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Cotonou dessine l’Afrique numérique de demain

Cotonou dessine l’Afrique numérique de demain

Derrière les discours, une promesse : que le numérique ne soit plus un privilège mais un droit. À Cotonou au Bénin, des pays d’Afrique subsaharienne cherchent enfin des solutions à portée de main.

Au Cameroun, il a fallu patienter quinze jours pour connaître les résultats de la présidentielle du 12 octobre. Quinze jours – dont trois pour réunir les procès-verbaux au niveau des 58 départements. Un délai que la loi électorale prévoit, mais qui cache aussi un mal plus profond. Dans plusieurs villages, les plis électoraux ont mis des heures à rejoindre les centres de compilation. À certains endroits, il n’y avait ni réseau GSM, ni Internet, ni même une piste praticable en cette saison pluvieuse. Pendant que les grandes villes rafraîchissaient compulsivement leurs timelines, une partie du pays restait dans le silence. Cette scène raconte, à sa façon, l’état réel de la fracture numérique en Afrique subsaharienne.

À première vue pourtant, le décor semble trompeur : les téléphones portables ont envahi les marchés et des foyers. Dans bien des pays, rares sont ceux qui n’en possèdent pas un. Mais, comme le souligne la Banque mondiale, si 84 % des adultes des pays en développement ont bien un téléphone, seuls deux tiers ont un smartphone, indispensable pour accéder aux services numériques. En Afrique subsaharienne, cette proportion tombe autour d’un tiers. On téléphone, on envoie des flash-calls, on recharge du mobile money à la boutique du quartier. Mais l’Internet, lui, reste un luxe.

Fracture numérique

Dans les quartiers populaires de Douala, Lagos ou Ouagadougou, le même refrain revient : « Les datas finissent trop vite ! » La réalité est simple : 1 Go de data coûte encore en moyenne 2,4 % du revenu mensuel, parfois jusqu’à 5 % pour les plus pauvres. Autrement dit, suivre un cours en ligne, regarder une vidéo explicative ou envoyer un fichier lourd revient à sacrifier une partie du budget du mois. Dans ces conditions, même lorsque la couverture réseau existe, beaucoup n’utilisent pas Internet faute de moyens. À cela s’ajoute une barrière moins visible : l’identité. Dans plusieurs pays, acheter une carte SIM exige une carte nationale d’identité. Mais des millions de personnes n’en possèdent pas ou disposent de documents non reconnus. Sans ID, pas de SIM enregistrée, pas de mobile money, pas d’accès aux services publics en ligne.

Des fractures d’un pays à l’autre, d’une localité à une autre. ©DR

Le numérique devient alors un marqueur social supplémentaire, là où il devait réduire les inégalités. Et lorsqu’on parvient enfin à se connecter, une autre crainte surgit : celle de la sécurité. Dans les marchés et les cybercafés, les récits d’arnaques se multiplient : escroqueries WhatsApp, usurpations, harcèlement. Sans éducation numérique, beaucoup hésitent, se méfient, se retirent. La fracture numérique, ce n’est donc pas seulement un déficit d’infrastructures : c’est aussi une fracture de confiance.

L’espoir qui vient de Cotonou

C’est dans ce contexte que s’ouvre, à Cotonou, le Sommet régional sur la transformation numérique en Afrique de l’Ouest et du Centre (17-18 novembre 2025). L’ambition affichée est forte : rendre le numérique accessible, abordable et utile. Les priorités sont nombreuses : combler les zones blanches, harmoniser les régulations, bâtir un marché numérique régional, encourager les investissements, former les jeunes aux usages de l’IA, créer des emplois pour absorber une génération entière arrivée à maturité numérique. Les études le montrent : Internet peut créer des opportunités, soutenir l’entrepreneuriat, moderniser les services publics et réduire la pauvreté. Mais pour que cette promesse devienne réalité, l’accès doit être stable, abordable et inclusif. Sinon, le numérique risque de devenir un amplificateur d’inégalités plutôt qu’un moteur de développement.

Ce qui s’est passé au Cameroun est loin d’être une exception. Dans beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, la couverture reste inégale, l’usage limité et les coûts élevés. Le Sommet de Cotonou au Bénin veut changer cette trajectoire. Reste maintenant à transformer les discours en connectivité réelle, accessible et profondément humaine.

Par la Rédaction

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