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Bénin : « Je n’ai pas de doute », Talon adoube Wadagni

Le 13 mai, le président béninois Patrice Talon a présidé son dernier Conseil des ministres dans une atmosphère de bilan et de transition. Le chef de l’État sortant a marqué la séquence par un message fort à l’endroit de son successeur, Romuald Wadagni, qui sera investi le 24 mai 2026. « Je n’ai pas de doute », a-t-il affirmé, adoubant ainsi celui qui s’apprête à prendre les rênes du Bénin.

Le président Romuald Wadagni (à gauche) aux côtés de son mentor Patrice Talon, le 13 mai 2026 à Cotonou. © Présidence du Bénin

À dix jours de quitter le pouvoir, le président béninois Patrice Talon a présidé son dernier Conseil des ministres dans une atmosphère mêlant émotion, bilan politique et transition institutionnelle. Face à ses ministres, le chef de l’État sortant a livré un long discours d’adieux, saluant « dix années de passion, d’engagement et de foi » au service du Bénin. Une séquence hautement symbolique alors que le président élu Romuald Wadagni s’apprête à prêter serment le 24 mai prochain à Cotonou.

Le Conseil des ministres du mercredi 13 mai 2026 n’avait donc rien d’ordinaire au palais de la Marina. Le président béninois a choisi de transformer cette ultime séance en moment de reconnaissance collective. Devant les membres de son gouvernement, le chef de l’État est revenu sur le chemin parcouru depuis 2016. Dans un discours empreint de gravité et d’émotion, il a évoqué « des défis énormes, parfois même titanesques », tout en saluant les sacrifices consentis par ses collaborateurs au fil des réformes engagées.

« Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes », a-t-il déclaré, avant d’admettre la fatigue accumulée au terme de deux mandats successifs. « Nous sommes arrivés un peu épuisés », a reconnu le président sortant, dans une rare confession personnelle. Loin du ton technocratique habituel des conseils ministériels, cette intervention a pris la forme d’un testament politique et moral. Patrice Talon a insisté sur le « caractère sacré » de la mission gouvernementale.

Le passage de témoin à Romuald Wadagni

Cette dernière rencontre gouvernementale a également marqué la transition officielle vers le président élu Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances et figure centrale du système Talon. Élu dès le premier tour du scrutin présidentiel du 12 avril avec sa colistière Mariam Chabi Talata, Romuald Wadagni doit être investi le 24 mai prochain. La Cour constitutionnelle, présidée par Dorothé Sossa, a confirmé son élection définitive après expiration du délai de recours.

Dans son discours, Patrice Talon a publiquement assumé son soutien à son successeur. Il a salué « un bon coéquipier » et un homme « qualifié pour être le prochain capitaine de l’équipe gouvernementale du Bénin ». Le président sortant s’est même montré particulièrement élogieux envers celui qui fut pendant plusieurs années l’un de ses plus proches collaborateurs : « Je n’ai pas de doute que vous ferez encore mieux que moi. »

À travers cette séquence, le pouvoir béninois veut afficher une transition maîtrisée et sans rupture. Le ton employé par Patrice Talon traduit une volonté claire : inscrire son départ dans la continuité institutionnelle plutôt que dans une logique d’alternance conflictuelle.

Le bilan de Patrice Talon

Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, Patrice Talon a profondément transformé l’appareil d’État béninois. Réformes administratives, modernisation des infrastructures, restructuration des finances publiques, attractivité économique : le président sortant revendique un changement de cap historique pour le pays. Sous ses deux mandats, le Bénin a enregistré une croissance économique parmi les plus soutenues de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon la Banque mondiale, le taux de croissance du pays a atteint près de 7 % en moyenne avant les chocs mondiaux liés à la pandémie et aux tensions sécuritaires régionales. Le Fonds monétaire international (FMI) a également salué à plusieurs reprises la discipline budgétaire du gouvernement béninois et les progrès réalisés dans la mobilisation des recettes fiscales.

Le Programme d’actions du gouvernement (PAG), vitrine des réformes de Patrice Talon, a permis la réalisation de plusieurs projets structurants : extension du réseau routier, modernisation du port de Cotonou, développement des infrastructures touristiques et numériques, ou encore réforme du système de santé. Le Bénin a également amélioré son classement dans plusieurs indicateurs internationaux liés au climat des affaires et à la gouvernance économique. Dans son ultime intervention devant le gouvernement, Patrice Talon a insisté sur la nécessité pour chaque génération de « faire davantage » que la précédente.

Mais ce bilan reste contrasté. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont régulièrement dénoncé un rétrécissement de l’espace démocratique, des restrictions des libertés publiques et l’exclusion de figures de l’opposition lors de certains scrutins. Entre modernisation économique et critiques sur la gouvernance politique, Patrice Talon laisse ainsi un héritage aussi ambitieux que controversé.

Retraite politique pour Patrice Talon ?

Après la présidence, Patrice Talon assure vouloir se retirer de la gestion quotidienne du pouvoir au Bénin. Il affirme ne pas vouloir interférer dans les choix de son successeur et se présente désormais comme un futur « patriarche ». « Je resterai un bon citoyen », a-t-il déclaré après son vote du 12 avril, promettant de ne plus intervenir dans la conduite des affaires publiques.

Mais l’ancien chef de l’État n’entend pas disparaître totalement de la scène nationale. La nouvelle architecture institutionnelle prévoit la création d’un Conseil des sages réunissant anciens présidents de la République, anciens présidents de l’Assemblée nationale et ex-présidents de grandes institutions. Patrice Talon a déjà annoncé qu’il siégerait dans cette instance consultative aux côtés d’anciennes figures politiques béninoises comme Nicéphore Soglo ou Thomas Boni Yayi.

Son dernier Conseil des ministres aura surtout révélé une volonté : celle de quitter le pouvoir en mettant en scène la continuité de l’État et la transmission ordonnée de l’autorité à Romuald Wadagni. Dans une région ouest-africaine régulièrement secouée par les crises politiques et les transitions brutales, Cotonou cherche ainsi à projeter l’image d’une succession stable, organisée et institutionnelle. Reste désormais à savoir si le futur président parviendra à s’émanciper de l’héritage Talon tout en poursuivant les réformes engagées depuis 2016.

Par Loïc KÉNYON, à Cotonou

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