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Le dispositif sécuritaire des États du Sahel en 2026

À l’orée de 2026, les dirigeants du Niger, du Mali et du Burkina Faso fixent le cap : sécurité, souveraineté et refondation de l’État. Dans l’Alliance des Etats du Sahel devenue Confédération, leurs vœux tracent une ambition commune pour un Sahel stable, libre et prospère.

Le capitaine Traoré et les généraux Goïta et Tiani, à Bamako, le 23 décembre 2025. ©Présidence du Faso

À l’orée de l’année 2026, les dirigeants du Niger, du Mali et du Burkina Faso n’ont pas tous emprunté le même rituel politique. Là où certains ont adressé des messages de vœux solennels à leurs peuples, d’autres ont choisi des cadres institutionnels et politiques pour exprimer leur vision. Mais à la lecture croisée de leurs prises de parole, une constante se dégage : sécurité, souveraineté et refondation de l’État constituent le socle commun des priorités affichées pour l’année à venir au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), devenue Confédération en juillet 2024.

Le général d’armée Assimi Goïta du Mali a livré un message de vœux structuré, projetant l’action publique dans la Vision prospective « Mali Kura 2063 ». Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a, lui aussi, pris la parole pour dresser un bilan et fixer les perspectives, avec un accent mis sur l’action immédiate et la mobilisation populaire.

En revanche, au Niger, le général Abdourahamane Tiani n’a pas prononcé de discours officiel à l’occasion du passage à la nouvelle année. Mais le 23 décembre 2025, lors de la 2ᵉ sommet des chefs d’État de la Confédération des États du Sahel à Bamako, le chef d’Etat nigérien a donné une orientation politique. Plus qu’un discours circonstanciel, cette allocution apparaît comme un message de cap pour 2026, tant pour le Niger que pour l’ensemble de l’espace confédéral.

Sécurité : la priorité absolue

Premier point de convergence entre les trois dirigeants des États du Sahel : la sécurité érigée en condition existentielle, préalable à toute ambition politique, économique ou sociale. Le général Abdourahamane Tiani le formule sans détour lors du 2ᵉ sommet des chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) : « au Sahel, la sécurité précède tout ». En citant Cheikh Anta Diop — « la sécurité précède le développement » — le chef de l’État nigérien inscrit cette priorité dans une lecture historique et stratégique, soulignant que la crise sécuritaire constitue une menace directe à la survie même des États et à la dignité des peuples sahéliens.

Cette lecture est pleinement partagée par le général Assimi Goïta, qui fait de la lutte contre le terrorisme et du rétablissement de l’autorité de l’État le socle de l’action publique en 2026. Dans son message à la Nation, le président de la Transition malienne insiste sur la montée en puissance des Forces armées et de sécurité, la sécurisation progressive des territoires et la restauration de la liberté de circulation, présentées comme des acquis à consolider face à une guerre asymétrique durable.

Même tonalité à Ouagadougou. Le capitaine Ibrahim Traoré assume une approche résolument offensive et opérationnelle. « Nous menons des offensives et nous partons où nous souhaitons mener des actions », affirme-t-il, revendiquant l’initiative stratégique reprise sur les groupes armés. Pour le président burkinabè, la reconquête totale du territoire est une condition non négociable du redressement national, soutenue par des recrutements massifs, un renforcement des capacités de feu et un maillage territorial accru.

Souveraineté assumée

Le général Abdourahamane Tiani adopte un ton résolument offensif. Il dénonce sans détour un « système de prédation inefficace et corrompu » qui, selon lui, « a prospéré sur l’insécurité, facilité le pillage de nos ressources et maintenu nos peuples dans la pauvreté ». Pour le chef de l’État nigérien, ce système n’a jamais été une réponse aux crises sahéliennes : « Il était plutôt une partie importante du problème ». Assumant la rupture avec l’ordre ancien, Abdourahamane Tiani affirme que les pays de l’AES ont décidé, « en toute responsabilité et souveraineté, de mettre fin à ce système et d’assumer désormais les intérêts supérieurs de nos peuples ».

Cette posture trouve un écho direct au Mali. Dans son message à la Nation, le général Assimi Goïta revendique lui aussi une « souveraineté assumée », affirmant que le Mali a fait « le choix irréversible de rompre avec la navigation à vue » et de consolider son indépendance politique, sécuritaire et économique. « Il n’y a pas de développement sans souveraineté », martèle-t-il, inscrivant cette rupture dans la Vision « Mali Kura ».

Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré tient un discours similaire. Il affirme que « nos ressources doivent être exploitées par les Burkinabè et pour les Burkinabè » et dénonce les accords inégaux qui maintiennent les États dans la dépendance. Pour lui comme pour ses homologues, la conclusion est sans appel : sans indépendance véritable, il n’y a ni progrès, ni dignité, ni prospérité durable.

Des spécificités nationales assumées

Au Niger, le discours de Tiani se distingue par sa forte dimension idéologique et historique. Il assume frontalement la dénonciation du néocolonialisme, des élites « complexées » et des réseaux d’influence étrangers. En interne, cette vision se prolonge par des priorités claires : renforcement des Forces de défense, sécurisation des zones agricoles et des frontières, réformes administratives, transparence et reddition de comptes.

Au Mali, Assimi Goïta inscrit les vœux pour 2026 dans une projection de long terme avec la Vision « Mali Kura 2063 ». Souveraineté culturelle, officialisation des langues nationales, justice, refondation du paysage politique et transformation économique structurent une démarche plus institutionnalisée.

Au Burkina Faso, Ibrahim Traoré privilégie une approche opérationnelle et volontariste. Recrutements massifs, unités d’intervention rapide, construction de routes, industrialisation, autosuffisance alimentaire, réforme de l’éducation et de l’administration : son discours est marqué par l’urgence de l’action et la mobilisation populaire.

L’AES, projet politique

Troisième convergence structurante : la centralité de la Confédération des États du Sahel (AES). Pour le général Abdourahamane Tiani, l’AES n’est ni une alliance de circonstance ni un simple cadre de coopération. Elle est le fruit d’un choix souverain, mûrement réfléchi, pris « en pleine connaissance des conséquences ». Après des décennies de crises sécuritaires, d’ingérences étrangères et de pillages de ressources, la Confédération représente pour lui une rupture avec l’ordre ancien. « Désormais, les décisions concernant nos peuples se prennent à Ouagadougou, Bamako et Niamey, et nulle part ailleurs », martèle-t-il.

Cette vision est largement partagée par le général Assimi Goïta, qui considère l’AES comme un espace de souveraineté collective et de sécurité régionale, capable de coordonner la réponse militaire et diplomatique face aux menaces transfrontalières. De son côté, le capitaine Ibrahim Traoré présente la Confédération comme l’embryon d’une Afrique libre, digne et indépendante, où les décisions et les projets de développement échappent aux logiques néocoloniales et aux contrats léonins.

Sur le plan opérationnel, Abdourahamane Tiani souligne trois avancées majeures : la mise en place de la Force unifiée, la coordination diplomatique harmonisée, et la création d’une Banque d’investissement de l’AES destinée à soutenir le pilier développement. Ces trois axes — défense, diplomatie et développement — structurent l’architecture confédérale et incarnent l’ambition des dirigeants sahéliens : construire une Confédération capable d’assurer la sécurité, la prospérité et la souveraineté durable de leurs peuples, tout en offrant un modèle de coopération endogène et résolument indépendant.

Par Mahamat Ben Abdel, à Yaoundé

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