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Présidentielle en Côte d’Ivoire : le RHDP verrouille le jeu électoral

À quelques mois de la présidentielle d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire, le RHDP déploie une stratégie méthodique : affaiblir l’opposition, verrouiller les institutions et limiter la compétition électorale.

Adama Bictogo, l’un des piliers du RHDP, au cours d’un meeting à Youpougon en juin 2025. ©Page Facebook RHDP

Présidentielle Côte d’Ivoire 2025. La campagne électorale n’a pas encore officiellement démarré, mais le décor est déjà planté : des affiches aux couleurs du RHDP omniprésentes, des leaders de l’opposition évincés, et des institutions électorales et judiciaires verrouillées. Si les élections présidentielles de 2025 devaient être un test démocratique, elles apparaissent surtout comme un exercice de gestion maîtrisée du paysage politique par le pouvoir d’Abidjan.

Depuis 2011, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) a fait de la maîtrise des institutions et du contrôle du jeu électoral ses principaux leviers pour conserver le pouvoir en Côte d’Ivoire. Tirant les leçons des crises passées, le parti mise aujourd’hui moins sur la conquête populaire que sur la neutralisation de ses rivaux et la structuration d’un environnement électoral favorable.

Le RDHP multiplie des précongrès et meetings à travers pays et appelle à la candidature du président sortant Alassane Ouattara.

Une opposition divisée et fragilisée

Depuis la présidentielle de 2020 et la décision controversée d’Alassane Ouattara de briguer un troisième mandat, le RHDP a engagé un processus systématique de neutralisation des oppositions institutionnelles et politiques. Comme si le parti au pouvoir savait que la présidentielle Côte d’Ivoire 2025 sera difficile.

Le pouvoir a écarté les principaux rivaux — Gbagbo, Soro, Blé Goudé et Tidjane Thiam — par des procédures judiciaires, administratives ou réglementaires, comme nous l’avons déjà expliqué. Mais au-delà des hommes, il a progressivement affaibli ou placé sous contrôle les institutions censées garantir le jeu démocratique.

« Le RHDP a appris des scrutins passés. Cette fois, il verrouille tout en amont : adversaires, administration électorale, justice et cadre juridique » analyste un avocat.

En Côte d’Ivoire, le RHDP capitalise sur les fractures internes qui compliquent la structuration d’une opposition unie, qu’il s’agisse hier du G7 ou aujourd’hui de la plateforme de l’opposition. À ces failles s’ajoutent des procédures judiciaires visant plusieurs figures majeures, limitant leur champ d’action et leur visibilité. Résultat : un paysage fragmenté qui favorise une victoire dès le premier tour.

Des institutions électorales sous contrôle

La Commission Électorale Indépendante (CEI), censée être un organe autonome, a vu sa composition et son fonctionnement critiqués depuis sa réforme partielle en 2019. Sur les 15 membres de la commission centrale, le pouvoir contrôle de facto une majorité par le biais de représentants gouvernementaux et de proches.

Les partis d’opposition et la société civile dénoncent une CEI « déséquilibrée et instrumentalisée », incapable d’arbitrer équitablement le processus électoral.
Les spécialistes des processus électoraux, estime que « la CEI est devenue un guichet technique d’organisation des scrutins pour le pouvoir ».

La gestion du fichier électoral et des radiations controversées de certains opposants en 2024 en est un exemple patent.

Justice et Conseil constitutionnel aux ordres

En Côte d’Ivoire, le Conseil constitutionnel valide les candidatures et proclame les résultats définitifs de la présidentielle. Son rôle est donc décisif.

Composé de membres désignés directement ou indirectement par le chef de l’État, il a déjà validé en 2020 la candidature contestée d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat, tout en écartant celles de Guillaume Soro et Laurent Gbagbo. Au fil des années, ce Conseil constitutionnel semble fonctionner comme un instrument de filtrage stratégique des candidatures ».

La jurisprudence de 2020 s’est renforcée en 2024 avec la confirmation des inéligibilités de Gbagbo et Blé Goudé, et l’annonce, début 2025, de la probable invalidation de toute candidature issue de partis non encore agréés à cette date, comme celle de Tidjane Thiam.

La présidentielle 2025 s’annonce donc comme un scrutin verrouillé, où le principal enjeu ne sera pas de conquérir le pouvoir mais d’éviter l’émergence d’une alternative crédible. Une efficacité redoutable à court terme, mais dont les effets à long terme pourraient alimenter frustrations et tensions latentes.

Ismaël Kouadio Djédjé

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