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GITEX Africa : entre innovation et souveraineté numérique

Du 7 au 9 avril 2026, à Marrakech au Maroc, industriels, décideurs et institutions convergent autour d’une même urgence : soutenir l’essor numérique africain par des infrastructures solides, une vision politique assumée et des investissements ciblés, au cours des rencontres du GITEX Africa 2026.

Le GITEX Africa 2026 a connu une affluence record. ©GITEX

Sur le stand d’un géant mondial de la gestion de l’énergie, une question traverse toutes les discussions : comment soutenir concrètement l’accélération numérique du continent africain ? Nous avons rencontré le 7 avril 2026, jour d’ouverture de GITEX Africa 2026, à Marrakech au Maroc, Amine Benchekroun, vice-président Secure Power et centres de données Maghreb & Îles Atlantiques Nord chez Schneider Electric. À travers son intervention, un constat s’impose : la transformation digitale ne peut exister sans une base énergétique robuste et intelligente.

Dans les allées de cette foire, les solutions exposées témoignent d’une mutation en cours : automatisation énergétique, optimisation des data centers, intégration des énergies renouvelables. Aux côtés des géants de la tech, des entreprises marocaines, tunisiennes, sénégalaises, nigériennes, ivoiriennes, mauritaniennes, camerounaises, nigérianes… présentent leurs potentiels et marquent des points en multipliant les rencontres B to B.  

Pour les industriels, l’Afrique représente un terrain d’innovation unique, où la croissance rapide des usages numériques impose d’anticiper les besoins futurs. L’enjeu n’est plus seulement de connecter, mais de garantir la continuité, la sécurité et la durabilité des infrastructures qui soutiennent cette connectivité.

L’énergie, socle du boom numérique

Derrière l’essor de l’intelligence artificielle, du cloud ou encore des fintechs africaines, se cache une réalité souvent invisible : l’énergie. Sans alimentation stable, les data centers ne fonctionnent pas, les plateformes numériques ralentissent et les services essentiels deviennent vulnérables. Cette dépendance structurelle place la question énergétique au cœur de la souveraineté numérique du continent. Selon Amine Benchekroun, l’Afrique doit éviter le piège d’une croissance numérique déséquilibrée. L’augmentation exponentielle des données nécessite des infrastructures capables d’absorber la demande tout en limitant l’empreinte carbone. C’est ici qu’interviennent les technologies dites « smart energy », capables d’optimiser la consommation, de sécuriser les réseaux et d’intégrer des sources renouvelables.

À GITEX Africa Morocco 2026, ces enjeux sont omniprésents. Les discussions ne portent plus uniquement sur l’innovation logicielle, mais sur la capacité du continent à soutenir cette innovation dans la durée. L’énergie devient ainsi un levier stratégique, au même titre que la connectivité ou le capital humain.

Marrakech, épicentre des ambitions

Pendant trois jours, Marrakech s’impose depuis quatre ans déjà, comme le carrefour de toutes les ambitions numériques africaines. Sous le haut patronage du roi du Maroc, Mohammed VI, l’événement réunit chefs d’État et de gouvernement, ministres, investisseurs, startups et grands groupes autour d’un objectif commun : structurer l’avenir digital du continent. Le choix du Maroc n’est pas anodin. Le pays se positionne comme une porte d’entrée stratégique entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient, avec une volonté affirmée de devenir un hub technologique régional. GITEX Africa illustre cette ambition en offrant une plateforme où se croisent visions politiques et solutions concrètes. Au-delà des stands et des démonstrations technologiques, Marrakech devient un espace de dialogue. Les échanges portent sur les modèles de financement, les cadres réglementaires et les coopérations transfrontalières.

Sur la scène principale, le Premier ministre marocain, Aziz Akhannouch, a délivré un message sans ambiguïté : l’Afrique n’a plus besoin d’être révélée, elle doit désormais être accélérée. Selon lui, le continent dispose déjà de fondamentaux solides — une jeunesse dynamique, une créativité entrepreneuriale et une adoption rapide des technologies. Mais pour franchir un cap, des conditions doivent être réunies. Le chef du gouvernement du royaume chérifien insiste sur la nécessité de structurer les financements, d’accompagner les startups et de développer des programmes de formation orientés vers l’emploi. Il appelle également à la création de marchés intégrés capables de soutenir la croissance des entreprises africaines. Son adresse directe aux investisseurs internationaux marque un tournant : « nous sommes prêts ». Une déclaration qui s’appuie sur la stabilité institutionnelle du Maroc, une vision politique claire et une priorité accordée au numérique.

Le numérique comme levier d’intégration

Pour Wamkele Mene, secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine, le numérique représente bien plus qu’un secteur économique : il est un outil d’intégration continentale. Dans son intervention, il souligne que les technologies digitales peuvent accélérer les échanges, réduire les barrières commerciales et renforcer la compétitivité africaine. Le protocole sur le commerce numérique de la ZLECAf, présenté comme le premier du genre au monde, incarne cette ambition. Il vise à harmoniser les règles, faciliter les transactions transfrontalières et créer un marché digital unifié. Pour l’Afrique, il s’agit d’une opportunité unique de « leapfrog », c’est-à-dire de sauter des étapes de développement.

À GITEX Africa Morocco 2026, cette vision prend une dimension concrète. Les startups, les plateformes technologiques et les institutions convergent vers un objectif commun : bâtir un écosystème intégré, capable de rivaliser à l’échelle mondiale. C’était également le plaidoyer des entreprises africaines lors de la 14e conférence de l’Organisation mondiale du Commerce, du 26 au 29 mars 2026, à Yaoundé au Cameroun.

Dans ce paysage en mutation, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, défend une approche singulière. Pour la ministre, la puissance technologique ne doit pas être synonyme de domination, mais d’unité et de progrès collectif. Elle plaide pour une innovation mise au service du développement et du bien commun, à l’échelle globale. Cette vision repose sur plusieurs piliers : inclusion sociale, accès équitable aux services numériques et coopération internationale. Elle traduit une volonté de construire un modèle alternatif, capable de concilier performance technologique et impact sociétal.

Connecter innovation et infrastructures

À Marrakech, ce discours trouve un écho particulier. Face aux grandes puissances technologiques, le Maroc propose une voie différente, fondée sur la collaboration et le partage. Une orientation qui pourrait inspirer d’autres pays africains dans leur stratégie digitale. Au croisement des discours politiques et des solutions industrielles, une évidence se dégage : l’innovation ne peut prospérer sans infrastructures solides. Les ambitions affichées à GITEX Africa Morocco 2026 nécessitent des investissements massifs dans l’énergie, les data centers et les réseaux.

C’est dans cet espace que des acteurs comme Schneider Electric jouent un rôle déterminant. Leur expertise permet de sécuriser les fondations de la croissance numérique, en proposant des solutions adaptées aux réalités africaines. L’Afrique se trouve aujourd’hui à un tournant. Elle dispose des talents, de l’innovation et de l’ambition. Reste à aligner ces forces avec des infrastructures capables de soutenir cette dynamique. À Marrakech, le message est clair : la révolution numérique africaine est en marche, mais sa réussite dépendra de la solidité de ses bases.

Par Prosper LOUABALBE, à Marrakech

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