Cameroun : streaming, e-commerce et réseaux sociaux taxés à 3%
À compter de 2026, l’État camerounais soumet à l’impôt les entreprises du streaming, du commerce électronique et des réseaux sociaux sans présence physique au Cameroun. Le dispositif instaure une taxation de 3 % du chiffre d’affaires réalisé sur le territoire national.

Le ministre camerounais des Finances a choisi Ngaoundéré, chef-lieu de la région de l’Adamaoua, pour lancer officiellement le budget de l’exercice 2026. Cette année budgétaire s’ouvre dans un contexte politique marqué par l’entame d’un nouveau septennat du régime Biya, dont les électeurs ont renouvelé le mandat en octobre 2025. Pour accroître la mobilisation des ressources internes, l’État camerounais intègre pleinement l’économie numérique dans son dispositif fiscal à compter de l’exercice 2026.
Le Parlement a adopté en décembre dernier la loi de finances, qui introduit une série de mesures visant explicitement les plateformes numériques étrangères opérant sur le marché camerounais sans implantation physique. L’État cherche ainsi à capter une part de la valeur créée localement par des acteurs transfrontaliers et à rétablir une équité fiscale avec les entreprises établies sur le territoire national.
La Direction générale des impôts (DGI) a présenté ces dispositions lors du lancement du budget à Ngaoundéré. Elles s’inscrivent dans un contexte de consolidation budgétaire marqué par des marges de manœuvre limitées sur l’endettement et par une forte volatilité des recettes pétrolières. Pour 2026, l’État arrête le budget général à 8 683,9 milliards de FCFA et projette les recettes internes à 5 687,1 milliards de FCFA. L’administration confie à la DGI la mission de mobiliser à elle seule 3 583,9 milliards de FCFA, traduisant un recours renforcé à la fiscalité intérieure.
Le numérique officiellement assujetti
Cette reconfiguration place au cœur du dispositif l’assujettissement explicite des entreprises du numérique. Depuis le 1er janvier 2026, l’administration fiscale soumet à un prélèvement les plateformes opérant au Cameroun sans établissement stable — services de streaming, commerce électronique ou réseaux sociaux — sur les revenus générés localement. Des acteurs mondiaux comme TikTok, Netflix ou Amazon entrent directement dans le périmètre de cette nouvelle architecture fiscale.
Le mécanisme applique un taux minimal de 3 % au chiffre d’affaires réalisé sur le territoire camerounais. Contrairement à l’impôt sur les sociétés, fondé sur le bénéfice, cette imposition porte sur les revenus bruts. Elle permet à l’administration fiscale de contourner les difficultés de localisation des profits propres à l’économie numérique. Selon la DGI, cette mesure devrait générer entre 5 et 7 milliards de FCFA de recettes supplémentaires.
Deux critères alternatifs déclenchent l’imposition. Une entreprise devient taxable dès lors qu’elle compte au moins 1 000 utilisateurs ou clients au Cameroun, ou qu’elle réalise un chiffre d’affaires annuel hors taxes d’au moins 50 millions de FCFA sur le marché local. Une fois ces seuils atteints, la plateforme doit s’acquitter de l’impôt. Lorsque le volume d’activité augmente de manière significative, le régime peut évoluer vers le droit commun, avec une imposition à 30 % du bénéfice réel, conformément aux règles applicables aux entreprises résidentes.
Une collecte numérisée
Pour accompagner cette réforme, l’administration fiscale prévoit de déployer une plateforme numérique dédiée. Elle permettra aux entreprises concernées de s’enregistrer, de déclarer leurs revenus et d’effectuer leurs paiements à distance. Le numérique devient ainsi un levier central de la collecte fiscale, avec pour objectif d’améliorer la traçabilité des flux, de réduire les retards déclaratifs et de limiter les coûts de conformité.
Cette orientation dépasse la seule logique budgétaire. Elle répond à un impératif de souveraineté fiscale. Jusqu’ici, l’absence de présence physique des plateformes étrangères permettait à une part substantielle de la valeur générée par l’économie numérique d’échapper à l’impôt local. En élargissant l’assiette fiscale aux services fournis depuis l’étranger, le Cameroun s’inscrit dans une dynamique partagée par plusieurs économies émergentes confrontées aux mêmes contraintes.
Sur le plan international, la réforme s’inscrit dans le sillage des travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui promeut une imposition minimale des multinationales à hauteur de 15 % de leurs bénéfices, indépendamment de leur localisation juridique. Si le dispositif camerounais ne reprend pas mécaniquement ce seuil, il en épouse la logique centrale : imposer l’activité là où la valeur se crée effectivement.
Des mesures ciblées
Au-delà du numérique, la loi de finances 2026 associe cette extension de l’assiette à des mesures ciblées sur d’autres segments de l’économie. Le texte prévoit des incitations fiscales en faveur de l’emploi des jeunes diplômés, notamment par l’extension des allègements aux contrats d’alternance, ainsi que pour l’inclusion des personnes handicapées et le développement du secteur agricole. Il renforce par ailleurs la discipline déclarative par l’automatisation des sanctions et introduit une fiscalité environnementale sur certains produits à forte empreinte écologique, tels que le fer à béton, le ciment, les emballages de boissons non réutilisables, les carreaux et les céramiques.
L’ensemble dessine une recomposition progressive du système fiscal camerounais, dans laquelle le numérique occupe désormais une place structurante. Un enjeu central demeure : la capacité de l’administration fiscale à appliquer effectivement ces mesures dans un environnement marqué par la complexité des flux numériques, les exigences de protection des données et la nécessité de préserver un équilibre entre rendement fiscal et acceptabilité économique.
Par Fabrice PORO, à Yaoundé




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