La méthode Amadou Oury Bah, Premier ministre guinéen
Le chef du gouvernement guinéen a réuni le 18 septembre, pour la deuxième fois, le pôle « Économie et transformation productive » et a examiné neuf dossiers. Le délai de quinze jours qu’il laisse aux ministères pour rendre compte constituera la première vérification concrète du dispositif.

Le 18 septembre 2026, le Premier ministre Amadou Oury Bah de la Guinée a présidé la deuxième session du Comité interministériel de coordination et de suivi du « Pôle 2 », consacré à l’« Économie et transformation productive ». Sept départements ministériels lui ont soumis neuf questions à arbitrer, et deux autres dossiers attendent la prochaine session. Le format est récent. Le 2 septembre, le chef du gouvernement a officialisé une réorganisation de l’action gouvernementale autour de quatre pôles, après 53 sessions de concertation. Il a réparti les 30 départements ministériels entre souveraineté et gouvernance, économie et transformation productive, infrastructures et développement durable, et capital humain et solidarité. Le pôle économique rassemble notamment l’Économie, les Finances, les Mines, l’Industrie, l’Agriculture et la Pêche.
Le diagnostic vient du Premier ministre lui-même. Une fois la transition terminée, le gouvernement a lancé plusieurs réformes de front, du budget-programme aux accords avec le FMI. Deux années d’expérience lui ont montré que l’administration et les ministères travaillaient en silos. Le porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno, a précisé que cette architecture s’articule avec les piliers du programme Simandou 2040, qu’elle préserve les attributions de chaque ministère et qu’elle offre un cadre permanent aux dossiers transversaux.
Un circuit en trois temps
Le Premier ministre insiste : ces comités ne forment pas un nouvel étage administratif. Ils complètent le Conseil interministériel, qui reste le cadre du partage d’information et de la solidarité gouvernementale. Le circuit présenté lors de la session comprend trois étapes. Le 16 septembre, les services procèdent à un examen technique préalable. Deux jours plus tard, Amadou Oury Bah arbitre. Ensuite, le secrétariat verse les sujets au procès-verbal du Conseil interministériel, puis le gouvernement les porte devant le Conseil des ministres, où le président de la République les valide. Le prochain pôle se réunira vendredi prochain, avec un examen technique le mercredi.
Trois ministres ont insisté sur la méthode. Le ministre du Plan, Ismaël Nabé, a salué un mécanisme qui favorise la concertation, la prise de décision et le suivi. Le ministre secrétaire général du Gouvernement, Tamba Benoît Kamano, a livré le chiffre qui servira de test : les départements concernés disposent de 15 jours au maximum pour rendre compte de la mise en œuvre, sous le contrôle du comité de suivi. Ce délai, compté depuis le 18 septembre, expire début octobre.
Le ministre de l’Élevage, Alpha Bacar Barry, a mis en avant la co-construction : les ministères arrivent avec leurs propres solutions au lieu d’attendre un verdict. Selon lui, la proximité entre ministres et l’attention directe du Premier ministre raccourcissent les délais, et le comité tranche en une heure quand le travail technique a été fait en amont.
Des bovins brésiliens pour tester la méthode
Le comité n’a évoqué publiquement qu’un seul dossier : l’importation de bovins gestants de races améliorées du Brésil. Il illustre bien l’enjeu, car il exige des actions concertées : préparer des aires de confinement, produire du fourrage sur place, transformer les produits laitiers. D’où la formule entendue dans le reportage : « L’élevage appelle l’agriculture, l’agriculture appelle l’industrie. »
Les chiffres justifient la démarche. La Guinée compte environ 8 millions de bovins, mais elle importe encore 60 % de la viande et 80 % du lait qu’elle consomme, selon les statistiques que le ministre a citées. Le programme national d’amélioration génétique bovine « Horizon 2026-2035 » prévoit d’importer 5 000 bovins brésiliens : un premier lot de 2 500 têtes, suivi d’un second contingent de même taille. L’État confierait les animaux à de jeunes éleveurs sous forme de crédit, remboursable en argent ou en lait. Le dispositif couvre aussi l’alimentation du bétail, les services vétérinaires, le financement, l’assurance, la collecte et la transformation du lait.
Le contexte régional ressemble à une course : le Botswana a reçu mi-juillet un premier lot de vaches gestantes brésiliennes, et le Sénégal comme le Burkina Faso ont lancé des programmes comparables. En Guinée, le chantier reste vaste. Un consultant associé au projet estime que le pays aurait besoin de 800 millions à un milliard de litres de lait par an pour atteindre l’autosuffisance. Cette évaluation vient d’un acteur du projet, non d’une source indépendante.
Croissance et pauvreté
Ces chantiers s’inscrivent dans un moment économique singulier. Le FMI projette une croissance de 8,7 % en 2026, la plus élevée d’Afrique de l’Ouest, contre 4,5 % en moyenne pour la CEDEAO, et la Banque mondiale table sur 8,8 %. Simandou porte cette dynamique : le site a livré ses premières cargaisons de minerai de fer en décembre 2025. Premier exportateur mondial de bauxite, la Guinée en a expédié environ 183 millions de tonnes en 2025, soit 25 % de plus en un an.
Le 11 août, Conakry et le FMI ont conclu un accord de niveau des services sur un programme de 41 mois, adossé à la Facilité élargie de crédit, pour 425 millions de dollars. Les deux parties placent parmi leurs priorités la mobilisation des recettes, la transparence dans la gestion des ressources naturelles et les finances publiques. Cet accord reste technique : le conseil d’administration du Fonds ne l’a pas encore approuvé.
Les institutions soulignent toutefois la fragilité du modèle. La Banque africaine de développement note que le taux de pauvreté est resté quasi stable, à 31 % en 2024 et 30 % en 2025, et que la faiblesse de la croissance inclusive demeure un défi majeur. Les autorités reconnaissent elles-mêmes qu’il leur reste à créer des emplois, à diversifier l’économie au-delà des ressources minières et à renforcer le secteur privé local.
Un discours publié sur le site de la Primature résume la contradiction : la Guinée exporte plus de 100 millions de tonnes de bauxite chaque année, mais elle produit moins de 600 tonnes d’alumine sur place. Tel est le sens du mot « transformation » : garder en Guinée une plus grande part de la valeur.
L’homme de main de Doumbouya
Amadou Oury Bah occupe la fonction de Premier ministre depuis le 27 février 2024, date de sa nomination en remplacement de Bernard Goumou. Cette nomination était intervenue dans un contexte tendu, deux jours seulement après le déclenchement d’une grève générale lancée par les syndicats guinéens. Il avait prêté serment dès le jour de sa désignation, avant d’être officiellement installé le 29 février 2024, puis de voir son gouvernement nommé par le président Mamadi Doumbouya le 13 mars suivant.
Sa première équipe gouvernementale a présenté sa démission après l’investiture du président Doumbouya, démission acceptée le 22 janvier 2026. Quatre jours plus tard, le 26 janvier 2026, Amadou Oury Bah a été reconduit dans ses fonctions de chef du gouvernement. C’est donc dans le cadre de ce second mandat qu’il a lancé, début septembre, la réorganisation en quatre pôles ministériels dont procède le comité réuni le 18 septembre.
Par MAHAMAT Ben ABDEL




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