À Abu Dhabi, le Tchad déroule son plan de transformation
Le président tchadien Mahamat Idriss Deby a donné un nouveau souffle à la diplomatie économique, à Abu Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, du 6 au 16 novembre 2025. En dix jours d’audiences ciblées, le chef de l’État a lancé le Plan national de développement 2025-2030 et renforcé la confiance des partenaires internationaux pour la transformation du Tchad.

Le 16 novembre, lorsque le président tchadien, Mahamat Idriss Deby Itno (MIDI), a regagné N’Djamena après dix jours activités diplomatiques et économiques à Abu Dhabi, c’est un chef de l’État renforcé, porteur d’engagements et d’une vision qui est revenu au pays. Ce déplacement, effectué dans capitale des Émirats arabes unis, du 6 au 16 novembre 2025, n’a pas été un simple voyage officiel : il a constitué une séquence diplomatique et économique d’une ampleur inédite, au cœur de laquelle s’est joué l’avenir du Programme national de développement (PND) 2025-2030.
Durant cette mission, le chef de l’État a non seulement lancé le cadre stratégique du nouveau plan de développement, mais il a surtout engagé des discussions avec les principaux investisseurs, institutions financières et partenaires techniques, donnant une profondeur nouvelle au projet « Tchad Connexion 2030 ».
Au-delà du cérémonial, Abu Dhabi aura été le lieu où le Tchad a posé les fondations d’un partenariat économique repensé, ambitieux et assumé. Le discours prononcé par Mahamat Idriss Deby Itno le 10 novembre sert de ligne directrice : un Tchad prêt à s’ouvrir massivement aux investissements.
MIDI donne le ton
L’allocution prononcée à Abu Dhabi aura été le point d’ancrage de cette démarche. Le président MIDI y a décrit un Tchad décidé à sortir du cycle de la dépendance, de l’immobilisme et des réformes inachevées. À travers son discours, il a rappelé que les transformations engagées au cours des derniers mois ne sont pas cosmétiques, mais constituent les fondations d’une économie à reconstruire : guichet unique, modernisation du code des investissements, e-visa simplifié, renforcement de la sécurité juridique, zones économiques spéciales, réduction des tracasseries administratives. « La facilitation des investissements n’est pas un slogan, c’est notre nouveau mode opératoire », a-t-il martelé, donnant le ton d’une présidence désormais tournée vers une diplomatie économique proactive.
Ce message a ouvert la voie à une série de rencontres de haut niveau qui ont ponctué tout le séjour du chef de l’État. Les institutions financières internationales ont été les premières à répondre présent. Les échanges avec les responsables du FMI et de la BEAC ont permis de réaffirmer la confiance portée au Tchad et la détermination commune à consolider la stabilité macroéconomique. Cette convergence FMI–BEAC est essentielle : elle valide la pertinence des réformes engagées et assure un environnement propice à l’arrivée massive des capitaux privés. De leur côté, les banques panafricaines—Afriland, Orabank, UBA, BSIC—ont exprimé leur volonté de soutenir plus activement les projets du PND, notamment dans les secteurs prioritaires que sont l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et le numérique.
Partenariats B to B
Les audiences multisectorielles ont également attesté de l’intérêt croissant porté au Tchad. Les groupes GsU, Ksara, Loci et d’autres investisseurs venus d’Asie, du Golfe, d’Europe et d’Afrique ont manifesté un enthousiasme renouvelé face aux perspectives offertes par « Tchad Connexion 2030 ». Leur intérêt couvre des domaines variés : l’exploitation minière, la logistique, les télécommunications, les industries de transformation, les énergies renouvelables et l’agro-industrie. Le Tchad, fort de ses 39 millions d’hectares arables, de son cheptel de plus de 150 millions de têtes et de son potentiel solaire parmi les plus élevés au monde, se positionne clairement comme une terre d’opportunités encore sous-exploitée. Le président MIDI a ainsi présenté un pays en mutation, prêt à accueillir des projets industriels ambitieux et à devenir un acteur majeur dans la sous-région.
L’un des partenaires majeurs de ce séjour aura été le groupe Abu Dhabi Ports, dont l’intérêt pour la modernisation et la connexion logistique du Tchad ouvre des perspectives inédites. Pour un pays enclavé, l’amélioration des chaînes logistiques constitue un enjeu stratégique majeur. Ce partenariat potentiel répond directement à la priorité exprimée dans le discours présidentiel : réduire les coûts logistiques, fluidifier les échanges commerciaux et renforcer l’intégration du Tchad dans les corridors économiques régionaux. Une meilleure connectivité logistique est l’un des leviers les plus décisifs pour accélérer l’industrialisation et renforcer la compétitivité nationale.
La présence remarquée de délégations indiennes et nigérianes à Abu Dhabi a également donné une profondeur nouvelle à la diplomatie économique tchadienne. La participation de l’Inde illustre l’intérêt d’une puissance émergente pour un pays en pleine transformation. Les acteurs nigérians, quant à eux, ont souligné les opportunités de partenariats dans les secteurs du commerce, de l’énergie et des services.
30 milliards de dollars sur cinq ans
Le cœur de cette démarche reste le PND 2025-2030 et son objectif ambitieux : mobiliser 30 milliards de dollars sur cinq ans pour financer 268 projets structurants au Tchad. Au-delà des chiffres, la méthode utilisée à Abu Dhabi a montré que le Tchad adopte une stratégie crédible, transparente et co-constructive. Et Mahamat Idriss Deby a présenté des projets, assortis de réformes déjà engagées, ce qui a permis de rassurer les investisseurs internationaux. L’augmentation visée du PIB de 60 % en cinq ans et la sortie de 2,5 millions de Tchadiens de la pauvreté deviennent des objectifs soutenus par des partenaires engagés et attentifs.
Ce voyage marque également une évolution notable dans la manière dont la présidence tchadienne conçoit et pratique la diplomatie. MIDI a opté pour une approche directe, articulant vision politique et pragmatisme économique. Les échanges bilatéraux menés en marge de la table ronde montrent une volonté aux actes. Cette méthode a permis au Tchad de gagner en crédibilité et en visibilité, mais surtout de poser les premières pierres d’une transformation durable de son économie.
Par Mahamat Ben Abdel, à Yaoundé




Laisser un commentaire