75 milliards FCFA pour relancer le coton au Mali et au Burkina Faso
La Banque ouest-africaine de développement mobilise 75 milliards FCFA pour deux pays du Sahel : Mali et Burkina Faso. Par ce financement, la BOAD cherche à maintenir une filière qui nourrit des centaines de milliers de familles, pèse sur les exportations et reste vulnérable au moindre choc.

La décision ne souffre d’aucune ambiguïté. Lors de son dernier conseil d’administration, la Banque ouest-africaine de développement approuve 17 nouvelles opérations pour un montant total de 501,5 milliards FCFA. Dans cet ensemble, elle flèche 75 milliards FCFA vers la filière coton au Burkina Faso et au Mali, soit environ 131,8 millions de dollars. Elle envoie ainsi un signal fort en direction d’une culture stratégique pour les économies sahéliennes, pour les revenus ruraux et pour l’activité d’égrenage et de transformation.
Dans le détail, la répartition du financement éclaire la logique de l’institution. Le Mali reçoit 25 milliards FCFA pour soutenir partiellement la campagne cotonnière 2025-2026 de la Compagnie malienne pour le développement des textiles. De son côté, le Burkina Faso bénéficie de 50 milliards FCFA destinés à l’achat de 120 000 tonnes d’intrants agricoles pour la campagne 2026-2027. À travers ces choix, la BOAD entend sécuriser les campagnes en cours et à venir, tout en consolidant la capacité productive des exploitations.
Au Mali, objectif : filer du bon coton
Au Mali, la BOAD parie sur un acteur central : la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), fondée en 1974 et toujours au cœur de l’organisation cotonnière du pays. Elle renforce ainsi le dispositif qui encadre la récolte et l’égrenage d’environ 433 700 tonnes de coton graine transformé en fibre. Dans le même temps, le pays tente de relancer la machine. Pour la campagne agricole 2026-2027, les autorités maliennes prévoient une enveloppe de 164,4 milliards FCFA, en hausse de 2 % par rapport à la campagne précédente. Elles ont annoncé cette décision le 2 avril 2026 à Bamako, à l’issue de la 16ᵉ session du Comité exécutif national de l’agriculture. Parallèlement, Bamako fixe un objectif de plus de 650 000 tonnes de coton graine pour la prochaine campagne, contre une récolte estimée à 433 700 tonnes sur la saison en cours.
Les chiffres traduisent clairement le décrochage. Le Mali avait atteint 777 000 tonnes en 2021-2022. En 2024-2025, la production s’était redressée à 656 751 tonnes, ce qui lui avait permis de reprendre temporairement la tête du coton africain devant le Bénin, crédité de 637 697 tonnes. Toutefois, la saison suivante marque un nouveau recul. Les données officielles indiquent une récolte bien inférieure aux prévisions, pénalisée par des conditions météorologiques défavorables et par des attaques d’insectes.
Pour inverser la tendance, les autorités activent plusieurs leviers. Elles misent sur les intrants et les pesticides, tout en visant une expansion des surfaces cultivées. La CMDT projette ainsi de porter les superficies de 96 000 à 630 000 hectares et d’augmenter de 17 % le rendement moyen, pour atteindre 950 kg de coton graine par hectare. L’objectif global s’établit à 598 500 tonnes en 2026-2027, soit une progression de 38 % par rapport à la saison précédente.
Au Burkina Faso, le pari des intrants
L’approche diffère, mais la logique reste cohérente au Burkina Faso. Les 50 milliards FCFA à injecter par la BOAD serviront à financer l’achat de 120 000 tonnes d’intrants pour la campagne cotonnière 2026-2027. À travers cette orientation, les autorités et la BOAD rappellent une évidence : dans cette filière, la disponibilité des engrais et des produits phytosanitaires conditionne les volumes récoltés, la qualité de la fibre et, in fine, la compétitivité du pays. Le calendrier agricole confirme cet enjeu. Pour la campagne 2025-2026, la production burkinabè de coton graine devrait atteindre 336 812 tonnes, soit une hausse de 15 % sur un an. Dans ce contexte, la BOAD intervient à un moment charnière, alors que les autorités cherchent à consolider une reprise encore fragile.
La production de coton a chuté de 26 % entre 2023 et 2024, sous l’effet des violences jihadistes qui perturbent fortement les activités agricoles. Des milliers d’exploitations ont disparu, contraignant de nombreux producteurs à abandonner leurs champs ou à se reconvertir. L’insécurité empêche la récolte, le transport et l’accès aux intrants, aggravée par la hausse des coûts logistiques. Des entreprises comme la Société cotonnière du Gourma (Socoma) ont cessé leurs activités. Malgré des subventions publiques, la filière, essentielle à l’économie nationale et aux exportations, s’enfonce dans une crise durable.
Selon la Société burkinabè des fibres textiles (Sofitex), le coton représente 60% des recettes d’exportation. Sa culture est pratiquée par plus de 250 000 exploitations agricoles regroupent plus de 350 000 producteurs de coton. Le coton fait vivre directement près de 4 millions de personnes.
Une filière qui pèse bien au-delà des champs
Le Mali et le Burkina Faso figurent, aux côtés du Bénin et de la Côte d’Ivoire, parmi les principaux producteurs de coton en Afrique de l’Ouest. C’est précisément pour cette raison que la BOAD concentre une partie de ses financements agricoles sur ces deux pays. Le coton demeure une filière de souveraineté économique : il mobilise des centaines de milliers de producteurs, soutient les revenus ruraux et alimente des chaînes de transformation encore en quête de montée en gamme. De fait, le coton ne constitue pas un secteur isolé. Il s’insère dans une économie rurale plus vaste, où la moindre rupture — qu’elle concerne les intrants, le financement ou la logistique — peut se répercuter d’une campagne à l’autre. Dans ce contexte, l’intervention de la BOAD agit à la fois comme un amortisseur de choc et comme un levier de relance productive.
Les rendements illustrent clairement la marge de progression. Selon un rapport de décembre 2025 du Département de l’Agriculture des États-Unis, le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les dix meilleurs rendements cotonniers en Afrique, avec respectivement 0,53 tonne et 0,46 tonne par hectare sur la campagne 2023-2024. Ces performances restent solides à l’échelle continentale, mais elles révèlent aussi un potentiel encore inexploité. Le même rapport place le Cameroun en tête du classement africain avec 1,54 tonne par hectare, devant l’Ouganda, le Soudan, l’Égypte, le Bénin et le Nigeria.
Par ailleurs, le recul des exportations maliennes confirme la fragilité du secteur. D’après les données compilées sur Trade Map, les ventes extérieures de coton du Mali génèrent environ 69,7 millions de dollars en 2024, contre 256 millions de dollars en 2020. La filière demeure ainsi exposée aux aléas climatiques, à l’insécurité, à la volatilité des marchés et à la dépendance aux intrants.
Par Kader DOUMBIA, à Bamako




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