Bauxite : la grande arnaque électorale ?
Candidat à sa propre succession à 92 ans, Paul Biya ressort le vieux dossier de la bauxite pour séduire l’électorat du Nord. Mais à Minim-Martap, les promesses non tenues laissent un goût d’arnaque électorale, à trois mois d’un scrutin présidentiel décisif.

Depuis au moins 2011, Paul Biya fait du projet de bauxite de Minim-Martap un argument de campagne récurrent, le présentant comme une priorité nationale. En 2018, il l’intègre à son programme de campagne pour présidentielle cette année-là. En 2020, son ministre en charge des mines annonce un démarrage « imminent ». Pourtant, ce n’est qu’en juillet 2024, à un an de la présidentielle, que la signature d’une convention minière avec Camalco – filiale de l’entreprise australienne Canyon Resources – est célébrée comme une avancée majeure. Alors que le chef de l’État se représente pour un huitième mandat à la présidentielle d’octobre 2025, le projet reste au point mort.
Rien sur le site
Juillet 2025. Dans les rues poussiéreuses de Martap et de Ngaoundal, rien n’a bougé. Le projet reste à l’arrêt, plombé par l’absence d’infrastructures adaptées : un chemin de fer vétuste, aucun port en eau profonde, un déficit énergétique chronique. Les partenariats techniques et financiers peinent à se concrétiser. Pour les populations locales, le rêve a viré à la désillusion. Les promesses d’emplois, de routes bitumées, de développement régional sont restées lettre morte. Dans le Nord, longtemps bastion électoral du RDPC, au pouvoir, le doute s’installe. « Le président doit arrêter de promettre. On veut des actes », fulmine un militant à Martap.
À trois mois de la présidentielle d’octobre 2025, le gouvernement ressort ce vieux serpent de mer, espérant raviver l’enthousiasme dans une région électoralement stratégique, mais aussi fief de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) de Bello Bouba Maigari, dont le parti contrôle la mairie de Ngaoundéré et plusieurs autres communes.
Un pari risqué pour 2025
En remettant le projet de bauxite sur le devant de la scène à quelques mois du scrutin, le président Paul Biya, 92 ans, et candidat à sa propre succession après 43 ans au pouvoir, tente de reconquérir un électorat devenu volatil. Le septentrion représente à lui seul près de 40% du corps électoral national. Une forte abstention ou un vote sanction dans cette partie du pays affaiblirait considérablement le RDPC, déjà confronté aux incertitudes liées à la succession de Paul Biya. Mais cette stratégie pourrait cette fois se retourner contre lui. Trop de promesses non tenues, trop d’attentes déçues : Minim-Martap est désormais, aux yeux de nombreux électeurs, le symbole d’un projet fantôme, d’un Nord oublié.
Dans l’Adamaoua comme dans l’Extrême-Nord, en passant par le Nord, le sentiment d’abandon est palpable. Les routes sont en ruine, la pauvreté progresse, les jeunes manquent de perspectives. Le changement climatique fragilise l’agriculture, tandis que l’insécurité freine toute activité économique. Le silence prolongé du pouvoir central face aux doléances locales alimente un climat de frustration.
Même au sein du RDPC, certains cadres reconnaissent, à demi-mot, que le crédit de Paul Biya s’érode dans une région historiquement fidèle, mais de plus en plus gagnée par le doute.
« Une autre promesse sans suite risque de provoquer une abstention massive. Et les jeunes ne votent plus par fidélité au régime », confie un haut responsable du parti à Meiganga.
Un trésor minier toujours inexploité
Découvert dans les années 1970, le gisement de Minim-Martap est considéré comme l’un des plus importants d’Afrique, avec plus d’un milliard de tonnes de bauxite de haute qualité. Il représente un potentiel stratégique pour faire du Cameroun un acteur majeur de la chaîne de valeur de l’aluminium sur le continent.
Les réserves prouvées s’élèvent à 99,1 millions de tonnes de bauxite, avec une teneur moyenne de 51,6 % d’alumine et 2,4 % de silice, pour une durée d’exploitation estimée à 20 ans. Si celui-ci voit le jour, Minim-Martap deviendrait la première mine industrielle du pays, alors que le secteur minier ne contribue actuellement qu’à 1 % du PIB camerounais.
Tilmidja Malam




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