Bénin : Patrice Talon et la traque des voix critiques
L’incarcération du journaliste Comlan Hugues Sossoukpè illustrent la volonté du pouvoir de réprimer les journalistes au Bénin et d’étouffer toute contestation, à l’approche de l’élection présidentielle de 2026.

Le 14 juillet 2025, Comlan Hugues Sossoukpè a comparu devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), à Cotonou. La justice l’a placé sous mandat de dépôt et le poursuit pour harcèlement cybernétique, incitation à la haine, apologie du terrorisme et incitation à la rébellion. Le 10 juillet, les autorités ivoiriennes ont interpellé à Abidjan le journaliste béninois en exil au Togo, à la veille de sa participation à un forum sur la liberté de la presse, puis l’ont expulsé vers le Bénin, en violation flagrante du droit d’asile dont il bénéficiait.
Cette extradition expéditive a provoqué l’indignation de nombreuses organisations de défense des droits humains, qui dénoncent une grave entorse au principe de non-refoulement. L’affaire Sossoukpè illustre, selon elles, un durcissement inquiétant de la répression des journalistes au Bénin.
Reporter Sans Frontière a condamné « avec la plus grande fermeté l’arrestation et la remise de Hugues Comlan Sossoukpè par les autorités ivoiriennes aux autorités béninoises » et appelé à sa « libération immédiate. »
Un arsenal juridique utilisé à des fins politiques
Officiellement, le gouvernement béninois accuse le journaliste d’avoir diffusé de « fausses nouvelles » et d’avoir incité à la rébellion sur les réseaux sociaux, en s’appuyant sur la loi n°2018-34 sur le numérique. Ce texte, très controversé, autorise les poursuites contre toute personne accusée de troubler l’ordre public via Internet, sans définir précisément ce que recouvre cette notion.
Déjà condamné en 2019 pour avoir rapporté des propos d’un procureur, Sossoukpè est depuis devenu une figure de la presse critique en ligne. Pour nombre d’observateurs, les poursuites actuelles s’inscrivent dans une stratégie plus large d’intimidation : sous couvert de lutte contre la cybercriminalité, le régime Talon neutralise les voix dissonantes, aussi bien dans les médias que sur les réseaux sociaux.
Vers un verrouillage du débat public avant 2026
La répression des journalistes au Bénin s’accentue. Le cas Sossoukpè n’est qu’un exemple parmi d’autres. Depuis 2020, les interpellations de journalistes et les sanctions contre les médias se sont multipliées. La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), censée réguler le secteur, a suspendu ou retiré la fréquence de radios comme BIP et de titres comme Crystal News ou La Nouvelle Tribune. Elle est souvent accusée de partialité au service du pouvoir.
Alors que l’élection présidentielle de 2026 se profile, le climat se tend. Patrice Talon affirme ne pas briguer un troisième mandat, mais il affaiblit, voire muselle, l’opposition. Plusieurs figures majeures comme Reckya Madougou et Joël Aïvo sont derrière les barreaux, après des procès très critiqués. L’espace numérique, jadis perçu comme un refuge, est désormais sous surveillance. La répression judiciaire menace toute voix critique.
Komlon Ganvié




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