence idéologique. Une approche qui rappelle les pratiques de certains partis dominants en Afrique, soucieux de consolider leur emprise à travers la formation et la discipline interne.

Cependant, cette narration se heurte à une réalité plus contrastée. La multiplication des partis ne signifie pas nécessairement une compétition équitable, et la domination du RDPC repose aussi sur des ressources étatiques et institutionnelles que ses adversaires dénoncent régulièrement.

Une célébration à double lecture

La célébration du 41e anniversaire du RDPC s’inscrit donc dans une ambivalence profonde. D’un côté, elle constitue un moment de démonstration de force et de cohésion interne. La circulaire signée par le secrétaire général du Comité central du parti, Jean NKuete, insiste sur la nécessité de « consolider davantage la force et la place du parti derrière le président national », réaffirmant la centralité de Paul Biya dans l’architecture politique du RDPC. L’hommage appuyé au chef de l’État, présenté comme l’artisan d’un projet de « Grandeur et d’Espérance », participe d’une stratégie classique de personnalisation du pouvoir. Ce type de mise en scène politique, largement analysé par des institutions comme le Chatham House, vise à renforcer la légitimité du leader en période d’incertitude.

Mais cette célébration revêt aussi une dimension introspective. La circulaire appelle explicitement à des « réflexions introspectives et prospectives » dans toutes les structures du parti. Une démarche qui traduit une reconnaissance implicite des défis à venir : recomposition du paysage politique, montée des attentes sociales, pression démographique.

Dans ce contexte, célébrer devient un acte politique en soi. Il ne s’agit plus seulement de commémorer un parcours, mais de réaffirmer une capacité de résilience. Le RDPC cherche à projeter une image de stabilité, tout en préparant en interne les ajustements nécessaires pour faire face à un environnement de plus en plus compétitif.

Le défi de la remobilisation

L’un des principaux défis du RDPC réside désormais dans sa capacité à remobiliser son électorat. La circulaire met en avant plusieurs axes stratégiques : inscription massive sur les listes électorales, implication accrue des jeunes et des femmes, promotion de nouvelles figures et prise en compte de la diversité sociologique. Ces orientations rejoignent les conclusions de nombreuses études sur les comportements électoraux en Afrique. Selon Afrobarometer, la jeunesse africaine exprime une demande croissante de renouvellement politique et de participation. Au Cameroun, où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, cet enjeu est crucial.

Le RDPC semble conscient de cette mutation. L’accent mis sur les jeunes et les femmes traduit une volonté d’adaptation, mais aussi une reconnaissance tardive de leur poids électoral. La question reste de savoir si cette ouverture sera effective ou simplement déclarative. Par ailleurs, la remobilisation passe par une reconquête de la confiance. Les électeurs attendent des réponses concrètes aux défis socio-économiques : chômage, coût de la vie, accès aux services de base.

Sur ces questions, les analyses de la Banque mondiale ou du Programme des Nations unies pour le développement mettent en évidence des marges de progression importantes. Le RDPC est donc confronté à un impératif : transformer son appareil politique en un véritable outil de réponse aux attentes citoyennes.

Entre discipline et adaptation

La longévité du RDPC repose en grande partie sur une discipline interne rigoureuse et une forte centralisation du pouvoir autour de Paul Biya. Une disposition qui neutralise toute voix dissonante au sein du parti. Le 22 janvier 2026, c’est le président du Conseil électoral du Sud, Gervais Ndo, qui est passé devant la commission de discipline. Il est accusé d’avoir outrepassé la décision du parti qui avait investi un autre candidat à la présidence du Conseil régional, dans région d’origine de Paul Biya, lors du scrutin du 17 décembre 2025.

Cette culture politique, longtemps perçue comme un facteur de stabilité, se heurte aujourd’hui à un environnement plus fluide et plus exigeant. La montée en puissance des réseaux sociaux, l’émergence de nouvelles formes de mobilisation citoyenne et la diversification des sources d’information transforment le rapport des citoyens à la politique. Des analyses du Reuters Institute for the Study of Journalism montrent que ces mutations favorisent une plus grande contestation des récits officiels.

Dans ce contexte, le modèle vertical du RDPC apparaît sous pression. La loyauté et la discipline, valeurs centrales du parti, doivent désormais coexister avec une exigence d’ouverture et de transparence. Le risque, pour le parti, est de se retrouver en décalage avec une société en mutation rapide. Cependant, cette tension peut aussi être une opportunité. En adaptant ses pratiques, en intégrant davantage de débats internes et en renouvelant ses élites, le RDPC pourrait renforcer sa légitimité. L’enjeu est de trouver un équilibre entre continuité et changement.

Par Jean Daniel MVONDO, Yaoundé

1 commentaire

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