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La GenZ, comme le Printemps arabe ?

De Casablanca à Antananarivo, une même génération (GenZ) occupe la rue et bouscule l’ordre établi, à l’image des révoltes du Printemps arabe en Afrique au début des années 2010. Une jeunesse connectée, déterminée et impatiente, qui impose ses codes et défie des pouvoirs fragilisés.

Les manifestants brûlent et saccagent sur leurs passages au Maroc. ©DR

Elle rappelle le Printemps arabe, ce mouvement du début des années 2010 qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie, Hosni Moubarak en Egypte et dans une certaine mesure Mouammar Kadhafi en Libye. De Casablanca à Antananarivo, la Génération Z (GenZ) descend dans la rue et secoue l’ordre établi, à l’image des soulèvements qui ont marqué le monde arabe en 2011.

Au Maroc, les manifestations du collectif Génération Z (GenZ) 212 (indicatif téléphonique du pays) ont viré à la confrontation avec les forces de l’ordre : plus de 400 arrestations, près de 300 blessés et deux morts. À Madagascar, la colère contre les coupures d’eau et d’électricité s’est transformée en crise politique, poussant le président Andry Rajoelina à dissoudre son gouvernement après une répression meurtrière.

Partout, cette jeunesse née à l’ère numérique (entre 1997 et 2012) revendique le futur qu’elle considère qu’on lui confisque. Connectée, impatiente et déterminée, elle refuse les promesses sans lendemain, réclame des services publics dignes, une gouvernance transparente et une justice sociale et climatique. Avec ses slogans, ses codes et ses réseaux, la GenZ impose sa place au cœur du débat public mondial, comme l’avaient fait les jeunes du Printemps arabe il y a plus d’une décennie.

Maroc : colère et répression

Au Maroc, la mobilisation initiée à l’appel du collectif « GenZ 212 », une référence à la génération Z (personnes nées entre 1997 et 2012), qui représente près de 8 millions d’habitants dans le pays, et à l’indicatif téléphonique national, a éclaté fin septembre. Les villes de Casablanca, Oujda, Agadir, Tiznit et Inezgane ont été les plus touchées.

Cette mobilisation ne résulte pas d’un seul facteur. Les jeunes dénoncent la vie chère, le chômage galopant, la corruption et l’effondrement des services publics, notamment la santé et l’éducation. Le mouvement est spontané et décentralisé. Les réseaux sociaux — Instagram, TikTok, Discord — servent de plateforme pour organiser les rassemblements, partager des messages, filmer les interventions de la police et mobiliser des participants. Les appels à manifester se propagent rapidement, rassemblant des jeunes de tous horizons, des étudiants aux jeunes actifs précarisés.

Mais la colère a rapidement dégénéré. Les rassemblements, initialement pacifiques, se sont transformés en affrontements violents avec les forces de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur a communiqué un bilan sévère : plus de 400 arrestations, près de 300 blessés, majoritairement parmi les forces de sécurité. Deux manifestants ont tenté de prendre d’assaut un poste de gendarmerie, mais les forces de l’ordre les ont tués. Le chaos s’est installé : des manifestants ont incendié des véhicules, vandalisé des agences bancaires, détruit des commerces et saccagé le mobilier urbain.

Le pouvoir central a réagi avec fermeté. Les autorités ont interdit les rassemblements non autorisés, renforcé les dispositifs sécuritaires et annoncé des sanctions lourdes pour les participants. Mais loin de calmer la colère, ces mesures semblent alimenter le ressentiment. La Génération Z marocaine estime que personne ne l’entend et que le statu quo doit changer. Ce mouvement exprime non seulement une frustration économique et sociale, mais aussi un profond sentiment de marginalisation et de déconnexion avec les institutions.

Madagascar : une crise politique ouverte

À Madagascar, la contestation a éclaté le 25 septembre 2025, alimentée par des coupures d’eau et d’électricité à répétition. Ces perturbations, dues à une gestion défaillante des infrastructures et à une sécheresse prolongée, ont plongé la capitale, Antananarivo, dans une crise énergétique sans précédent. Les manifestations, initialement pacifiques, ont rapidement dégénéré en affrontements violents avec les forces de l’ordre.

Le bilan est lourd : le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme rapporte que les forces ont tué au moins 22 personnes et blessé plus de 100 autres, parmi lesquelles des manifestants et des passants. Volker Türk a exprimé, dans un communiqué, sa « tristesse face aux pertes en vies humaines et aux atteintes aux personnes lors des manifestations contre les coupures d’eau et d’électricité à Madagascar ». Les autorités malgaches ont imposé un couvre-feu nocturne à Antananarivo, de 19 h à 5 h, pour tenter de rétablir l’ordre. Cependant, ces mesures n’ont fait qu’exacerber la colère populaire.

Les manifestations se sont rapidement étendues à d’autres régions du pays, notamment Toamasina, Antsirabe, Toliara et Antsiranana. Les protestataires, principalement des jeunes, ont exprimé leur ras-le-bol face à la pauvreté, à la corruption et à l’inefficacité des services publics. Des témoins ont rapporté des scènes de pillages, d’incendies et de destructions, notamment la destruction de centres commerciaux et de biens publics.

Face à cette pression, le président Andry Rajoelina a annoncé, le 29 septembre, la dissolution de son gouvernement dirigé par Christian Ntsay. Ce geste politique n’a pas suffi à apaiser les tensions. Le mot d’ordre des manifestants est désormais clair : « Rajoelina, dégage ». Les appels à la grève générale se multiplient, et des syndicats, dont celui des inspecteurs du travail et de la société nationale de distribution d’eau et d’électricité (Jirama), ont rejoint le mouvement de contestation.

Qui est la Génération Z ?

La Génération Z, née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, est la première à avoir grandi avec Internet et les réseaux sociaux. Cette immersion précoce dans le numérique a façonné sa manière de penser, de communiquer et d’agir. Elle s’informe en temps réel via des plateformes comme TikTok, Instagram, Reddit ou X (ex Twitter), souvent plus rapidement que les médias traditionnels. Cette rapidité d’accès à l’information lui permet de réagir instantanément aux événements mondiaux.

La Gen Z affiche des attentes précises envers la société et les institutions. Elle exige des dirigeants qu’ils soient honnêtes, qu’ils rendent des comptes et qu’ils agissent dans l’intérêt général. Ce collectif milite pour l’éducation, la santé, les transports et l’énergie doivent être de qualité et accessibles à tous, sans discrimination. Il recherche des emplois stables, bien rémunérés et épanouissants, ainsi que des opportunités pour entreprendre et innover. Dans le même sens, ce mouvement défend le droit de s’exprimer librement, sans censure, et l’accès à une information fiable et diversifiée.

Une étude de Mercer révèle que 79 % des membres de la Gen Z estiment qu’il est important que leurs employeurs soutiennent des causes telles que le salaire de subsistance, la santé des femmes, la diversité, l’équité et l’inclusion, ainsi que la durabilité environnementale. Contrairement aux générations précédentes, la Gen Z privilégie des formes de mobilisation décentralisées et numériques. Elle organise des actions via des applications de messagerie comme WhatsApp ou Telegram, des plateformes de discussion comme Discord, et des réseaux sociaux.

Lors des manifestations en Turquie en 2025, déclenchées par l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, la Gen Z a joué un rôle central dans l’organisation des protestations, en utilisant les réseaux sociaux pour mobiliser les jeunes, diffuser des informations et coordonner les actions sur le terrain.

Tilmidja Malam

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