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RDC-M23 : ce que vaut réellement l’accord de Doha

Salué comme un tournant diplomatique majeur, l’accord que Kinshasa et le M23 ont signé à Doha promet la paix à l’Est. Mais derrière l’euphorie officielle, les observateurs doutent de la sincérité des acteurs et des chances réelles de mise en œuvre.

Les représentants de la RDC et du M23 autour de Mohammed bin Abdulaziz Al-Khulaifi, ministre des Affaires étrangères du Qatar. ©REUTERS

Le 19 juillet 2025, le gouvernement congolais et la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) ont signé à Doha une déclaration de principe. Elle est censée ouvrir la voie à un accord de paix global dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ce texte, négocié en toute discrétion pendant plusieurs mois, engage les deux parties à un cessez-le-feu permanent, à la fin des discours de haine et à l’ouverture de négociations formelles sous quinzaine. Présentée comme une percée historique, l’initiative est soutenue par les grandes puissances et les organisations régionales. Mais sur le terrain, la situation reste tendue, les fronts instables, et la méfiance intacte. Alors que le Rwanda, accusé de parrainer le M23, promet désormais sa « contribution à une paix durable », l’accord de Doha soulève une question centrale : s’agit-il d’un vrai tournant ou d’un nouvel accord de façade, comme tant d’autres avant lui ?

Pour certains analystes, comme le politologue Bob Kabamba, cette déclaration, plus symbolique que contraignante, pourrait bien n’être qu’un nouvel écran de fumée diplomatique.

Une feuille de route ambitieuse

Mais que vaut réellement l’accord de Doha entre la RDC et le M23 ? Signé après trois mois de pourparlers discrets, l’accord engage les deux parties à un arrêt immédiat des hostilités, à bannir la propagande haineuse et à entamer des négociations formelles d’ici le 8 août. Il fixe la signature d’un accord global avant le 18 août et exige le retrait du M23 des zones occupées. Pour Kinshasa, le rétablissement de l’autorité de l’État congolais est non négociable. « Le retour de nos institutions dans les territoires concernés est incontournable », a insisté le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya. Mais cet objectif reste suspendu à des conditions non maîtrisées et à la bonne foi de la rébellion.

Pour Bob Kabamba, ce texte n’a rien d’un véritable accord : « Ce n’est qu’une déclaration de principes. On se met d’accord sur ce qu’il faudrait faire, mais entre le souhaitable et le contraignant, il y a un monde. » Et d’ajouter : « Tant que le gouvernement congolais n’a pas validé cet engagement par un conseil des ministres, le texte ne peut entrer en vigueur. Nous n’avons pour l’instant qu’une signature d’un haut représentant du chef de l’État. »

Depuis sa résurgence en 2021, le M23 a signé plusieurs engagements avant de les piétiner. Les attaques de début 2025 à Goma et Bukavu, ont semé la panique dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Si les lignes de front se sont stabilisées ces derniers mois, des accrochages avec les milices pro-Kinshasa montrent que la guerre n’est jamais bien loin. Le terrain reste miné, au propre comme au figuré, et l’État congolais y brille plus souvent par son absence que par sa capacité à protéger.

Appel à la prudence

À l’international, l’accord de Doha a reçu un accueil prudent. L’Union africaine et les Nations unies ont salué un « pas important », tout en appelant à la vigilance. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a qualifié la signature de « jalon majeur ». Il a saisi l’occasion pour remercier le Qatar pour son rôle de facilitateur et souligné la contribution des médiateurs régionaux, notamment le président angolais João Lourenço et le président togolais Faure Gnassingbé.

L’envoyé spécial américain pour l’Afrique, Massad Boulos, a rappelé qu’« il n’existe pas de solution magique ». Pour lui, seul le retour effectif de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire fera la différence. « Nous souhaitons le meilleur à notre peuple congolais et espérons collaborer avec les Rwandais et les autres pays voisins. Nous sommes très optimistes », a-t-il ajouté. En clair, ce n’est pas la signature qui comptera, mais l’exécution.

Pour le Dr Bob Kabamba, cet engouement diplomatique cache une réalité plus préoccupante : « Ce processus semble répondre à un agenda international, notamment américain via le Qatar, plutôt qu’aux besoins concrets du terrain. La population civile continue de payer le prix des affrontements. Les troupes se renforcent sur plusieurs axes, vers Bukavu et Goma, ce qui laisse présager une reprise des hostilités. »

De plus, l’architecture même de la mise en œuvre est bancale : « Les mécanismes prévus doivent être validés par des instances régionales comme la SADC ou l’EAC. Or, aucun sommet n’a encore confirmé cette coordination. »

La crise à l’Est de la RDC a déjà fait plus de millions sept de déplacé selon l’OIM. ©Vatican

En toile de fond, la crise diplomatique avec le Rwanda reste un facteur déterminant. Kigali, accusé de soutenir militairement le M23, a officiellement salué l’accord. Un mois plus tôt, lors de la signature d’un accord bilatéral avec Kinshasa à Washington, le président rwandais Paul Kagame avait affirmé : « Nous sommes prêts à faire notre part pour tourner la page des tensions. » Une déclaration accueillie avec prudence à Kinshasa, où l’on redoute un double discours. Pour beaucoup, la stratégie de Kigali alterne gestes d’ouverture sur la scène internationale et soutien discret au M23 sur le terrain.

Une rencontre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame est annoncée dans les mois à venir. Elle pourrait être décisive pour voir les intentions réelles des deux voisins. Elle pourrait clarifier les intentions réelles de Kigali… ou confirmer les craintes.

Bob Kabamba rappelle à ce sujet que le président congolais n’a jamais officiellement changé de cap : «Tshisekedi avait fixé des lignes rouges, dont l’impossibilité de discuter avec le M23. Il n’a pas fléchi. Ce qui se passe actuellement, c’est davantage un processus imposé que choisi. »

Inès Kabasele Tshiela

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