L’ingérence française de trop !
L’ingérence française de trop !
Depuis quelques jours, Madagascar s’enfonce dans la crise, la France rejoue son vieux rôle de « sauveur », et l’Union africaine reste spectatrice, comme d’habitude. Une scène connue, un vieux film : celui d’une Afrique qui refuse d’assumer pleinement sa souveraineté.

Les événements en cours à Madagascar jettent une lumière crue sur le rapport encore trop ambigu entre les anciennes puissances coloniales et les nations africaines qui aspirent à l’émancipation politique réelle. Selon RFI, le président malgache Andry Rajoelina aurait été « exfiltré par un avion militaire français » le 12 octobre 2025. Si cette information est avérée, les faits rappellent un autre récit : celui d’une puissance incapable de se défaire de ses réflexes coloniaux. À chaque crise africaine, le même scénario.
Depuis plusieurs jours, le peuple malgache mobilisé par la Génération Z (Gen Z) manifeste sa colère contre les coupures d’eau, d’électricité, la misère rampante, la corruption, et exige le départ d’un pouvoir jugé déconnecté. Un contingent militaire (la CAPSAT) a pris fait et cause pour les manifestants. Dans ce contexte, une intervention d’une puissance étrangère ne peut être tolérée. La France affirme qu’elle « n’intervient en aucune manière » dans cette crise. Mais un État qui mobilise ses moyens militaires (avion, logistique) sur le territoire d’un ancien colonisé est bien engagé dans un rapport de force — qu’il le reconnaisse ou non.
L’argument humanitaire est trop souvent brandi pour masquer des desseins géopolitiques, plus de ans après la vague décolonisation. Ce type d’intervention, qu’on l’appelle « exfiltration » ou « assistance », ne peut être neutre : c’est un acte de pouvoir. Dans les cercles panafricanistes, ce geste est perçu comme une humiliation, un rappel que la souveraineté des pays africains reste un concept malléable.
Humiliation africaine
L’histoire africaine est hélas émaillée de ces gestes « généreux » émanant des anciennes métropoles, présentés en Occident comme nobles mais vécus localement comme des viols de souveraineté. Personne n’est surpris. Pas plus à Paris qu’à Yaoundé, Niamey ou Bamako. Car dans l’inconscient diplomatique français, l’Afrique demeure un espace d’influence. Là où l’on « gère » les crises, où l’on « conseille » les dirigeants, où l’on « protège » les alliés. Ce discours, hérité d’une autre époque, est aujourd’hui anachronique. Il nie la maturité politique des peuples africains. Il nie leur droit de se tromper, de se relever, d’apprendre et de choisir librement leur destin.
Le véritable enjeu n’est pas seulement malgache, il est africain. Quand un pays est fragilisé, les voisins observent : quelle sera la prochaine cible d’une ingérence légitimée par une crise ? Il est temps pour les États africains, les élites et les citoyens de rompre avec cette fatalité selon laquelle les « grandes puissances » interviendront toujours dans leurs affaires internes. En exfiltrant Rajoelina, Paris a pris le risque de délégitimer toute transition politique à venir. Car comment croire à un processus souverain quand la première réponse à la crise vient d’une base militaire française ?
Derrière les mots, un message : la France continue d’estimer qu’elle doit décider du sort de ses « amis africains ». Une ingérence d’autant plus insupportable qu’elle se drape dans les habits de la bienveillance.
L’Union africaine, un machin ?
Mais au-delà de la France, une autre question s’impose : et l’Union africaine, dans tout ça ? Où est passée la voix collective du continent ? Où sont les mécanismes d’alerte, de médiation, de réponse rapide ? Pourquoi faut-il toujours que ce soient les capitales occidentales qui agissent — parfois avant même que l’Afrique n’ait levé le petit doigt ? Ce silence, cette absence, cette inertie institutionnelle deviennent aussi préoccupants que les ingérences elles-mêmes. Car chaque fois que l’Union africaine tarde à réagir, elle laisse la place vacante. Et dans le vide diplomatique africain, les puissances étrangères s’engouffrent avec la légitimité de ceux qui “prennent leurs responsabilités”.
L’Afrique n’a pas besoin de tuteurs. Elle a besoin de diplomatie respectueuse, de partenariats équitables, d’équilibre régional, d’instances de médiation africaines fortes et légitimes. Chaque fois qu’une puissance étrangère franchit la barrière de la souveraineté d’un autre État pour « sauver » ou « arbitrer », elle rappelle qu’elle ne s’est jamais véritablement départie de ses anciens droits de tutelle.
La souveraineté n’est pas un privilège, c’est un droit. Et ceux qui continuent à la piétiner, au nom de l’amitié ou de la stabilité, se trompent d’époque. L’avenir du continent s’écrira à l’encre africaine, par les mains africaines, sous le regard des peuples africains.
Par la Rédaction




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