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Togo : pourquoi la rue défie le régime Gnassingbé

Depuis la fin juin 2025, le Togo traverse une grave crise politique marquée par des manifestations massives contre la concentration des pouvoirs entre les mains de Faure Gnassingbé. Entre réformes constitutionnelles contestées, répression violente et colère populaire, le pays s’enfonce.

La révision constitutionnelle adoptée en avril 2024, à l’origine des tensions. ©REUTERS

Des manifestations violemment dispersées, plusieurs morts non élucidés, des arrestations en série : la scène politique togolaise connaît, depuis la fin juin 2025, une résurgence des tensions. À Lomé et dans plusieurs grandes villes, des milliers de manifestants ont dénoncé la concentration du pouvoir entre les mains de Faure Gnassingbé, désormais président du Conseil des ministres, une fonction créée dans le cadre de la récente réforme constitutionnelle.

« Nous demandons l’arrêt de ce coup d’État constitutionnel et le retour à l’ordre démocratique », a déclaré, le 28 juin, Brigitte Adjamagbo-Johnson, secrétaire générale de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) et figure de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), coalition d’opposition.

Selon Amnesty International, les manifestations pacifiques ont été réprimées par « un usage excessif de la force », faisant au moins 3 morts et plusieurs blessés. Des corps sans vie ont été retrouvés dans des lagunes, suscitant des interrogations sur les circonstances de ces décès. Le gouvernement, pour sa part, évoque des « accidents regrettables », et assure que « l’ordre public doit être respecté dans l’intérêt de tous les citoyens ». Cette crise politique qui secoue le Togo cette année (2025) perdure.

Une réforme controversée

À l’origine des tensions, la révision constitutionnelle adoptée en avril 2024, qui a profondément modifié l’équilibre institutionnel du Togo. Le régime est officiellement passé d’un système présidentiel à un régime parlementaire, supprimant l’élection présidentielle au suffrage universel. Faure Gnassingbé, président depuis 2005, a été désigné en mai 2025 par l’Assemblée nationale comme Président du Conseil des ministres, concentrant l’essentiel des pouvoirs exécutifs.

« Nous avons modernisé nos institutions pour renforcer leur efficacité et leur stabilité », justifie Gilbert Bawara, ministre d’État et proche du chef de l’État. Mais pour une large partie de l’opinion, cette réforme est perçue comme un moyen de contourner les limitations constitutionnelles du mandat présidentiel et de prolonger indéfiniment le règne de la famille Gnassingbé, au pouvoir depuis 1967.

Une contestation qui s’inscrit dans la durée

Les manifestations récentes sont les plus importantes depuis celles de 2017-2018. Elles traduisent une exaspération profonde, notamment au sein d’une jeunesse confrontée au chômage et à la vie chère. La coalition « Touche pas à ma Constitution » a appelé à la poursuite de la mobilisation malgré l’interdiction de manifester, en vigueur depuis 2022.

La réaction des autorités a également touché le secteur médiatique. Les médias étrangers RFI et France 24 ont été suspendus pour trois mois en juin, accusés de « partialité » dans leur couverture de la crise.

Un avenir institutionnel incertain

Alors que le nouveau président de la République, Jean-Lucien Savi de Tové, n’exerce qu’un rôle protocolaire, Faure Gnassingbé s’impose comme l’architecte du nouveau régime parlementaire. Toutefois, le climat de méfiance généralisée et les tensions sociales croissantes laissent planer le doute sur la stabilité du pays.

L’opposition réclame un dialogue national et la remise à plat des réformes institutionnelles. Le gouvernement, de son côté, privilégie la fermeté pour « préserver la paix et l’unité nationale ».

À court terme, le Togo semble donc engagé dans un bras de fer entre une gouvernance de plus en plus autoritaire et une société civile déterminée à faire entendre sa voix. Reste à savoir si la voie du dialogue pourra prévaloir sur celle de la répression.

Salomon Jewa

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