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Militaires français en Afrique : un retrait sans départ 

En rétrocédant sa base de Ouakam au Sénégal, Paris donne l’image d’un désengagement militaire en Afrique. Mais derrière ce geste symbolique se cache une stratégie de redéploiement plus discrète, plus souple, mais tout aussi déterminée.

Des soldats français en opération militaire au Sahel. © DR

Le 17 juillet 2025, la France a officiellement rétrocédé sa base militaire permanente de Ouakam à l’armée sénégalaise. Ce retrait, présenté comme la fin d’une ère, est symbolique à plus d’un titre. Il met un terme à une présence militaire continue de la France en Afrique de l’Ouest depuis la période coloniale. Par ailleurs, « ce retrait faisait partie des deux revendications des sociétés civiles panafricaines et des jeunes à savoir, la fermeture des bases et l’abandon du CFA », explique le Dr Erick Sourna, historien. Mais à l’heure où Paris parle de « reconfiguration » stratégique, une question s’impose : la France est-elle réellement partie d’Afrique militairement ? Derrière la réduction du dispositif visible, les faits montrent qu’il ne s’agit ni d’un départ total, ni d’un renoncement à l’influence militaire sur le continent, mais d’une redéfinition en profondeur de la posture stratégique française.
Le général français Pascal Ianni, à la tête du Commandement pour l’Afrique inauguré en août 2024 à Paris, évoque une transition : « On doit réinventer nos partenariats […] nous n’avons plus besoin de bases permanentes pour cela ». Cette logique de transformation conduit à passer d’une logique de stock à une logique de flux : moins de troupes stationnées, mais des détachements projetables, modulables, selon les besoins exprimés par les partenaires africains.

« La France n’a pas renoncé à son influence »

Depuis 2022, la France a été chassée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, où les juntes au pouvoir ont décidé d’un retrait total de ses troupes. La présence militaire française en Afrique apparaissait comme un anachronisme, une forme de relique de la colonisation. Ont ensuite suivi le Tchad, la Côte d’Ivoire et le Gabon, où des bases construite au lendemain des indépendances du fait des accords de défense avec ces pays ont été transformées en plateformes partagées ou en détachements de liaison. Le camp de Ouakam au Sénégal est le dernier vestige visible de cette présence coloniale devenue politiquement insoutenable. Pourtant, comme le souligne le journaliste Ousmane Ndiaye, « la France n’a pas renoncé à son influence […] ce n’est pas un renoncement à l’ambition militaire, c’est une tentative de la redéfinir ».
Certaines bases ne font pas partie de cette décrue. A Djibouti, la présence française demeure intacte avec environ 1 500 militaires. Elle constitue un point de projection essentiel dans la Corne de l’Afrique, face à une concurrence majeure dans cette zone stratégique : États-Unis, Chine, Japon, Italie, Turquie (ce pays possède la plus grande base étrangère en Afrique installée en Somalie). Au Tchad, malgré la réduction des effectifs, la base d’Adji Kossei reste active, assurant des fonctions de renseignement, logistique et appui opérationnel, notamment pour les opérations transfrontalières.

Moins visibles, mais toujours présents

Le nouveau paradigme de ce nouveau déploiement est d’occuper sans envahir. Comment Paris entend-il perpétuer la présence militaire française Afrique ? Le général Ianni, ancien expert en influence et guerre de l’information, guide cette mutation du Commandement pour l’Afrique, dans l’esprit des modèles américains comme Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM). Ce centre de coordination assure désormais la planification des opérations spéciales, le jeu d’espion, la formation des armées locales et l’appui dans la lutte contre le terrorisme et les trafics illicites, tout en réduisant la visibilité de l’empreinte française.

Dans cette logique, le 16 juillet 2025, à la veille de la cérémonie du retrait militaire de la France du Sénégal, le chef d’état-major des armées françaises, le général d’armée Thierry Burkhard, a eu un échange téléphonique avec son homologue sénégalais, le général Mbaye Cissé. Les deux responsables militaires ont discuté de « la signature d’une lettre d’intention sur la poursuite et l’avenir de notre partenariat militaire », peut-on lire sur la page Facebook du chef d’état-major des armées françaises.

La doctrine française opère donc une mutation structurelle : finies les armées stationnaires et omniprésentes, place à des détachements mobiles, des accords bilatéraux discrets et des capacités de projection rapide. Paris espère ainsi conserver sa capacité d’intervention tout en minimisant les contestations politiques et les campagnes de désinformation.
Cette stratégie répond à plusieurs impératifs : rester un acteur stratégique face à des menaces transnationales (terrorisme au Sahel, piraterie dans le Golfe de Guinée) ; préserver les intérêts diplomatiques et économiques avec ses anciens partenaires ; concurrencer sur le terrain africain d’autres puissances comme la Russie, la Chine ou la Turquie.

Prosper Louabalbé

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