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« Le Rwanda ne peut pas mourir deux fois », avertit Paul Kagame

À l’occasion de la 32ᵉ commémoration du génocide contre les Tutsi au Rwanda, ouverte le 7 avril dans le recueillement, le président Paul Kagame a lancé des avertissements fermes, alors que la région traverse des tensions, notamment avec la République démocratique du Congo.

Le président Paul Kagame lors du lancement de la 32ᵉ commémoration du génocide rwandais, le 7 avril 2026. ©Facebook

Des milliers de Rwandais et d’amis du pays se sont rassemblés, mardi 7 avril, à la BK Arena de Kigali pour la traditionnelle veillée nocturne qui marque le lancement de Kwibuka 32, en mémoire du génocide de 1994. Dans une atmosphère empreinte d’émotion, les participants ont allumé des bougies tandis que des survivants livraient des témoignages poignants. Comme chaque année, la commémoration s’étend du 7 au 13 avril, avec un moment fort au mémorial de Gisozi, où reposent plus de 250 000 victimes.

Au cours de cette cérémonie, le président Paul Kagame a allumé la Flamme de l’Espoir, qui brûlera pendant 100 jours, rappelant la durée du génocide perpétré entre avril et juillet 1994 et ayant coûté la vie à plus d’un million de personnes. Ce geste inaugure une semaine de commémoration chargée d’émotion, de réflexion et d’éducation publique. La flamme ne se limite pas à un symbole : elle incarne l’engagement durable de la population et des autorités pour que le Rwanda ne s’éloigne jamais de la leçon du passé.

Entre mémoire et message politique

Au cœur de cette cérémonie, Paul Kagame a prononcé un discours d’une rare fermeté, liant mémoire et posture défensive du pays. Il a martelé : « Le Rwanda ne peut pas mourir deux fois », avertissant contre toute tentative de replonger le pays dans les violences du passé. Ces propos interviennent alors que le Rwanda accuse régulièrement la République démocratique du Congo de soutenir les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hostile au pouvoir rwandais.

Le président a rappelé les attaques récurrentes et l’insurrection transfrontalière ayant causé, selon lui, des dizaines de milliers de morts, justifiant le renforcement des mesures sécuritaires. « Ce que nous demandons à nos partenaires, c’est de lutter avec nous contre l’extrémisme, plutôt que de punir le Rwanda pour s’être défendu », a-t-il insisté, appelant à la solidarité internationale face aux menaces persistantes. Son message s’inscrit dans un contexte régional tendu, marqué par des accusations réciproques autour des groupes armés et de la sécurité.

Une jeunesse mobilisée pour la mémoire

Au-delà des discours officiels, la jeunesse rwandaise s’est fortement mobilisée. Des milliers de jeunes ont participé à la « Walk to Remember », suivie de la veillée nocturne, symbole d’un engagement intergénérationnel pour préserver la mémoire et promouvoir l’unité nationale. Le message reste clair : le souvenir doit devenir un socle pour l’avenir. « Ce qui soutient le Rwanda aujourd’hui, c’est l’unité des Rwandais », a souligné Paul Kagame, insistant sur le droit du pays à vivre en sécurité et en paix avec ses voisins.

La commémoration a également inclus des prises de parole internationales. Au siège de l’Union africaine, le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a déclaré : « Nous nous souvenons de plus d’un million de vies perdues à cause de la haine, de l’indifférence et de l’inaction. Kwibuka n’est pas seulement un moment de deuil, mais un appel à la vérité, à la responsabilité et à la vigilance. » Selon lui, « le parcours remarquable du Rwanda, fait de résilience et de renouveau, nous rappelle que l’histoire n’est pas une fatalité, mais qu’elle se façonne par la volonté des peuples ».

Nick Checker, responsable du Bureau Afrique du Département d’État des États-Unis, a salué la reconstruction « extraordinaire » du Rwanda depuis 32 ans, fondée sur la sécurité, les institutions et une identité nationale renouvelée. Les États-Unis ont réaffirmé leur engagement pour la justice des victimes, rappelant leur rôle dans la mise en place du Tribunal pénal international pour le Rwanda et dans la traque des responsables du génocide.

Vigilance contre la haine et défis de l’unité

Kwibuka 32, au-delà des mots du président Kagame, incite chaque citoyen à s’engager contre l’idéologie du génocide et à contrer toute tentative de réécriture de l’histoire. La responsabilité individuelle et collective, des autorités comme des citoyens, consiste à surveiller les discours et contenus, notamment sur les réseaux et dans l’espace public, pour prévenir la diffusion de messages haineux avant qu’ils ne se traduisent en actes.

Les cérémonies, marches, témoignages et initiatives éducatives mobilisent la population, favorisent le dialogue intergénérationnel et rappellent que le devoir de mémoire exige une participation active. En donnant la parole aux survivants, la commémoration inscrit l’histoire dans le présent et renforce l’impératif de combattre l’extrémisme et le négationnisme.

Cette commémoration met également en lumière le chemin parcouru : reconstruire les vies, les institutions et l’unité nationale après la catastrophe. Elle rappelle cependant que la cohésion reste fragile si l’on relâche la vigilance.

Par MAHAMAT Ben ABDEL, dans les Grands Lacs

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