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Au Cameroun, que reste-t-il du FSNC d’Issa Tchiroma Bakary ?

Depuis la présidentielle, le Front pour le salut national du Cameroun avance en terrain miné : arrestations, disparitions, pression sécuritaire… À la veille d’autres échéances électorales (régionales, municipales et législatives), une question s’impose : que reste-t-il vraiment du parti d’Issa Tchiroma ?

Issa Tchiroma Bakary, au cours d’un meeting dans son fief du Nord et 2024. © DR

Ce 21 novembre, Issa Tchiroma Bakary, officiellement arrivé deuxième à la présidentielle du 12 octobre 2025 – mais qui continue de revendiquer sa victoire – a appelé à une journée de deuil national. Une initiative destinée à honorer la mémoire des personnes décédées lors des manifestations post-électorales, durement réprimées par les forces de défense et de sécurité. Dans plusieurs villes du Cameroun où les contestations ont viré à la violence, une partie de la population a choisi de rester chez elle. Dans le Nord, fief d’Issa Tchiroma, de nombreuses boutiques ont fermé. À Douala, plusieurs espaces marchands n’ont pas ouvert leurs portes ce vendredi. Certaines localités de la région de l’Ouest ont également suivi le mot d’ordre.

Au fur et à mesure que les jours passent, cette question s’impose : que reste-t-il vraiment du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) ? Depuis la présidentielle du 12 octobre, les interpellations et les descentes musclées rythment le quotidien des proches. Certes, le FSNC n’a jamais été un parti de masse. Sa force, depuis sa création, réside dans la figure de son leader Issa Tchiroma Bakary, tribun redoutable, personnage public connu, capable d’occuper l’espace médiatique national. La présidentielle récente lui avait redonné un souffle inattendu.

Pour un temps, le FSNC a semblé dépasser sa taille réelle, porté par un élan populaire plus large que ses propres rangs, et soutenu par la base électorale du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto.

Des arrestations à la pelle

Les opérations de sécurité menées depuis la mi-octobre ont durement frappé le parti. Les forces de sécurité ont interpellé plusieurs soutiens, cadres régionaux et communaux, tandis que d’autres ont disparu sans explication, créant de véritables trous dans la structure opérationnelle. Dans certaines localités, les comités FSNC tournent au ralenti, incapables de réunir leurs membres ou de préparer la moindre stratégie à la veille des élections régionales. Là où, ailleurs, les formations politiques affûtent leurs alliances, valident leurs listes, et négocient les derniers ralliements, le FSNC se démène pour reconstituer ses équipes, parfois en clandestinité. La pression judiciaire et policière a eu un effet mécanique : réduire la marge de manœuvre du parti et isoler son leader, qui a quitté le Cameroun, de sources concordantes.

Pourtant, tout n’est pas noir pour le mouvement. La séquence post-électorale a offert au FSNC une visibilité que ses précédentes campagnes ne lui avaient jamais accordée. Dans plusieurs zones urbaines, notamment dans le Nord, l’Adamaoua, l’Extrême-Nord et certains quartiers de Yaoundé et la ville de Douala, l’aura de Tchiroma s’est renforcée auprès d’une partie de la jeunesse en rupture avec les discours institutionnels. Cet élan pourrait, en théorie, être converti en influence lors des scrutins locaux. Mais la conversion d’un capital de rue en capital électoral exige du temps, des équipes organisées, des ressources, et un réseau capable de parler aux conseillers municipaux qui composent le collège électoral des régionales. Or c’est précisément ce maillage que les arrestations fragilisent.

Mort programmée du FSNC ?

À quelques jours de l’ouverture des régionales et à quelques mois des municipales et législatives, la fenêtre temporelle se rétrécit. Le FSNC joue désormais contre la montre. Le parti doit reconstruire en urgence sa chaîne de commandement locale, rassurer ses militants, protéger ses cadres exposés, documenter les disparitions et craindre, à chaque nouvelle descente policière, une nouvelle perte stratégique. Il doit en même temps capitaliser sur sa notoriété soudaine, maintenir la pression politique et tenter d’exister dans des espaces institutionnels où l’hostilité – administrative, sécuritaire et politique – se conjugue.

Ce qu’il reste aujourd’hui du FSNC, c’est une force paradoxale : faible dans sa logistique, affaiblie dans son réseau, mais plus audible que jamais dans l’opinion. Le parti avance sur une ligne de crête. S’il parvient à protéger ses cadres, à tisser des alliances discrètes mais efficaces, à occuper l’espace numérique et à transformer la sympathie populaire en relais concrets, il pourrait surprendre lors des scrutins locaux. Dans le cas contraire, il risque de redevenir ce qu’il était avant la présidentielle : une voix forte, mais isolée, une caisse de résonance sans bras pour porter le combat sur le terrain. Dans un pays en recomposition politique, cette différence peut décider de son avenir — ou de son effacement.

Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé

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