Le commerce intra-régional reste marginal malgré la ZLECAf en Afrique centrale
La Zone de libre-échange continentale africaine promet un marché de 1,4 milliard de consommateurs. Pourtant, en Afrique centrale, le commerce intra-régional demeure faible. Réunis à Yaoundé du 4 au 7 août, les responsables nationaux de la mise en œuvre de la ZLECAf ont dressé un même constat : la faible industrialisation, les infrastructures insuffisantes, les barrières non tarifaires et le déficit de coordination continuent de freiner l’intégration économique régionale.

Sur le papier, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représente une rupture historique. Elle réunit 54 pays autour d’un marché de plus de 1,4 milliard de consommateurs, pour un PIB combiné avoisinant 3 400 milliards de dollars. L’objectif est connu. Faire circuler plus facilement les marchandises, attirer davantage d’investissements, développer les chaînes de valeur africaines et réduire la dépendance du continent aux exportations de matières premières.
Mais entre les ambitions et la réalité, l’Afrique centrale accuse un retard important. C’est précisément ce constat qui a dominé le Séminaire régional de renforcement des capacités des Comités nationaux de mise en œuvre de la ZLECAf organisé à Yaoundé par le Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), du 4 au 7 août, à Yaoundé au Cameroun.
L’objectif affiché dépasse désormais la sensibilisation. Il s’agit d’aider les États à passer à une phase opérationnelle capable de transformer les promesses de la ZLECAf en échanges commerciaux, investissements productifs et chaînes de valeur régionales.
Des échanges régionaux qui restent marginalisés
L’un des principaux paradoxes demeure le très faible niveau des échanges commerciaux entre les pays d’Afrique centrale. Dans plusieurs espaces économiques de la sous-région, le commerce intra-régional représente moins de 3 % des échanges. Pourtant, les pays partagent des frontières, disposent de ressources abondantes et appartiennent à plusieurs organisations régionales.
Selon l’étude présentée le 29 juillet 2026 à Yaoundé, par le Centre d’analyses et de recherche sur les politiques économiques et sociales (Camercap-Parc), les exportations restent largement dominées par les hydrocarbures, les minerais et le bois, avec une transformation locale encore limitée. Cette spécialisation réduit les complémentarités entre économies voisines, contrairement à la CEDEAO où l’agroalimentaire contribue davantage au développement de chaînes de valeur régionales.
Les échanges entre la CEEAC et la CEDEAO illustrent aussi cette fragilité. En 2024, les exportations de la CEEAC vers l’Afrique de l’Ouest ont reculé d’environ 20 %. Hors secteur énergétique, la plupart des branches ont enregistré une baisse sensible.
Des obstacles qui persistent
Pour la CEA, le défi n’est plus juridique. Tous les efforts doivent désormais porter sur la capacité des États à appliquer effectivement les dispositions de l’accord. « Il s’agit d’équiper les membres de ce comité en termes d’un certain nombre d’outils et concepts qui portent le travail au jour le jour. C’est la question du commerce numérique, par exemple. C’est la question des barrières non tarifaires, c’est aussi des questions liées au développement des chaînes de valeur, question de financement et d’inclusivité », explique Jean-Luc Mastaki Namegabe, directeur du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la CEA.
Son diagnostic rejoint celui dressé dans l’étude du Camercap, ce think tank camerounais qui réalise des études et des analyses économiques et sociales afin d’éclairer les décisions publiques. Celle-ci identifie une accumulation de freins. Les barrières non tarifaires, les tracasseries routières, la faible qualité des infrastructures logistiques, le manque de digitalisation des procédures douanières, le chevauchement des organisations régionales, l’insuffisance de coordination entre administrations, le poids du secteur informel et le déficit de compétences du secteur privé figurent parmi les principaux blocages. À cela s’ajoutent une industrialisation encore limitée et une faible diversification des économies.
Le secteur privé attend des mesures concrètes
Pour les autorités camerounaises, le renforcement des capacités des comités nationaux constitue une étape indispensable. Le secrétaire général du ministère du Commerce, le Brusil Miranda Metou, estime que ce séminaire intervient au bon moment. « Il est important de renforcer les capacités des comités nationaux de mise en œuvre, notamment à l’aide des mesures concrètes de démantèlement des barrières non tarifaires, mais aussi des mesures concrètes qu’elles doivent communiquer aux opérateurs économiques », indique-t-elle. En effet, les entreprises doivent disposer d’informations fiables sur les règles commerciales, les procédures douanières et les préférences tarifaires afin de profiter réellement des opportunités ouvertes par la ZLECAf.
La CEA accompagne déjà les États dans plusieurs domaines. Après avoir soutenu la sensibilisation, l’élaboration des stratégies nationales et la création des comités nationaux de mise en œuvre, elle concentre désormais son action sur leur opérationnalisation. L’approche combine expertise technique, dialogue politique, renforcement des capacités et partage d’expériences entre États, en associant également le Secrétariat de la ZLECAf, les communautés économiques régionales et les partenaires techniques.
Les priorités restent les mêmes. Améliorer la coordination institutionnelle, lever les barrières au commerce, développer les chaînes de valeur régionales, renforcer le financement, intégrer le commerce numérique et accompagner le secteur privé afin que les premières opérations commerciales sous le régime préférentiel deviennent une réalité.
Par Fabrice PORO, Yaoundé




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