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Au Mali, Kidal au cœur du bras de fer entre l’armée et le FLA

La ville de Kidal au Nord du Mali reste au cœur du bras de fer entre l’armée et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Pendant que Bamako intensifie ses frappes aériennes pour reprendre l’initiative, les rebelles affirment détenir plus de 200 militaires maliens capturés fin avril.

Un cratère après une frappe de l’armée malienne à Kidal le 14 mai 2026. AFP.

Dans la nuit du 13 au 14 mai 2026, plusieurs frappes aériennes ont visé la ville de Kidal, désormais contrôlée par le Front de libération de l’Azawad (FLA)et ses alliés jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Selon des témoins cités par plusieurs médias internationaux, au moins quatre frappes ont été enregistrées dans différents secteurs de la ville. L’une d’elles aurait détruit une maison située près de l’ancien marché de Kidal. Une autre a touché l’enceinte du gouvernorat, provoquant un vaste cratère dans la cour du bâtiment administratif tombé aux mains des rebelles depuis les combats des 25 et 26 avril.

Depuis Mopti, un officier de l’armée malienne a confirmé à l’AFP la poursuite des opérations aériennes. « Nous ciblons des cibles précises. Nous avons notre stratégie. Dans les jours à venir, les frappes vont s’accentuer », a-t-il déclaré. Ces bombardements interviennent dans un contexte particulièrement tendu pour les autorités de transition maliennes. La perte de Kidal constitue l’un des revers militaires les plus importants subis par Bamako depuis plusieurs années. Ville hautement symbolique et stratégique du nord du pays, Kidal représente depuis longtemps le cœur des revendications indépendantistes touareg.

Kidal sous contrôle rebelle

Depuis la spectaculaire offensive menée fin avril, le FLA contrôle la ville avec l’appui du JNIM. Les rebelles touareg revendiquent désormais ouvertement leur volonté d’étendre leur emprise sur l’ensemble du territoire de l’Azawad, qui couvre les régions de Kidal, Gao, Tombouctou et Ménaka. Selon plusieurs témoignages relayés par la presse internationale, Kidal affichait jeudi matin un calme inhabituel. Peu de véhicules circulaient dans les rues et plusieurs convois auraient quitté la ville durant la nuit, signe d’une forte tension après les frappes aériennes.

La bataille de Kidal marque surtout un tournant sécuritaire majeur pour le Mali. Depuis les attaques coordonnées du 25 avril, menées conjointement par les combattants du FLA et les jihadistes du JNIM, les autorités de Bamako peinent à reprendre le contrôle du terrain. L’offensive rebelle a visé plusieurs positions stratégiques de l’armée malienne et de ses partenaires russes de l’Africa Corps. Dans cette guerre de communication, chaque camp tente désormais d’imposer son récit.

Plus de 200 prisonniers militaires

Pendant que Bamako multiplie les frappes, le FLA a créé la surprise en annonçant détenir plus de 200 militaires maliens capturés lors de la prise de Kidal. Le porte-parole du mouvement de l’Azawad, Mohamed Elmaouloud Ramadane, affirme que ces hommes sont des « prisonniers de guerre » et non des otages. Selon les responsables rebelles, plusieurs officiers supérieurs figureraient parmi les détenus. Le FLA évoque notamment la présence de deux colonels de gendarmerie, de quatre commandants de police, d’un capitaine de l’armée de terre ainsi que de nombreux sous-officiers et soldats. Les rebelles assurent que ces militaires ont été capturés à différents moments : certains durant les combats du 25 avril, d’autres dans les jours suivants alors qu’ils tentaient de fuir ou se cachaient parmi les civils.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent plusieurs dizaines d’hommes assis dans une cour, vêtus parfois de tenues civiles. Le FLA affirme qu’ils sont regroupés dans un lieu sécurisé à Kidal, sans en révéler l’emplacement exact. « Ils finiront par être libérés dans le cadre de négociations », affirme le mouvement indépendantiste, qui assure ne réclamer aucune rançon.

Cette communication vise manifestement à renforcer le poids politique du FLA dans le rapport de force avec Bamako. En revendiquant un nombre aussi important de prisonniers, les rebelles cherchent à démontrer leur capacité militaire mais aussi leur contrôle effectif de Kidal.

Bamako sous pression

Face à cette situation, les autorités maliennes restent particulièrement silencieuses. Jusqu’à ce 15 mai, les autorités militaires au pouvoir au Mali n’ont communiqué ni sur le nombre de soldats capturés, ni sur le bilan exact des combats de Kidal. Depuis le départ des forces françaises et de la mission de l’ONU, Bamako mise essentiellement sur ses forces armées et sur le soutien des instructeurs russes pour reconquérir le territoire national. Mais les événements récents montrent les limites de cette stratégie dans le nord du pays.

La multiplication des frappes aériennes semble désormais répondre à un double objectif : freiner la consolidation du contrôle rebelle sur Kidal et montrer que l’État malien conserve des capacités offensives. Reste que le dossier des militaires détenus pourrait rapidement devenir un enjeu politique majeur pour les autorités de transition. Car au-delà de la bataille militaire, c’est aussi une guerre psychologique qui se joue désormais autour de Kidal.

Dans le même temps, la pression s’accentue également autour de Bamako. Plusieurs axes stratégiques d’approvisionnement vers la capitale font l’objet de perturbations et de menaces de blocus attribuées aux groupes rebelles et jihadistes. Une situation qui ravive les inquiétudes sur la capacité des autorités à sécuriser les corridors économiques et à éviter un isolement progressif de la capitale.

Par Kader DOUMBIA, à Bamako

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