Chargement en cours
Publicité

Présidentielle 2025 : Bello Bouba et la phobie Biya

Désigné candidat de l’UNDP pour la présidentielle d’octobre 2025, Bello Bouba Maigari entretient le flou sur ses véritables intentions. Partagé entre sa longue collaboration avec le régime et les attentes de rupture exprimées par sa base militante, il peine à clarifier son positionnement politique.

Depuis son investiture officielle le 28 juin 2025, le président national de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), Bello Bouba Maigari, cultive l’ambiguïté. Ministre d’État en charge du Tourisme et des Loisirs, il n’a ni annoncé son départ du gouvernement, ni formulé de déclaration de rupture avec le RDPC, parti au pouvoir. Une situation qui alimente l’incertitude dans les rangs de son parti comme au sein de l’opinion publique.

Contrairement à Issa Tchiroma Bakary, autre ancien allié du pouvoir, qui a clairement acté sa rupture, Bello Bouba Maigari reste silencieux. Cette attitude prudente interroge les observateurs et désoriente sa base, qui attendait une prise de position claire.

Une candidature encouragée par la base

Selon plusieurs cadres de l’UNDP, cette candidature n’aurait pas été une ambition initiale de Bello Bouba. Elle résulterait de la pression exercée par la base militante, qui souhaite rompre avec ce qu’elle perçoit comme une proximité excessive avec le pouvoir.
« La base voulait affirmer une autonomie politique claire vis-à-vis du RDPC. Mais Bello Bouba semble hésitant à s’inscrire dans cette logique », confie un cadre régional.

Cette investiture tardive, obtenue sous pression, laisse planer des doutes sur la réelle volonté du parti de se positionner en opposition au pouvoir.

Des doutes sur sa stratégie

Au sein de l’UNDP, les interrogations persistent. Certains redoutent la répétition des scénarios de 2011 et 2018, où Bello Bouba avait adopté une neutralité de façade, facilitant la victoire du candidat du RDPC.
« Un candidat à la présidentielle devrait clarifier ses ambitions et se présenter comme un prétendant sérieux au pouvoir. Ce n’est pas ce qui transparaît actuellement », estime le Dr Louis Baassid, politologue à l’Université de Ngaoundéré.

L’absence de rupture claire avec le gouvernement et le silence sur l’alliance passée entretiennent ces soupçons.

Le précédent de 1992

Beaucoup rappellent l’épisode de 1992, où Bello Bouba, arrivé troisième derrière Paul Biya et Ni John Fru Ndi, avait soutenu le RDPC pour former une majorité parlementaire. Cette stratégie lui avait permis de conserver un poste ministériel et un certain poids politique.
Mais les temps ont changé. « La base militante est aujourd’hui plus exigeante, notamment chez les jeunes cadres », rappelle un analyste basé à Garoua.

Une situation politique délicate

À quelques mois de l’élection, le président de l’UNDP semble pris entre des choix contradictoires. Doit-il s’affirmer comme un opposant ou poursuivre une stratégie de prudence politique ?
« Ce flou affaiblit la lisibilité de l’UNDP, partagé entre la volonté de rupture de sa base et les équilibres hérités du passé », analyse le Dr Louis Baassid.

« Soit il clarifie sa position et assume un rôle d’opposant, soit il risque de perdre la confiance de sa base militante », avertit un cadre du parti sous couvert d’anonymat.

La présidentielle de 2025 pourrait bien être un tournant pour l’UNDP et pour Bello Bouba Maigari, confrontés à une exigence croissante de clarté et de repositionnement politique.

Tilmidja Malam

Laisser un commentaire