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Le Cameroun, destination dangereuse ?

Kidnappings, attaques armées et alertes diplomatiques ravivent les inquiétudes : certaines zones du Cameroun sont-elles dangereuses ? Entre régions à éviter et vigilance permanente, le pays oscille entre risques réels et espoir d’un voyage encore possible.

Des patrouilles militaires quadrillent les zones dangereuses. ©DR

L’affaire fait le tour de la Toile au Cameroun. À Kongrong, dans le département de Mayo-Rey, des hommes armés ont enlevé Temdandi Sina en quelques heures et exigé plusieurs millions de FCFA de rançon. Sa famille a réussi à réunir 3 millions, mais malgré le paiement, les ravisseurs ont exécuté leur otage. Ce fait divers, à la fois tragique et révélateur, met en lumière la vulnérabilité persistante de certaines zones du pays. Il rappelle que la prudence demeure une nécessité. Les voyants sécuritaires restent au rouge : dans l’Extrême-Nord, Boko Haram continue de mener des incursions meurtrières ; dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, le conflit séparatiste poursuit son cycle de violences. Les chancelleries étrangères tirent la sonnette d’alarme. Canada, Suisse, France et d’autres partenaires s’inquiètent, dressant un tableau qui appelle à la vigilance et à une réelle réponse sécuritaire.

D’abord, les autorités canadiennes sont claires : il faut « faire preuve d’une grande prudence au Cameroun », évoquant criminalité violente, enlèvements, instabilité dans certaines régions et tensions sociopolitiques. Selon une mise à jour du 15 décembre, le Canada déconseille de voyager dans certaines zones du Cameroun : l’Extrême-Nord et le Mayo-Louti, ainsi que les régions proches des frontières avec le Nigéria, le Tchad et la RCA, en raison du terrorisme, des opérations militaires et des enlèvements. Les régions du Nord-Ouest, Sud-Ouest, Nord et Adamaoua présentent également des risques élevés d’attaques armées, de troubles civils et de banditisme. Alors, le Cameroun est-il réellement une destination dangereuse ?

Oui, l’insécurité sévit

Ces tensions se sont exacerbées après la présidentielle d’octobre 2025, souligne le Canada. Même diagnostic du côté de la France, qui alerte sur un risque d’enlèvements élevé, surtout dans l’Extrême-Nord où Boko Haram continue d’opérer, et dans les régions anglophones secouées depuis des années par la crise séparatiste. Les Nations unies rapportent qu’entre janvier et octobre, 13 incidents sécuritaires impliquant des humanitaires se sont produits dans cette partie du Cameroun, principalement à Maroua et Kousseri (départements du Diamaré et du Logone-et-Chari), ainsi que dans les localités de Koza et Kourgui (Mayo-Tsanaga et Mayo-Sava).

Le site du ministère français des Affaires étrangères recommande d’éviter plusieurs zones frontalières, de limiter les déplacements non indispensables et de rester en veille permanente sur les évolutions sécuritaires. La Suisse adopte la même ligne : déplacements déconseillés dans les régions les plus touchées, vigilance accrue ailleurs. Les autorités helvétiques évoquent des groupes armés présents dans certaines zones, des barrages imprévus, des affrontements et des risques d’enlèvements contre rançon.

Au-delà des conflits localisés, les grandes villes sont aussi mises en cause. À Douala comme à Yaoundé, des individus commettent des vols, mènent des agressions ciblant les étrangers et multiplient les actes de criminalité opportuniste. Les recommandations invitent à limiter les déplacements nocturnes, éviter l’ostentation, privilégier des taxis identifiés et sécurisés, et rester discret dans les lieux publics. Des sites spécialisés notent également la fragilité des infrastructures routières et le danger de certains axes, rappelant que les accidents sont fréquents.

Tout le pays n’est pas à risque

Alors, faut-il conclure que le Cameroun est une destination à fuir ? La réponse mérite nuance. Malgré ces risques, tout le pays n’est pas à proscrire. De nombreux voyageurs visitent des sites touristiques et certaines grandes villes sans incident, en respectant les consignes de sécurité et en évitant les zones déconseillées. Les conseils clés : rester informé des conditions locales, voyager avec prudence, éviter l’ostentation, respecter les recommandations des autorités consulaires et souscrire une assurance complète. Les mêmes sources reconnaissent que tout le pays n’est pas à risque uniforme. Voyage Demain rappelle d’ailleurs que, bien préparé, un séjour reste possible et souvent riche, tant le pays a à offrir.

Car derrière les alertes, il reste une réalité : le Cameroun continue de vivre, accueillir, se développer. Les marchés vibrent, les villes se transforment, les sites naturels fascinent toujours. Mais voyager aujourd’hui dans ce pays n’a rien d’un tourisme ordinaire : c’est un choix réfléchi qui nécessite anticipation, responsabilité et vigilance permanente. Au final, oui, le Cameroun est une destination sensible, comme le soulignent clairement le Canada, la France, la Suisse et les plateformes spécialisées. Oui, certaines zones sont à éviter, d’autres exigent prudence renforcée. Mais non, ce n’est pas une terre interdite.

Par Mahamat Ben Abdel, à Garoua

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