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Tchad : Masra condamné, quelles voies de recours ?

Condamné dans une affaire de « complicité de meurtre », Succès Masra, se retrouve à la croisée des chemins. Entre recours judiciaires et espoir d’une grâce présidentielle.

Succes Masra lors d’un meeting à N’Djamena, au Tchad, le 4 mai 2024. ©Joris Bolomey /AFP

N’Djamena, 10 août 2025. Le verdict est tombé. Succès Masra, figure centrale de l’opposition tchadienne et président des Transformateurs, écope de 20 ans de prison ferme. Le tribunal de grande instance de N’Djamena a prononcé sa condamnation pour « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe» et pour « complicité de meurtre » dans l’affaire de Mandakaou, où 42 personnes ont été tuées fin mai.

Figure montante de la scène politique, il incarnait depuis quelques années l’espoir d’un renouveau face à un pouvoir réputé immuable. La sentence, prononcée au terme d’un procès qu’il qualifie de « politique », ne bouleverse pas seulement sa trajectoire personnelle. Elle redessine aussi les équilibres fragiles d’une opposition déjà fragmentée. En toile de fond, la présidentielle 2029. L’exclusion potentielle de Masra pourrait consolider le camp présidentiel.

Dans un pays où les confrontations entre pouvoir et opposition se tranchent souvent dans les prétoires, cette affaire illustre les tensions profondes qui traversent le Tchad.

Un procès expéditif

La justice tchadienne, souvent critiquée pour la lenteur de ses procédures, a cette fois « tenu à accélérer les choses pour que le procès se tienne », souligne le journaliste Eric Topona. Cette célérité inhabituelle traduit, selon lui, l’importance politique du dossier. Les avocats de Masra ont plaidé avec vigueur, dénonçant « l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire pour clouer leur leader et l’empêcher de continuer sa carrière politique ». De leur côté, les conseils de l’État « ont fait valoir les droits du gouvernement », rappelle Topona. Le tribunal a finalement confirmé la culpabilité de l’opposant, provoquant la colère des Transformateurs qui y voient un « complot » destiné à écarter l’un des derniers contrepoids sérieux au pouvoir.

Pour Me Francis Kadjilembaye, porte-parole du collectif d’avocats de Succès Masra, cette condamnation est une injustice « Nous assistons malheureusement à une consécration d’une pratique qui consiste en l’instrumentalisation de la justice pour pouvoir régler des comptes politiques, et cela est regrettable pour notre pays. Partout où besoin sera, nous nous ferons entendre, nous ferons entendre que notre client vient de faire l’objet d’une criarde injustice et que cela ne devra pas rester impuni », a-t-il déclaré.

Les voies de recours

Les avocats de Masra ont annoncé un appel, première étape d’une riposte judiciaire qui pourrait aller jusqu’en cassation. « Certaines sources proches des Transformateurs penchent même pour un recours sur le plan international », précise Eric Topona. Le journaliste rappelle que le leader d’opposition « dispose d’un carnet d’adresses dense » à l’étranger. Une autre possibilité reste la grâce présidentielle, un pouvoir discrétionnaire du chef de l’État. Le 11 août, date du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance, pourrait constituer un moment symbolique pour un geste d’apaisement. Topona se montre prudent : « Je ne suis pas sûr que le président Déby puisse gracier Succès Masra ce jour-là, même s’il décide en dernier ressort. »

Un climat politique sous tension

Cette affaire intervient dans un contexte d’étouffement politique. La mort brutale de Yaya Dillo, assassinée il y a un peu plus d’un an, reste un symbole macabre de la répression qui frappe les figures de l’opposition au Tchad. L’assassinat de Dillo, jamais véritablement élucidé, illustre la dangerosité du climat politique et la stratégie apparente de musèlement par la violence. Pour les Transformateurs, il s’agit d’une stratégie orchestrée pour « éliminer politiquement » Masra.

En cas de confirmation de la condamnation, il perdra ses droits civiques et politiques, ne dirigera plus son parti et ne pourra pas briguer la magistrature suprême. Anticipant ce scénario, il a confié la gestion des affaires courantes à un collège de proches. Ses soutiens dénoncent une « chape de plomb » qui s’abat sur les voix dissidentes et un climat où « les principaux leaders se sentent menacés et en danger ».

Une opposition en quête de survie

Au-delà du cas Masra, cette affaire questionne la capacité de l’opposition à résister. Privée de son leader le plus médiatisé, Les Transformateurs risquent de perdre leur dynamique populaire. Le vide politique ainsi créé pourrait soit ouvrir la voie à de nouvelles figures. À l’horizon 2029, la recomposition du paysage politique semble inévitable. Mais pour l’heure, toutes les options de Masra – appel, cassation, recours international, ou grâce présidentielle – sont incertaines.

Ebnou Khalzé

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