Une alliance Cameroun-Nigeria pour transformer les fèves de cacao
Le gouvernement camerounais a officiellement lancé, le jeudi 6 août à Yaoundé, la campagne cacaoyère 2026-2027. Longtemps perçu comme un concurrent sur les marchés du cacao, le Nigeria apparaît désormais comme un partenaire stratégique pour le Cameroun. Porté par la ZLECAf, Yaoundé mise sur un bassin industriel capable de transformer près de 450 000 tonnes de fèves entre les deux pays.

« L’année passée [2025, Ndlr], il y avait déjà des acheteurs qui venaient du Nigeria. Nous sommes près de la frontière et nous avons vu ce mouvement. Je pense que c’est aussi cela qui fera monter les prix », a confié Daniel Amasoumou, producteur camerounais de cacao. Présent parmi les participants au Forum national sur la rémunération des producteurs, organisé les 5 et 6 août 2026 par le gouvernement dans le cadre du lancement de la campagne cacaoyère 2026-2027, Amasoumou suit avec beaucoup d’attention les exposés consacrés aux évolutions du marché mondial du cacao. Président du conseil d’administration de la coopérative Bissiri Cacao de Yimberé, dans l’arrondissement de Bankim, ce sexagénaire représente les producteurs du département du Mayo-Banyo, dans la région de l’Adamaoua, frontalière du Nigeria.
Aujourd’hui, sa coopérative espère réaliser une meilleure campagne après une récolte décevante en 2025-2026. « Cette année sera meilleure. Nous allons dépasser les volumes de l’année passée », affirme-t-il avec optimisme. Il se réjouit également des échanges organisés à Yaoundé, convaincu que les enseignements du forum permettront d’améliorer la qualité des fèves produites par les jeunes planteurs de sa coopérative.
Pour lui, « les coopératives doivent s’unir. C’est la même chose avec les pays », estime-t-il, en référence à la signature, le 14 juillet 2026 à Abuja, de la Déclaration d’Abuja, qui réunit le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Cameroun au sein de la Cocoa value addition alliance. Les quatre pays entendent transformer davantage leurs fèves sur le continent afin de capter une part plus importante de la valeur ajoutée.
Le Nigeria n’est plus un rival
Cette lecture rejoint celle du gouvernement. Luc Magloire Mbarga Atangana ne présente plus le Nigeria comme un concurrent qui capte le cacao camerounais. Le ministre du Commerce y voit plutôt un maillon d’une nouvelle chaîne industrielle africaine. Le Nigeria dispose aujourd’hui d’unités de transformation capables de traiter environ 200 000 tonnes de cacao, à proximité de la frontière camerounaise. En y ajoutant les près de 250 000 tonnes de capacités installées au Cameroun, le potentiel atteint environ 450 000 tonnes.
Pour le ministre camerounais, cette complémentarité change profondément les perspectives de la filière. Elle réduit la dépendance envers les acheteurs européens et ouvre un débouché régional porté par la Zone de libre-échange continentale africaine. « Je ne vois aucune raison de céder au pessimisme que certains entretiennent. Il n’y a pas lieu d’inquiéter les producteurs », lance-t-il.
Cette vision prolonge d’ailleurs le discours qu’il avait tenu à l’ouverture du forum, le 5 août 2026. Le ministre y soulignait déjà que les capacités industrielles camerounaises, associées à la forte demande nigériane, devaient conduire les acteurs à repenser le fonctionnement de la filière plutôt que de subir les fluctuations des marchés internationaux.
Une industrie régionale prend forme
Le gouvernement estime que les conditions deviennent favorables. Premier élément, les cours mondiaux repartent à la hausse. Au 5 août, les cotations atteignaient environ 3 414 FCFA le kilogramme. Selon Luc Magloire Mbarga Ataangana, ce niveau permet d’envisager un prix bord magasin compris entre 2 800 et 2 900 FCFA le kilogramme. « Ce n’est pas un mauvais niveau de rémunération », affirme-t-il. Il dit même s’attendre à une nouvelle hausse des prix, soutenue par une demande asiatique toujours dynamique.
Deuxième élément, la transformation locale a fortement progressé. L’objectif fixé par le gouvernement était de transformer 40 % de la production nationale. Le Cameroun approche désormais les 80 %. Pour les producteurs, cette évolution constitue une garantie supplémentaire. Même si les marchés extérieurs ralentissaient, les industriels installés au Cameroun disposeraient désormais de capacités suffisantes pour absorber une grande partie des récoltes.
Le vrai débat reste le partage de la richesse
L’optimisme du ministre ne masque toutefois pas les tensions au sein de la filière. Selon lui, le véritable enjeu ne réside plus uniquement dans le niveau des prix, mais dans la manière dont les revenus sont répartis entre producteurs, transformateurs et exportateurs. « Le problème de fond est celui de l’équité. Ce n’est pas tant le prix nominal. Le plus important est de savoir que j’ai été payé au juste prix », insiste-t-il.
Luc Magloire Mbarga Atangana défend le principe d’une « profitabilité partagée ». Lorsque les marchés baissent, chaque acteur doit consentir un effort. Lorsqu’ils remontent, chacun doit bénéficier de cette amélioration. « Quand il y a pour tout le monde, il faut que le gâteau soit bien partagé. »
Le ministre invite également les industriels à jouer pleinement leur rôle. Les avantages fiscaux accordés par l’État à la transformation locale doivent produire des retombées pour l’ensemble de la filière et non être captés par quelques opérateurs. Il rejette toute solution imposée d’en haut. « Les oukases ne marchent pas. Le consensus est la chose du monde la mieux partagée. »
Des voyants presque au vert
À ses yeux, deux dossiers majeurs progressent déjà. Le premier concerne la qualité. Le Cameroun figure désormais parmi les pays reconnus par l’Organisation internationale du cacao pour la qualité de ses fèves. Le second porte sur la conformité au règlement européen contre la déforestation. Environ 90 % de la production nationale répondrait désormais aux exigences de cette réglementation.
Reste le partage de la valeur. « Les clignotants sont plutôt au vert », résume le ministre. Seule la rémunération des différents acteurs demeure « à l’orange », avec l’espoir qu’elle passe rapidement au vert grâce au dialogue engagé entre les producteurs, les industriels et les exportateurs.
Il faut le rappeler, selon l’Office national du cacao et du café (ONCC), le Cameroun a enregistré, au terme de la campagne 2024-2025 achevée le 15 juillet 2025, une production commercialisée historique de 309 518 tonnes, un niveau jamais atteint jusque-là. Les exportations ont progressé à 192 013 tonnes, contre 185 613 tonnes lors de la campagne précédente, tandis que la transformation industrielle a bondi de 85 672 à 109 431 tonnes, soit une hausse de 23 759 tonnes.
Cette dynamique s’est traduite par une valeur FOB record de 1 410,85 milliards de FCFA, contre 737,7 milliards de FCFA un an plus tôt, soit un gain de plus de 673 milliards de FCFA. Les prix payés aux producteurs sont restés particulièrement rémunérateurs, oscillant entre 3 210 FCFA et 5 400 FCFA le kilogramme, après une campagne précédente marquée par une volatilité exceptionnelle, au cours de laquelle ils avaient fluctué entre 1 150 FCFA et 6 300 FCFA le kilogramme.
Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé




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