RDC-AFC/M23 : pourquoi les accords de cessez-le-feu échouent
Malgré les accords de Doha et Washington, les combats entre l’armée et le M23 reprennent dans l’Est de la RDC. Une illustration de l’échec chronique des cessez-le-feu et l’impossible paix.

Les 9 et 10 août 2025, les combats ont de nouveau éclaté dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Les mêmes acteurs sont au front : l’Alliance du Fleuve Congo/M23 et les Forces armées congolaises, appuyées par les milices Wazalendo. Ces affrontements surviennent malgré la signature récente à Doha d’un cessez-le-feu censé mettre fin aux hostilités. Au Sud-Kivu, le gouvernement provincial confirme la prise de plusieurs localités du groupement Mulamba par les rebelles.
Me Didier Kabi, porte-parole du gouvernement, dénonce cette violation. Pour lui, « au regard du dispositif militaire qu’ils ont utilisé et l’instruction donnée à notre armée d’observer le cessez-le-feu, nos militaires des FARDC – aux côtés de nos patriotes Wazalendo – se sont retirés progressivement pour éviter un bain de sang. Certaines localités – Kanyola, Muzinzi, Ciruko et une partie de Mulamba – sont actuellement, oui, occupées par ces rebelles. »
Ce constat illustre qu’entre la RDC et le M23, la paix semble impossible dans les Kivus malgré les accords internationaux de cessez-le-feu.
Accords de Washington et de Doha
Sur le plan diplomatique, l’ONU et les États du Golfe ont présenté l’accord de Doha comme une avancée majeure. Il prévoyait la suspension immédiate des combats, la mise en place d’un mécanisme de suivi avec des observateurs internationaux et le début d’un dialogue politique pour la résolution du conflit. Toutefois, cet accord n’a pas réussi à enrayer la dynamique de méfiance et d’hostilité sur le terrain. L’AFC/M23, malgré sa signature, semble poursuivre ses objectifs militaires et économiques, tandis que le gouvernement congolais adopte une posture prudente, évitant les confrontations directes pour protéger les civils.
Parallèlement, la RDC et le Rwanda ont signé à Washington un autre accord visant à calmer les tensions régionales. Ce texte engage notamment Kigali à retirer ses troupes et à contribuer à la neutralisation des groupes armés tels que les FDLR. Il institue un mécanisme conjoint de sécurité supervisé par des acteurs internationaux. À l’instar de l’accord de Doha, les critiques reprochent à ce cadre diplomatique d’exclure l’AFC/M23 et de ne pas contenir de garanties effectives sur le terrain. Les deux accords traduisent la complexité d’un conflit qui dépasse largement les frontières congolaises.
Une crise à six dimensions
Le conflit dans les Kivus ne se résume pas à une simple confrontation militaire. Selon le décryptage de RFI, il s’articule autour de six dimensions interdépendantes :
Sécuritaire : La présence de plus de 100 groupes armés, dont le M23, les FDLR et les ADF, rend la situation extrêmement volatile. Ces groupes contrôlent des zones stratégiques, notamment les routes commerciales et les sites miniers, et entretiennent des réseaux de financement complexes.
Politique : Le Rwanda et la RDC s’accusent mutuellement de soutenir des groupes armés ennemis. Cette rivalité géopolitique alimente le conflit et complique les efforts de médiation.
Économique : L’exploitation illégale des ressources naturelles, telles que l’or, le coltan et le cobalt, finance les groupes armés et alimente la corruption. Les réseaux de trafic transfrontaliers impliquent plusieurs pays voisins, dont l’Ouganda et le Rwanda.
Humanitaire : Le conflit a provoqué le déplacement de plus de 7 millions de personnes, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les conditions de vie dans les camps de déplacés sont précaires, avec un accès limité aux soins de santé, à l’éducation et à la nourriture.
Sociale : On utilise les violences sexuelles comme arme de guerre. Des milliers de femmes et d’enfants sont victimes de viols, de mutilations et de traumatismes psychologiques. Les conflits déstabilisent les communautés locales et fragilisent la cohésion sociale.
Environnementale : Les combats détruisent les écosystèmes, notamment dans le parc national des Virunga, où ils menacent la faune et la flore. La déforestation, le braconnage et la pollution des cours d’eau aggravent la dégradation de l’environnement.
Les causes profondes du conflit
Les causes profondes du conflit sont donc multiples et interconnectées. La faiblesse de l’État congolais, qui peine à imposer son autorité dans ces régions, laisse un vide que les groupes armés exploitent. Les tensions ethniques anciennes, ravivées par des décennies de violences, fragilisent le tissu social et favorisent les cycles de représailles. L’impunité généralisée, où les auteurs d’exactions échappent à la justice, encourage la répétition des crimes. Enfin, l’ingérence d’acteurs étrangers, à travers le soutien à différents groupes armés, complique la recherche d’une solution durable.
Ces multiples facteurs expliquent pourquoi la paix semble hors de portée. Les réalités du terrain, mêlant enjeux locaux, intérêts économiques et rivalités régionales, contrecarrent chaque cessez-le-feu, qu’on signe à Doha ou à Washington. Les milices Wazalendo, bien qu’alliées aux forces gouvernementales, poursuivent leurs propres agendas, compliquant la maîtrise du conflit. Pendant ce temps, les civils restent les premières victimes de cette guerre sans fin.
L’impossible paix
Pourquoi malgré les accords de Doha et Washington, les combats entre l’armée congolaise et le M23 ont-ils repris dans l’Est de la RDC, illustrant l’échec chronique des cessez-le-feu et l’impossible paix dans les Kivus ? En tout cas, le retour des combats montre que, dans l’Est de la RDC, les accords politiques se heurtent aux réalités militaires et aux agendas divergents des acteurs. Kinshasa voit dans l’AFC/M23 une émanation de Kigali cherchant à contrôler des territoires riches en minerais. Kigali, de son côté, accuse la RDC de soutenir les FDLR, groupe armé hostile au Rwanda. Entre ces récits contradictoires, les populations civiles payent un prix lourd : nouveaux déplacements, pertes humaines, destruction des infrastructures.
Dans ce contexte, la paix relève d’un horizon lointain. Les dynamiques de terrain peuvent, en quelques jours, anéantir des mois d’efforts diplomatiques. L’accord de Washington, censé marquer un tournant, risque ainsi de rejoindre la longue liste des initiatives internationales qui, faute de mécanismes de contrainte et de confiance mutuelle, s’évanouissent au premier crépitement d’armes.
Inès Kabasele Tshiela




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