Chargement en cours
Publicité

Côte d’Ivoire : 280 milliards de FCFA pour stabiliser le marché du cacao

Face à la chute des cours mondiaux et aux tensions de trésorerie des opérateurs, l’État ivoirien injecte 280 milliards de FCFA pour soutenir les producteurs et maintenir le prix du cacao.

La récolte 2023/2024 de cacao en Côte d’Ivoire. © Sia KAMBOU/AFP

Avec plus de 123 000 tonnes de fèves immobilisées et des opérateurs nationaux confrontés à de fortes tensions de trésorerie, l’État ivoirien a investi plus de 280 milliards de FCFA pour racheter les stocks invendus. Cette mesure vise à maintenir le prix bord champ à un niveau historiquement élevé, malgré la chute des cours internationaux et le ralentissement de la commercialisation.

À l’automne 2025, le marché mondial du cacao a brusquement chuté, testant la crédibilité du modèle de régulation ivoirien. La Côte d’Ivoire a choisi de ne pas répercuter immédiatement la baisse d’environ 30 % des cours internationaux sur le revenu des producteurs. Toutefois, ce retournement a fortement ralenti la commercialisation et mis en lumière les tensions de liquidité de plusieurs opérateurs. Pour y répondre, l’État a agi de manière contracyclique en absorbant directement les stocks invendus et en maintenant le prix garanti.

La contraction du marché découle d’abord d’une inflexion nette de la demande mondiale. Les broyeurs — industriels transformant la fève en pâte, beurre et autres dérivés pour l’agroalimentaire et les chocolatiers — traduisent fidèlement cette demande. Lorsque la consommation finale de chocolat ralentit, leur cadence de transformation diminue mécaniquement. Les statistiques du quatrième trimestre 2025 confirment cette tendance : les volumes broyés ont reculé de plus de 8 % en Europe, de 5 % en Asie et de 13 % au Brésil, tandis que les États-Unis restent relativement stables.

Le mécanisme ivoirien de stabilisation

Cette contraction, consécutive à l’envolée des prix entre 2024 et 2025, a laissé davantage de fèves disponibles sur le marché physique. « Si les broyages sont en baisse, il restera plus de fèves brutes disponibles », explique Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank, anticipant un excédent d’offre. Les cours, en tendance baissière depuis mai 2025, peinent désormais à se maintenir durablement au-dessus de 5 000 dollars la tonne.

Pour neutraliser cette pression, la Côte d’Ivoire a activé ses mécanismes de stabilisation. Le 20 janvier à Abidjan, le ministre de l’Agriculture, Kobénan Kouassi Adjoumani, a annoncé un dispositif public d’achat des fèves immobilisées. Environ 123 000 tonnes de cacao n’avaient pas trouvé preneur. L’État les achète au prix bord champ de la campagne principale 2025-2026, fixé à 2 800 FCFA/kg.

« Un plan d’enlèvement des surplus du cacao va démarrer ces jours-ci », a précisé le ministre, évoquant un coût total supérieur à 280 milliards de FCFA. Le Conseil du café-cacao (CCC) se substitue temporairement aux acheteurs privés défaillants, et les opérateurs nationaux devront rembourser ultérieurement les avances consenties.

Ce système de ventes à terme, couvrant plus de 85 % de la production nationale avant l’ouverture de la campagne, sécurise les recettes d’exportation et garantit un prix aux producteurs. L’achat public empêche la transmission du choc externe sur le revenu rural, rétablit la liquidité dans les zones de production et accélère l’enlèvement des fèves. Selon le CCC, près de 10 000 tonnes sont achetées chaque jour, un rythme que l’État entend consolider.

Un modèle de régulation éprouvé

Avant l’ouverture de la campagne principale, plus de 85 % de la production nationale estimée avait été vendue par anticipation sur les marchés internationaux. Ce système de ventes à terme sécurise les recettes d’exportation et fixe un prix garanti au producteur, indépendamment des fluctuations ultérieures. Sur cette base, le prix de 2 800 FCFA/kg a été arrêté.

Depuis septembre 2025, la correction des marchés internationaux — notamment à Londres, référence pour le cacao africain — a réduit les marges des exportateurs engagés à des prix élevés. Les autorités invoquent également des contraintes logistiques dans les ports d’Abidjan et de San Pedro pour expliquer le ralentissement observé. Dans les pays où les prix suivent directement le marché, comme le Cameroun, la baisse s’est déjà traduite par une contraction du revenu paysan. En Côte d’Ivoire, le prix garanti protège nominalement les producteurs, mais la défaillance de certains acheteurs a laissé une partie des récoltes sans débouché pendant plusieurs semaines.

Préserver le revenu rural

L’achat public des stocks vise précisément à empêcher la transmission de ce choc externe vers le revenu rural. Il doit rétablir la liquidité dans les zones de production, accélérer l’enlèvement des fèves et préserver la crédibilité du prix garanti. Selon le CCC, près de 10 000 tonnes sont actuellement achetées chaque jour, un rythme que l’État entend consolider.Au-delà de la gestion conjoncturelle, l’enjeu reste structurel.

Dans une économie où le cacao constitue un pilier social et macroéconomique, la capacité de l’État à neutraliser temporairement la volatilité internationale conditionne la stabilité des zones rurales et la confiance dans le modèle de régulation. L’épisode actuel illustre à la fois la robustesse du dispositif ivoirien et les tensions qu’il subit face à une contraction durable de la demande mondiale.

Par Fabrice PORO

Laisser un commentaire