Présidentielle en Côte d’Ivoire : comment le pouvoir utilise la justice
Condamnations judiciaires, radiations électorales, blocages administratifs : l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire se joue d’abord devant les tribunaux.

L’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, et le paysage politique se rétrécit sous l’effet d’un arsenal juridique finement orchestré. Radiations électorales, condamnations judiciaires par contumace et blocages administratifs empêchent plusieurs figures majeures de l’opposition de concourir. Le pouvoir façonne un environnement électoral verrouillé sous couvert de légalité et réduit la compétition politique à sa portion congrue.
En Côte d’Ivoire, l’article 4 du Code électoral prévoit la radiation automatique des personnes condamnées pour certains crimes et délits. C’est cet outil qui a permis d’écarter des candidats majeurs à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire.
En 2020, les autorités ivoiriennes ont radié Laurent Gbagbo et l’ont condamné par contumace à 20 ans de prison pour le braquage de la BCEAO, alors qu’il restait détenu à la Cour pénale internationale. Charles Blé Goudé a connu un sort similaire, privé de ses droits civiques pour des condamnations contestées. « La radiation est redoutablement efficace : il suffit d’une condamnation inscrite au casier judiciaire », explique un avocat au barreau d’Abidjan.
Même si le président Alassane Ouattara n’a pas encore dit s’il sera candidat ou non pour un quatrième mandat, à quelques mois de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, l’opposition crie au scandale.
Soro et Thiam : une exclusion par la justice
En 2021, la justice ivoirienne a condamné à perpétuité Guillaume Soro, ancien Premier ministre et ex-président de l’Assemblée nationale, pour tentative d’atteinte à la sûreté de l’État. Une décision prise par contumace alors qu’il était en exil. Fort de cette condamnation, le Conseil constitutionnel invalide sa candidature en 2020 et 2025. « L’affaire Soro a créé une jurisprudence d’exclusion des opposants par la voie judiciaire », analyse un universitaire ivoirien.
Tidjane Thiam, rentré en Côte d’Ivoire en 2023 pour se lancer en politique, a dû faire face à des complications administratives pour son inscription sur les listes électorales. Selon la Commission électorale indépendante (CEI), il n’a pas finalisé son inscription à temps, faute de recevoir des documents jugés incomplets ou transmis hors délai. Des sources proches de son parti évoquent plutôt une volonté délibérée des autorités de bloquer son enrôlement, sachant que l’inscription sur les listes électorales est une condition obligatoire pour être candidat. Malgré plusieurs recours, les autorités n’ont pas réintégré Thiam sur la liste électorale provisoire publiée en juin 2025, le privant ainsi de toute possibilité légale de candidater à l’élection présidentielle.
Un Conseil constitutionnel sous influence
Premier vice. C’est le président de la République qui nomme les membres du Conseil constitutionnel, qui valident les candidatures. En 2020, l’institution a validé la candidature controversée d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat, tout en écartant celles de Gbagbo et Soro. Le même scénario semble se profiler pour l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire de 2025.
Derrière l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire se déploie une stratégie de contrôle électoral basée sur le droit. Radiations, condamnations, blocages administratifs : autant d’outils mobilisés pour neutraliser l’opposition tout en maintenant l’apparence de la légalité. Si ce verrouillage assure une stabilité institutionnelle à court terme, il fragilise à long terme la crédibilité démocratique du pays et alimente le ressentiment au sein de la société ivoirienne et de la diaspora.
Ismaël Kouadio Djédjé




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