Chargement en cours
Publicité

Paul Biya : « les promesses sur les promesses… »

En meeting à Maroua dans l’Extrême-Nord du Cameroun à quelques jours de la présidentielle du 12 octobre, le candidat Paul Biya, 92 ans, a centré sa campagne 2025 sur l’emploi, l’énergie et la sécurité. Un discours qui divise : promesse de relance pour les uns, répétition de 2018 pour les autres.

Le Président Paul Biya, le 7 octobre 2025, à Maroua lors d’un meeting de campagne. ©DR

« Encore des promesses ? » C’est la question qui circule depuis le discours de Paul Biya à Maroua, mardi 7 octobre, largement partagé et parodié sur les réseaux sociaux. Les internautes dénoncent la multiplication des annonces alors que certaines promesses de 2018 restent en suspens. Sur la toile, beaucoup affirment que le candidat-président accumule les « promesses sur les promesses », clin d’œil ironique à Léopold Bissiping, candidat à la présidentielle 2025 et fonctionnaire retraité à qui l’État devait de l’argent. L’enseignant expliquait qu’il ne pouvait verser la caution de 30 millions exigée pour la candidature, ce qui reviendrait, selon lui, à verser « de l’argent sur l’argent » à un État déjà débiteur.

Cette ironie des internautes n’est pas qu’une simple moquerie : elle traduit un malaise réel et souligne le contraste entre ambition et concrétisation. En 2018, Paul Biya prônait une reconstruction post-Boko Haram et lançait ce qu’il appelait la « bataille du développement », visant à sécuriser les populations, relancer l’économie du Grand Nord et attirer les investisseurs. Sept ans plus tard, en 2025, le pouvoir semble avoir relégué ces ambitions stratégiques au second plan, privilégiant des annonces plus ciblées, centrées sur le social et l’urgence. Les internautes se sont emparés du discours sur les réseaux sociaux et l’ont transformé en symbole des attentes non satisfaites et du fossé persistant entre promesses et réalisations.

Aveu d’incapacité

Le discours de 2025 recentre implicitement le message, reconnaissant que plusieurs promesses de 2018 n’ont pas été tenues ou accusent un retard significatif. Le projet phare de la ligne de chemin de fer Ngaoundéré – N’Djamena via Kousseri, censé faciliter les échanges commerciaux avec le Tchad et dynamiser l’économie régionale, a disparu du discours, laissant les commerçants et transporteurs locaux dans l’expectative. De même, le gouvernement ne présente plus le développement du potentiel pétrolier et minier local, censé profiter aux régions du Nord et de l’Extrême-Nord, comme un axe prioritaire. Les gisements de calcaire à Poli, de bauxite à Rey-Bouba, et le potentiel pétrolier du bassin de Logone ont connu peu d’avancées concrètes, alors que ces ressources auraient pu générer des emplois et alimenter le financement de projets locaux.

Les autorités reconnaissent aussi la persistance des lacunes en infrastructures routières : de nombreux axes stratégiques demeurent dégradés, notamment ceux reliant Mora à Dabanga et à Kousséri, ainsi que l’axe Mora – Kolofata – Fotokol, crucial pour le commerce transfrontalier et la mobilité des populations. Paul Biya annonce un « programme spécial de réhabilitation des axes routiers dégradés et de construction de nouvelles routes », avec des financements destinés à ces tronçons prioritaires. Il concède que les efforts antérieurs n’ont produit des résultats que « à date » et que les travaux vont enfin pouvoir démarrer.

Le candidat reconnaît sans détour « les attentes insatisfaites qui vous font douter du lendemain », évoquant implicitement les projets de développement social, de raccordement électrique et d’accès à l’eau potable qui tardent à se matérialiser dans plusieurs localités de l’Extrême-Nord. Ces aveux traduisent un glissement vers une communication plus réaliste et pragmatique, face aux limites de mise en œuvre constatées depuis 2018, tout en tentant de rassurer la population sur la volonté de rattrapage et de concrétisation des engagements laissés en suspens.

Emploi, énergie et sécurité

Face aux retards accumulés sur les grands projets structurels, le programme 2025 met résolument l’accent sur des objectifs sociaux et concrets, plus facilement mesurables à court terme. La priorité absolue reste le chômage des jeunes, qualifié de « fléau » par le Président-candidat. Paul Biya s’engage à poursuivre résolument les efforts et affirme qu’il ne prendra aucun repos tant que des progrès significatifs ne seront pas enregistrés. Parmi les mesures concrètes annoncées figurent la restructuration du Fonds National de l’Emploi (FNE) pour améliorer le financement des startups et PME locales, la création de pôles régionaux de formation professionnelle, et la mise en place de programmes de stages et d’insertion pour 50 000 jeunes chaque année dans les secteurs du numérique, de l’agriculture et de l’artisanat.

Dans le secteur de l’énergie, les ambitions de 2025 se traduisent déjà par des réalisations tangibles. Le barrage hydroélectrique de Nachtigal, mis en service en 2023, est désormais pleinement opérationnel et fournit près de 30% de l’électricité destinée au réseau national, réduisant la dépendance aux centrales thermiques. D’autres projets structurants, comme le barrage de Bini à Warak, destiné à renforcer l’électrification rurale dans l’Extrême-Nord, et Kikot-Mbebe, projet hydroélectrique majeur du Sud-Ouest, vont « démarrer incessamment » selon le candidat-président.

Sur le plan sécuritaire, 2025 marque un tournant : moins de reconstruction post-crise, davantage de consolidation de la paix. Paul Biya annonce le déploiement d’unités d’élite spécialisées, composées de gendarmes et de militaires formés au renseignement et à la lutte contre le terrorisme, dans les départements du Logone et Chari et du Mayo Tsanaga, particulièrement affectés par l’insécurité liée aux attaques de Boko Haram et aux mouvements criminels transfrontaliers.

Le président-candidat appelle les populations à la confiance pour bâtir « ce Cameroun uni, prospère, démocratique et stable auquel nous rêvons tous ».

Tilmidja Malam, à Maroua

Laisser un commentaire