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Le Bénin ouvre l’accès africain aux capitaux du Moyen-Orient

Le Bénin a officialisé, le 22 janvier, la toute première émission internationale inaugurale de Sukuk souverain réalisée par un État africain. D’un montant nominal de 500 millions de dollars, l’opération marque une inflexion stratégique majeure dans l’accès du pays aux capitaux du Moyen-Orient.

Le président Patrice Talon. ©Présidence du Bénin

Le Trésor béninois émet ce sukuk avec une maturité de sept ans et affiche « un coupon en euros de 4,92%, grâce à une opération concomitante de couverture de change dollar-euro portant sur l’intégralité du montant émis ». Cette structuration permet au Bénin de neutraliser le risque de change tout en accédant à une base d’investisseurs largement libellée en dollars. Contrairement à une obligation classique, le sukuk respecte les principes de la finance islamique, qui proscrivent l’intérêt. Les investisseurs acquièrent une quote-part d’actifs réels sous-jacents et perçoivent une rémunération indexée sur les revenus générés par ces actifs. Ce mécanisme attire les fonds souverains et les investisseurs institutionnels du Golfe, dont les encours se chiffrent en milliers de milliards de dollars.

En parallèle du sukuk, le Bénin a rouvert son Eurobond arrivant à échéance en 2038 et a levé 350 millions de dollars supplémentaires, avec un coupon en euros de 6,19 %, également assorti d’une couverture intégrale de change. Les deux opérations portent ainsi à 850 millions de dollars le montant total mobilisé. Le gouvernement explique que « le succès de ces opérations repose sur un travail de marketing soutenu, engagé dès 2025 », à travers des rencontres investisseurs organisées à Doha, Abu Dhabi, Dubaï et Londres. Cette stratégie a généré un carnet d’ordres dépassant 7 milliards de dollars, soit une sursouscription de plus de huit fois le montant émis. La demande émane d’investisseurs d’Europe, des États-Unis, d’Asie et du Moyen-Orient, avec une part significative de nouveaux entrants issus des pays du Golfe.

Confiance des marchés malgré tout…

Le Bénin signe son retour sur les marchés internationaux dans un contexte politique récemment tendu, marqué par une tentative de déstabilisation institutionnelle en décembre 2025. Moins de deux semaines après cet épisode, les autorités ont testé l’appétit du marché régional de l’UEMOA en levant 100 milliards de FCFA en monnaie locale. Cette opération a confirmé la résilience de la signature béninoise auprès des investisseurs régionaux.

Sur le plan international, la crédibilité macroéconomique demeure le socle principal de la confiance. Fitch Ratings a confirmé la note souveraine de long terme en devises à B+, en soulignant une croissance estimée à 7,5 % en 2025 et attendue au-dessus de 6,5 % sur 2026-2027, bien au-delà de la médiane des pays notés « B ». L’agence met également en avant un déficit budgétaire contenu autour de 3,1 % du PIB et une trajectoire de dette publique orientée à la baisse, attendue à 49,8 % du PIB d’ici 2027.

De son côté, S&P Global Ratings maintient la note à BB-, mais ramène les perspectives de « positives » à « stables », appelant à la prudence face aux risques macroéconomiques et sécuritaires. L’agence reconnaît néanmoins une croissance moyenne projetée de 6,1 % sur la période 2025-2028.

Une fenêtre stratégique

Pour les autorités béninoises, l’enjeu dépasse la seule levée de fonds. Dans son communiqué du 22 janvier, le gouvernement affirme sa volonté de « recourir à des instruments financiers innovants, de diversifier les sources de financement et d’élargir la base d’investisseurs ». En s’ouvrant à la finance islamique, le pays accède à un marché mondial en pleine expansion.

Muhammad Zubair Mughal, directeur général d’AlHuda CIBE, centre de formation en banques et finances islamiques basé au Pakistan, estime qu’« il ne s’agit pas seulement d’un jeu de chiffres, mais d’un changement fondamental vers une architecture financière éthique et adossée à des actifs ». Il rappelle que les actifs mondiaux de la finance islamique pourraient dépasser 6 000 milliards de dollars en 2026, portés notamment par la croissance du marché des sukuk, qui représente désormais près de 18 % du secteur.

Encore marginale avec moins de 5 % des sukuk mondiaux, l’Afrique apparaît comme un réservoir de croissance. « Les gouvernements peuvent mobiliser ces instruments pour financer des projets d’infrastructures massifs, car ils lient les obligations financières à des actifs physiques et productifs », souligne l’expert.

Impact budgétaire indéniable

Les 850 millions de dollars levés représentent environ 42 % des besoins de financement de l’État béninois inscrits dans la loi de finances 2026 et plus de 12 % du budget national. Au-delà de l’effet immédiat sur la trésorerie publique, l’opération allonge la maturité moyenne de la dette, optimise les coûts de financement et réduit la dépendance aux marchés obligataires conventionnels.

Sur le plan géofinancier, cette émission crée un précédent pour l’Afrique subsaharienne. Depuis l’opération sud-africaine de 2014, aucun État de la région n’avait accédé au marché international du sukuk. Le Nigeria et le Sénégal, apprend-on, explorent désormais cette voie. En se positionnant en pionnier, le Bénin s’impose comme une référence pour les émetteurs souverains africains désireux de capter les capitaux du Golfe et de diversifier durablement leurs sources de financement.

Emirates NBD Capital et HSBC ont structuré l’opération sukuk, aux côtés d’un consortium bancaire réunissant Citi, Emirates NBD Capital, HSBC et JP Morgan comme coordinateurs globaux. À Londres, les échanges engagés avec les investisseurs confirment l’ambition de Cotonou : inscrire durablement la finance islamique dans l’architecture de son financement souverain et contribuer, au-delà, à en faire un levier crédible de financement pour les États africains.

Par Fabrice PORO

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