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Quatre pays africains s’unissent pour peser sur le marché du cacao

Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria, qui produisent près des deux tiers du cacao mondial, unissent leurs forces pour peser davantage sur le marché de l’or brun. Transformation locale, négociation collective et meilleur partage des revenus du cacao sont au cœur de cette alliance.

Quatre pays africains unissent leurs forces pour capter davantage de valeur. ©DR

Pendant des décennies, les principaux producteurs africains de cacao ont exporté leurs récoltes sous forme de fèves brutes, laissant les industries européennes, asiatiques et américaines capter l’essentiel de la valeur ajoutée en les transformant en beurre de cacao, en poudre et en chocolat. Réunis le 14 juillet à Abuja, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria ont décidé de rompre avec ce modèle. Les quatre pays ont signé la Déclaration d’Abuja instituant l’Alliance pour la valorisation du cacao. Leur objectif consiste à coordonner leurs politiques agricoles et commerciales, harmoniser les normes de qualité, développer la transformation locale et défendre ensemble leurs intérêts sur le marché international.

Ensemble, ces quatre pays représentent environ les deux tiers de la production mondiale de cacao. Une masse critique qui leur donne un poids économique considérable, mais dont ils n’ont jusqu’ici jamais réellement tiré parti.

Comment reprendre la main face à Londres et New York

Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a placé cette stratégie au cœur de son projet industriel. Représenté à Abuja par le ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Abubakar Kyari, le chef de l’État a rappelé que son gouvernement privilégiait désormais «la transformation locale des matières premières, notamment le cacao et le karité, avant leur exportation», afin de stimuler «l’industrialisation et la croissance économique». Le message est partagé par Accra. Les autorités ghanéennes estiment que les producteurs africains ne peuvent plus laisser les transformateurs occidentaux fixer seuls les règles du marché. Selon elles, l’Afrique doit reprendre davantage le contrôle d’une filière dont elle constitue pourtant le principal fournisseur.

Cette ambition se traduit déjà par des projets industriels. À Abuja, les promoteurs ont notamment présenté leur projet de construire une usine de transformation de 70 000 tonnes à Sagamu, dans l’État d’Ogun, au Nigeria. L’installation doit entrer en service en 2027.

Cette alliance connote une bataille économique. Aujourd’hui, les cours du cacao se décident essentiellement sur les places boursières de Londres et de New York. Dans le même temps, les grands négociants et transformateurs internationaux conservent une influence déterminante sur les chaînes d’approvisionnement, le broyage et la commercialisation du cacao. Les producteurs africains cherchent désormais à réduire cette dépendance en négociant collectivement avec les acheteurs internationaux. Ils espèrent aussi attirer davantage d’investissements dans les usines locales afin de conserver sur le continent une part plus importante de la valeur créée.

Le sommet d’Abuja, organisé sous le thème « From Bean to Brand », résume cette ambition. Il ne s’agit plus seulement de produire des fèves. Il s’agit désormais de produire des marques, des produits finis et des emplois sur le continent.

La stratégie OPEP et la conquête du marché européen

La comparaison avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) s’impose naturellement. Comme les membres de l’OPEP, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria disposent d’un poids considérable sur l’offre mondiale. Ils cherchent désormais à transformer leur puissance productive en pouvoir de négociation. Mais le cacao n’obéit pas aux mêmes règles que le pétrole. Les pays pétroliers peuvent moduler leur production en fonction du marché.

Les producteurs de cacao, eux, doivent composer avec les aléas climatiques, les maladies, les cycles biologiques de la culture et les choix de millions de petits exploitants. Ces contraintes réduisent leur marge de manœuvre pour influencer l’offre. La capacité de contrôler les volumes mis sur le marché demeure donc beaucoup plus limitée. L’alliance devra également convaincre que ses membres pourront maintenir durablement une position commune malgré leurs intérêts nationaux parfois divergents.

Avant même d’espérer influencer les marchés, l’Alliance devra relever un premier défi : élaborer une réponse commune au règlement européen contre la déforestation, qui entrera en vigueur le 30 décembre 2026. Ce texte oblige les exportateurs à assurer une traçabilité complète des matières premières destinées au marché européen. Les quatre pays entendent faire reconnaître leurs systèmes nationaux de traçabilité et refusent de transférer les coûts de mise en conformité aux petits producteurs.

Pour la première fois, les principaux producteurs du continent ne revendiquent plus seulement de vendre davantage de cacao. Ils veulent participer à la fixation des règles d’un marché qu’ils alimentent depuis des décennies sans en maîtriser les principaux leviers économiques.

Par Aisha UMAR, à Kano

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