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Présidentielle Cameroun 2025 : coalition (encore) ratée de l’opposition ?

Une coalition de l’opposition pour la présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun semble impossible à cause d’un scénario à répétition : désunion et infiltration. Tandis que certains partis tentent péniblement de se démarquer, d’autres cèdent aux sirènes du pouvoir, entre promesses de postes et deals de coulisses.

Quelques figures de l’opposition camerounaise. © DR

À l’approche de la présidentielle du 12 octobre 2025, l’idée d’une candidature unique de l’opposition camerounaise a fait long feu. Comme en 2018, rivalités internes, calculs personnels et divergences stratégiques ont empêché la formation d’un front uni contre le RDPC. Mais cette fois, l’ingérence du pouvoir en place semble avoir accéléré la fragmentation. Des figures de l’opposition auraient été approchées avec des offres de postes ou de financements pour brouiller les lignes et freiner toute dynamique unitaire. Des cadres du FSNC d’Issa Tchiroma Bakary ont même démissionné ces derniers jours pour créer un nouveau parti… avec l’aval rapide du gouvernement. Une stratégie qui affaiblit encore davantage une opposition déjà minée par la méfiance et les intérêts divergents. Par ailleurs, les réunions et quelques rencontres d’opposants ces derniers jours n’ont visiblement abouti à rien. À l’heure où les Camerounais espéraient une véritable alternative, la désillusion est grande.

Un scénario de déjà-vu

Les espoirs d’un front uni ont volé en éclats au moment où l’on attendait une déclaration commune. Alors que de nombreuses tractations se poursuivaient dans les coulisses entre Yaoundé, Douala et certaines capitales européennes, l’annonce surprise, le 16 juillet 2025, de l’investiture de Maurice Kamto par la faction du MANIDEM dirigée par Anicet Ekane — reconnue par le ministère de l’Administration territoriale — a refroidi les ardeurs. Plusieurs petits partis se sont alors retirés des négociations en dénonçant un « acte unilatéral ».

Dans un communiqué publié le lendemain, Kamto a confirmé son intention de déposer officiellement sa candidature le 18 juillet. Cette décision, qui fait suite à une série de rencontres confidentielles avec ses partisans dans le Centre et l’Ouest, a été perçue comme une rupture définitive du dialogue en cours pour désigner un candidat consensuel de l’opposition. Comme en 2018, l’histoire semble bégayer, avec les mêmes lignes de fracture.

L’équation Bello Bouba-Issa Tchiroma

Un duo inattendu avait pourtant fait frémir certains observateurs : celui formé par deux anciens alliés du pouvoir – issus du Nord du Cameroun avec environ 40% des voix – Bello Bouba Maïgari de l’UNDP et Issa Tchiroma Bakary du FSNC. Leur démission du gouvernement en juin 2025 avait été interprétée comme un signal fort en faveur d’un nouveau départ. Mais l’espoir fut de courte durée. Les divergences entre les deux hommes, aussi bien sur le plan idéologique que personnel, sont vite remontées à la surface. Bello Bouba, homme de consensus au verbe mesuré, s’est montré réservé sur les alliances précipitées. Tchiroma, lui, a multiplié les sorties médiatiques enflammées. Faute de programme concerté et de structures locales communes, cette entente n’a jamais dépassé le stade de l’intention. Un cadre du RDPC du Nord du pays ironise : « Ce sont des ennemis intimes. Leur entente n’était que de façade. »

Outre les rivalités historiques entre les deux hommes, des manœuvres souterraines ont fragilisé l’édifice. Ces derniers jours, plusieurs hauts cadres du FSNC ont quitté le parti pour créer leur propre formation, avec une célérité administrative rare. Leur autorisation de fonctionnement, obtenue en quelques jours par arrêté du ministère de l’Administration territoriale, suscite l’interrogation. « Le pouvoir fait tout pour semer la zizanie dans nos rangs, et ça marche », confie un ancien militant du FSNC.

Cabral Libii, l’option solitaire

En 2018, Cabral Libii avait marqué les esprits avec sa campagne dynamique, son ton réformateur et sa capacité à capter la jeunesse connectée. Au final, il est arrivé troisième avec 6% de voix. Mais en 2025, les choses sont différentes. Son discours autour du fédéralisme communautaire a suscité des crispations dans certaines régions, notamment dans le Nord, qui y voient une menace pour l’unité nationale.

De plus, les défections internes au sein du PCRN — avec plusieurs cadres ayant rallié le RDPC ou d’autres plateformes — ont affaibli son ancrage local. L’échec de ses tentatives d’alliance avec Kamto et Osih a fini par le marginaliser. À l’approche de l’échéance, Cabral Libii semble isolé, prisonnier d’un positionnement idéologique devenu flou et d’un appareil politique fragilisé.

Joshua Osih, un SDF en perte d’âme

Le Social Democratic Front (SDF) va déposer son dossier dans son fief à Bamenda, dans la région anglophone du Nord-Ouest du Cameroun. Autrefois fer de lance de l’opposition avec le Chairman Ni John Fru Ndi en figure de proue, le SDF peine à survivre à la disparition de son leader historique. Joshua Osih, désormais à la tête du parti, a tenté d’enclencher un nouveau cycle en misant sur le dialogue et la modération. Mais ce virage centriste n’a pas séduit.

Dans les régions anglophones en crise depuis huit ans (Sud-Ouest et Nord-Ouest), jadis bastions du SDF, le parti est perçu comme trop docile face au pouvoir central. De plus, les violences liées à la crise séparatiste ont disloqué les structures locales du parti. Joshua Osih n’a toujours pas annoncé officiellement sa candidature, alimentant les spéculations sur un possible retrait ou un ralliement de dernière minute — improbable mais pas totalement exclu. Une stratégie floue dans un contexte d’urgence.

Akere Muna, jusqu’au bout ?

L’ancien bâtonnier Akere Muna poursuit sa route… mais toujours seul. Après s’être retiré à la dernière minute au profit de Maurice Kamto en 2018, il revient en 2025 sous les couleurs du parti Univers, dirigé par le professeur Prosper Nkou Mvondo. C’est ce dernier qui a déposé sa candidature le 16 juillet au siège d’Elections Cameroon (Elecam, organe en charge de l’organisation des élection). Ce changement d’étiquette suscite l’incompréhension chez ses partisans, qui peinent à suivre ses repositionnements successifs.

S’il jouit encore d’un certain crédit dans les cercles intellectuels et auprès de la diaspora, Akere Muna n’a pas réussi à bâtir une vraie dynamique populaire. Sa campagne reste timide, sans meetings de grande ampleur ni proposition programmatique marquante. Son alliance avec Univers semble plus symbolique qu’opérationnelle, et son positionnement politique manque de lisibilité.

Vers un remake de 2018 ?

La dispersion de l’opposition camerounaise rappelle tristement le scénario de 2018, où une multiplication de candidatures avait facilité la réélection de Paul Biya. Le paysage politque semble figé : une opposition divisée, des figures vieillissantes, des projets mal articulés, et une société civile frustrée.

Le contexte est pourtant critique : insécurité persistante dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, crise économique aggravée par l’inflation, chômage des jeunes en hausse. Mais face à ces urgences, l’opposition offre peu de perspectives collectives.

À trois mois du scrutin, les quelques huit millions d’électeurs semblent partagés entre résignation et indifférence. Faute d’un projet commun et mobilisateur, le rendez-vous de 2025 risque de confirmer ce que beaucoup redoutent : une opposition encore incapable de faire bloc pour incarner l’alternance.

Tilmidja Malam

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