Chargement en cours
Publicité

Sénégal : la dette publique réévaluée à 25 583 milliards FCFA après un audit

Publié le 14 juillet 2026 par le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, le Bulletin statistique de la dette publique 2019-2024 révèle que l’encours de la dette publique du Sénégal a été réévalué à 25 583 milliards de FCFA, soit 128,6 % du PIB, à l’issue d’un exercice de fiabilisation des comptes publics.

Immeuble siège du Trésor public sénégalais. ©DR

Le Sénégal tourne une nouvelle page dans la gestion de ses finances publiques. En publiant le 14 juillet 2026 son Bulletin statistique de la dette publique 2019-2024, le gouvernement dévoile pour la première fois un état consolidé de l’endettement de l’administration centrale et du secteur parapublic. Fruit d’un vaste exercice de réconciliation des données conduit avec le cabinet international Forvis Mazars, le document établit l’encours de la dette publique à 25 583 milliards de FCFA, soit 128,6 % du produit intérieur brut (PIB) à fin 2024. Une réévaluation qui met en lumière l’ampleur des engagements financiers de l’État et ouvre un nouveau chapitre dans la gouvernance budgétaire du pays.

Cette publication intervient dans un contexte où les nouvelles autorités sénégalaises ont multiplié les audits des finances publiques afin d’établir une photographie fidèle de la situation héritée des précédentes administrations. Après le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) en 2024 puis l’audit de la Cour des comptes rendu public le 12 février 2025, le gouvernement a confié au cabinet Forvis Mazars un travail exhaustif de fiabilisation de l’ensemble de la dette du secteur public, incluant aussi bien l’administration centrale que les entreprises publiques.

Une dette qui a plus que doublé en cinq ans

Les chiffres publiés témoignent d’une accélération spectaculaire de l’endettement public au Sénégal. Entre 2019 et 2024, l’encours global est passé de 11 219 milliards de FCFA à 25 583 milliards de FCFA, soit une progression de près de 14 364 milliards de FCFA en cinq ans. Dans le même temps, le ratio dette/PIB est passé de 81,8 % à 128,6 %. Autrement dit, alors que l’économie sénégalaise a continué de croître, la dette a progressé à un rythme bien plus soutenu. Les autorités précisent toutefois que ces données ne prennent pas encore en compte le futur rebasage du PIB, actuellement en cours, lequel pourrait modifier certains ratios macroéconomiques sans pour autant réduire le montant nominal de la dette.

Sur les 25 583 milliards de FCFA de dette recensés, 23 667 milliards concernent directement l’administration centrale, soit près de 93 % du total. Le secteur parapublic représente, quant à lui, 1 917 milliards de FCFA, équivalant à 9,6 % du PIB. Cette photographie consolidée constitue une rupture avec les statistiques antérieures, puisqu’elle intègre désormais des engagements qui n’étaient pas toujours recensés dans les publications précédentes. Le gouvernement présente ainsi ce bulletin comme une nouvelle base de référence destinée à renforcer la transparence des finances publiques.

Une dette largement contractée à l’extérieur

L’analyse de la structure de l’endettement montre que le Sénégal demeure fortement dépendant des financements extérieurs. La dette extérieure de l’administration centrale atteint 16 894 milliards de FCFA, soit 71 % de l’encours total, contre 6 773 milliards de FCFA de dette domestique (29 %). L’euro reste la principale devise d’endettement avec 10 974 milliards de FCFA, représentant 46 % du portefeuille total. Le dollar américain suit avec 3 993 milliards de FCFA (17 %), devant le yuan chinois (703 milliards) et d’autres devises. Cette structure expose le Sénégal aux fluctuations des marchés internationaux et aux variations de change.

Le bulletin met également en évidence une différence notable entre la dette intérieure et extérieure en matière de coût et de durée. La dette extérieure présente une maturité résiduelle moyenne de 8,7 ans et un taux d’intérêt effectif de 3,4 %, tandis que la dette domestique est plus onéreuse avec un taux moyen de 5,3 % et une maturité plus courte.

Banque mondiale, FMI, Chine : principaux créanciers

Les institutions multilatérales demeurent les premiers partenaires financiers du Sénégal. Leur encours atteint 6 749 milliards de FCFA, soit 40 % de la dette extérieure. La Banque mondiale est le premier créancier avec 2 803 milliards de FCFA, devant le Fonds monétaire international(905 milliards), la Banque islamique de développement, la Banque africaine de développement et la BOAD.

Les créanciers bilatéraux représentent 2 934 milliards de FCFA, dont 1 380 milliards auprès de l’Exim Bank of China. Les créanciers commerciaux totalisent, pour leur part, 5 672 milliards de FCFA, principalement constitués d’eurobonds (3 133 milliards) ainsi que de prêts syndiqués auprès de plusieurs banques internationales. Cette répartition illustre la diversification progressive des sources de financement du Sénégal, entre marchés internationaux, partenaires multilatéraux et banques commerciales.

Le travail de consolidation s’est également intéressé au secteur parapublic. Le Groupe Petrosen apparaît comme l’entité publique la plus endettée avec un encours de 660,2 milliards de FCFA, essentiellement constitué de dette extérieure. Derrière figurent la Société de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’Etat (299 milliards de FCFA), dont l’endettement est exclusivement domestique, Senelec (227,6 milliards de FCFA), en baisse par rapport aux 341,7 milliards enregistrés en 2020, puis l’Aéroport international Blaise-Diagne (188,7 milliards) et le Fonds d’entretien routier autonome (170,9 milliards).

Ces chiffres mettent en évidence le poids croissant de certaines entreprises publiques dans l’endettement global de l’État, notamment celles opérant dans les secteurs de l’énergie, des hydrocarbures et des infrastructures.

Une facture de plus en plus lourde

Au-delà du stock de dette, le bulletin attire l’attention sur la dynamique du service de la dette. Entre 2019 et 2024, les remboursements annuels de l’administration centrale (hors dette bancaire locale) ont plus que triplé, passant de 808 milliards de FCFA — dont 536 milliards de principal et 272 milliards d’intérêts — à 2 751 milliards de FCFA, répartis entre 1 893 milliards de remboursement du principal et 858 milliards d’intérêts.

Les projections budgétaires montrent que la pression ne devrait pas faiblir à court terme. Le gouvernement prévoit un pic dès 2026, avec un service total estimé à 5 498 milliards de FCFA, comprenant 4 307 milliards de remboursement du principal et 1 191 milliards d’intérêts. À partir de 2027, cette charge devrait progressivement diminuer pour atteindre environ 2 966 milliards de FCFA à l’horizon 2030.

Au-delà des montants, la publication de ce bulletin constitue un signal adressé aux investisseurs, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux institutions internationales. En mettant à plat l’ensemble des engagements du secteur public, les autorités sénégalaises affichent leur volonté d’améliorer la gouvernance budgétaire et de restaurer la crédibilité des comptes publics.

Ce nouvel état des lieux servira désormais de référence pour évaluer la soutenabilité de la dette, alors que le pays prépare le rebasage de son PIB et devra concilier maîtrise de l’endettement, financement des investissements publics et maintien des équilibres macroéconomiques.

Par Pape MADIAKHATE, à Dakar

Laisser un commentaire