RDC : à l’Est, les armes ne désarment pas
Dix jours après l’accord de Doha entre Kinshasa et le M23, et un mois après la médiation américano-rwandaise à Washington, les combats se poursuivent dans l’Est congolais. Sur le terrain, ni retrait rebelle, ni désescalade durable.

Malgré les accords de paix de Washington et de Doha, les affrontements dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) restent quotidiens et meurtriers. Les combats opposent toujours les Forces armées congolaises (FARDC) et leurs supplétifs, notamment les groupes armés Wazalendo, aux rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. À Sange, dans le Sud-Kivu, une ancienne base de la Monusco sert aujourd’hui de quartier général aux Wazalendo, un groupe armé « patriotique » qui défend les positions gouvernementales depuis près de deux ans.
« Il y a trois jours, le M23 nous a attaqués à Rurambo, il y a deux jours à Kigarama. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés », confie Bernard Kadogo Tongo, porte-parole des Wazalendo à Uvira. En dépit de l’accord de paix signé le 19 juillet 2025 à Doha entre le gouvernement congolais et le M23, la trêve demeure lettre morte sur le terrain. Cet accord, négocié sous l’égide du Qatar, prévoit un cessez-le-feu, un retrait progressif des rebelles des zones occupées, l’échange de prisonniers et le retour des déplacés. Mais le M23 refuse tout retrait sans garanties politiques, tandis que Kinshasa exige un départ immédiat et sans conditions des insurgés.
Menace rebelle dans le Sud-Kivu
Cette situation est aggravée par la coalition des forces rebelles. En effet, selon des sources sur place et relayées par Radio Okapi le 30 juillet 2025, des affrontements violents ont opposé ces derniers jours les groupes armés M23, Alliance des Forces Combattantes (AFC) et la Rwanda Defence Force (RDF) d’une part, et les milices Wazalendo d’autre part, dans plusieurs localités du Sud-Kivu, notamment autour de Kalehe et Rurambo. Ces combats ont fait plusieurs morts et déplacés, témoignant de la persistance d’un conflit aux multiples facettes. La coordination opérationnelle entre le M23, l’AFC et la RDF montre que le conflit dépasse désormais un simple bras de fer entre Kinshasa et Kigali, s’inscrivant dans une dynamique régionale complexe.
La ligne de front s’étend désormais bien au-delà du Nord-Kivu, bastion traditionnel du M23. Elle menace l’équilibre sécuritaire du Sud-Kivu, région jusqu’alors relativement épargnée par les combats directs avec cette coalition. Pour les autorités congolaises, ce déploiement confirme le soutien logistique et opérationnel de Kigali à ces groupes armés, en violation du droit international et des résolutions onusiennes.
Wazalendo : résistants ou force incontrôlée ?
Parallèlement, les Wazalendo, dont le nom signifie « patriotes » en swahili, se sont imposés comme un acteur incontournable du conflit. Constitués de jeunes civils et d’ex-combattants Maï-Maï, ces groupes supplétifs sont parfois considérés comme des milices non officiellement intégrées aux FARDC. Leur statut juridique est ambigu : un décret de septembre 2023 et une loi de mai 2024 tentent d’encadrer leur action, mais leur reconnaissance reste partielle. Carbone Beni, président du mouvement Pacte et figure de la société civile congolaise, souligne que « l’article 65 de la Constitution reconnaît à tout Congolais le devoir de défendre son territoire ». Pour lui, les Wazalendo sont des résistants légitimes face à une agression étrangère.
Leur enracinement dans les communautés locales, leur connaissance du terrain, et des appuis indirects supposés de Kinshasa en font une force militaire réelle, quoique risquée à long terme. Leur montée en puissance rappelle les errances du passé avec les groupes Maï-Maï, qui avaient largement contribué à la fragmentation de la sécurité dans l’Est.
Pourtant le Rwanda a ratifié l’accord de paix…
Un événement majeur bouscule le jeu diplomatique : le 30 juillet 2025, le Parlement rwandais a adopté à l’unanimité l’accord de paix avec la RDC, entérinant officiellement la fin des hostilités entre Kigali et Kinshasa et renforçant le cadre légal de la médiation internationale. Cette approbation est un signal fort que le Rwanda souhaite désormais s’engager dans une voie de désescalade et de coopération. Mais sur le terrain, le M23, malgré le soutien de Kigali, continue ses actions militaires.
Les États-Unis, partenaires stratégiques de Kinshasa, ont fait de la stabilisation de l’Est congolais une condition préalable à toute valorisation des richesses minières. Leur accord bilatéral vise à sécuriser l’exploitation des minerais critiques, en échange d’un appui politique et sécuritaire. Mais comme le souligne un diplomate, « on ne peut pas sécuriser les minerais sans sécuriser les territoires ». Cette équation reste à résoudre.
Aujourd’hui, le conflit à l’Est de la RDC est loin d’être réglé. Le M23, la coalition rebelle et les Wazalendo se livrent une guerre multiforme, mêlant enjeux territoriaux, rivalités ethniques, et intérêts économiques. Tant que la situation militaire restera instable et que les milices continueront de proliférer, les accords internationaux risquent de rester des textes sans application concrète.
Inès Kabasele Tshiela




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