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Côte d’Ivoire 2025 : la présidentielle des absents

Prévue le 25 octobre, l’élection présidentielle aura lieu sans véritable opposition. Entre décisions judiciaires, obstacles administratifs et manœuvres politiques, le scrutin s’annonce verrouillé.

Charles Blé Goudé, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et Tidjane Thiam, des figures majeures de l’opposition écartées. ©DR

Abidjan, juin 2025. Dans les rues d’Adjamé, Cocody ou Yopougon, les affiches du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti au pouvoir, occupent les façades. Sur les marchés et les carrefours, les slogans du parti présidentiel martèlent un message de continuité et de stabilité. Le scrutin prévue le 25 octobre 2025 est déjà d’actualité. Mais ce qui frappe dans cette pré-campagne, c’est l’absence totale des figures historiques de l’opposition ivoirienne. L’opposition se dit écartée de la présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire.

Le système électoral a écarté Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé et Tidjane Thiam du jeu électoral. Certains radiés, d’autres exilés ou politiquement étouffés. La présidentielle de 2025 prend des allures de scrutin à huis clos, dominé par le pouvoir et vidé de ses grands adversaires. Portraits croisés des exclus du système

Laurent Gbagbo : le revenant neutralisé

Acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) en 2021 après une décennie d’exil et de procédure judiciaire, Laurent Gbagbo avait nourri l’espoir de retrouver sa place sur la scène politique ivoirienne. Mais les obstacles juridiques se sont succédé. En 2020, les autorités électorales ont radié Laurent Gbagbo de la liste électorale à cause de sa condamnation dans l’affaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), et elles ont systématiquement rejeté ses recours pour réintégration.

En 2024, le Conseil constitutionnel a confirmé son inéligibilité. Pourtant, son parti, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), continue d’animer la contestation, dénonçant un verrouillage du processus démocratique.

« On l’empêche de revenir par les moyens du droit, mais c’est la politique qui est visée », analyse un constitutionnaliste à l’Université de Bouaké.

Guillaume Soro : l’exilé indésirable

Ancien président de l’Assemblée nationale et ex-Premier ministre, Guillaume Soro est en exil depuis 2019. La justice ivoirienne l’a condamné par contumace en 2020 à la prison à perpétuité pour tentative d’atteinte à la sûreté de l’État, l’excluant désormais totalement du paysage politique ivoirien.

Son mouvement, Générations et peuples solidaires (GPS), dissous par décret en 2020, tente de survivre à travers une activité numérique intense, malgré le harcèlement judiciaire de ses proches. Le pouvoir lui interdit le terrain politique, et ses partisans dénoncent une volonté délibérée de le tenir éloigné de toute dynamique nationale. « C’est une stratégie claire d’asphyxie politique », confie un ancien cadre de GPS.

Charles Blé Goudé : libre, mais verrouillé

Après son acquittement par la CPI et son retour en Côte d’Ivoire fin 2022, Charles Blé Goudé a tenté de relancer son parti, le COJEP. Mais ses ambitions se heurtent à des blocages administratifs et à des restrictions personnelles : sans passeport valable, radié des listes électorales pour les mêmes raisons que Gbagbo, et marginalisé dans les médias officiels.

Ses appels répétés à un dialogue politique inclusif et à une décrispation du climat politique sont restés lettre morte. La présidentielle se prépare sans lui, et le COJEP ne dispose pas des moyens d’imposer un candidat alternatif crédible.

Tidjane Thiam : l’homme neuf neutralisé

Considéré en 2023 comme un possible outsider, Tidjane Thiam, ancien patron du Crédit Suisse, n’a jamais réussi à obtenir l’agrément officiel de sa formation politique, le Rassemblement des Démocrates de Côte d’Ivoire (RDCI).

Malgré le soutien d’une partie de la diaspora et des milieux économiques, les lourdeurs administratives et les manœuvres du ministère de l’Intérieur ont bloqué son entrée officielle dans le jeu électoral. Ses partisans y voient une stratégie assumée pour barrer la route à un candidat crédible, perçu comme un risque par le pouvoir.

La colère sourde des militants

Dans les quartiers populaires d’Abidjan, la frustration est palpable. « On nous a confisqué notre candidat. Comment peut-on parler d’élection démocratique si on choisit qui peut ou non concourir ? », dénonce Madou Koné, militant du PPA-CI à Yopougon.

Au siège improvisé du GPS, une poignée de jeunes militants maintient la mobilisation sur les réseaux sociaux. « On nous interdit l’accès au terrain et verrouille la télévision nationale. Reste Facebook et WhatsApp », lâche l’un d’eux, amer.

Même dans les cercles universitaires, la situation inquiète. Dr. Adama Koffi Koné, sociologue, estime que «cette exclusion systématique nourrit un ressentiment social qui risque d’affaiblir durablement la confiance dans les institutions ».

« Trop c’est trop »

Jusqu’ici, l’opposition est écartée de la présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire. Dans le contexte de l’élection présidentielle de 2025, Laurent Gbagbo, ancien président ivoirien, a lancé le mouvement « Trop c’est trop» pour contester des décisions à la pelle qui ont écarté des figures clés. Il marque une nouvelle phase dans la stratégie de contestation du régime actuel et dans la tentative de remobilisation de l’opposition ivoirienne.

Il revendique l’arrêt des exclusions électorales, la fin du contrôle des institutions, l’organisation d’une élection présidentielle transparente, inclusive et conforme aux standards internationaux, et la restauration des libertés publiques, notamment la liberté de manifester et d’exprimer des opinions politiques divergentes.

Dans cette démarche, Laurent Gbagbo a déjà été rejoint par Guillaume Soro et Tidjane Thiam.

« Selon eux, les responsables politiques prennent des décisions qu’ils habillent d’un sceau judiciaire. Ils mènent des actions politiques pour pouvoir amener le pouvoir à la table de négociation et à trouver une solution politique afin d’anticiper la crise », analyse le politologue Netton Prince Tawa.

À moins d’un bouleversement de dernière minute, la présidentielle de 2025 devrait consacrer un affrontement entre candidats internes au pouvoir ou issus de micro-formations tolérées par le système.

Ismaël Kouadio Djédjé, correspondant politique à Abidjan

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