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Le Cameroun active la vaccination contre la variole du singe

Face à la recrudescence de la variole du singe, le Cameroun renforce sa riposte sanitaire. Entre vaccination ciblée, surveillance accrue et sensibilisation des populations, les autorités veulent briser les chaînes de transmission et contenir l’épidémie sur tout le territoire.

25 cas de variole du singe confirmés dans 11 districts de santé du Littoral. ©DR

À Douala, au quartier Deido, dans la région du Littoral au Cameroun, Jean Mpeckè, la trentaine, pensait d’abord à une simple fièvre passagère liée à la fatigue du travail et aux fortes chaleurs. Comme beaucoup, il banalise les premiers symptômes et continue ses activités quotidiennes. Mais quelques jours plus tard, son état se dégrade : des lésions cutanées apparaissent sur son visage et ses bras, accompagnées de douleurs, de maux de tête persistants et d’une fatigue intense. L’inquiétude s’installe, mais la peur du regard des autres et des rumeurs le freine.

Autour de lui, certains évoquent une maladie « honteuse », d’autres conseillent des remèdes traditionnels. Jean hésite, retarde la consultation, espérant une amélioration spontanée. Ce n’est qu’après l’insistance de ses proches, préoccupés par l’évolution des symptômes, qu’il se rend finalement dans une formation sanitaire.

Le diagnostic tombe : Mpox ou variole du singe. Rapidement pris en charge, isolé et suivi par le personnel de santé, Jean bénéficie d’un traitement adapté. Son état s’améliore progressivement, sans complications majeures. Aujourd’hui en convalescence, il témoigne pour sensibiliser et rappelle que la maladie circule bel et bien, mais qu’on peut la maîtriser lorsqu’on la détecte tôt, sans peur ni stigmatisation.

Le Littoral au cœur de la riposte

La région du Littoral concentre aujourd’hui l’épicentre de l’épidémie et enregistre 25 cas confirmés répartis dans 11 districts de santé, représentant près de 65 % des cas recensés à l’échelle nationale. Les équipes sanitaires prennent en charge les cas dans plusieurs zones directement touchées, notamment Bangue, Logbaba, Deido, Dibombari, Yabassi, Bonassama, Cité des Palmiers, Japoma et Nylon.

Face à cette situation, le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, a lancé le 11 avril 2026 à l’hôpital Laquintinie de Douala une campagne de vaccination ciblée contre le Mpox, avec l’appui de UNICEF et de l’Organisation mondiale de la santé. Cette stratégie repose sur la « vaccination en anneau », qui cible les contacts à risque et les personnels de santé en première ligne. Les autorités sanitaires ont mobilisé au total 3 807 doses pour freiner la propagation.

Depuis le 14 novembre 2025, le Cameroun a enregistré 105 cas suspects et 21 cas confirmés de Mpox, dont 5 nouveaux cas dans le Littoral. La maladie touche davantage les hommes que les femmes et les autorités sanitaires n’ont enregistré aucun décès à ce jour. Le taux de positivité global atteint 33,9 %, avec la circulation des clades I et II. Pour les autorités sanitaires, ces indicateurs traduisent une épidémie sous contrôle, mais nécessitant une vigilance constante.

Le ministre insiste d’ailleurs sur un point crucial : « ce n’est pas une maladie de la honte ; nous devons sensibiliser autour de nous afin de prendre des mesures ». Un message clé pour encourager les patients à consulter rapidement et éviter les chaînes de transmission silencieuses.

Un système de santé sous pression

Dans une présentation du 25 mars 2026, dont nous avons eu copie, sur le thème, « mesures de sécurité et prévention contre le Mpox dans les formations sanitaires militaires au Cameroun », la Direction de la santé militaire (DSM) joue un rôle central dans la lutte contre le Mpox.Le Colonel Mbondji, chef du service de lutte contre les pandémies, et le Capitaine Abdoulahi Kami, chef du bureau prévention et recherche, supervisent la formation du personnel sanitaire et militaire. Ils les forment à identifier rapidement les cas suspects, à appliquer les mesures d’isolement, à protéger le personnel et à assurer la notification conformément aux directives nationales.

Dans les casernes, où la promiscuité constitue un facteur de risque, les responsables mettent en œuvre des mesures concrètes : ils améliorent l’aération des locaux, réduisent le nombre d’occupants dans les dortoirs et intègrent la surveillance du Mpox dans les briefings de sécurité.

Les données du ministère de la Santé publique confirment la pression sur le système de santé : 44 mille cas de paludisme et 55 décès, 12 290 cas de fièvre typhoïde pour 40 décès, 320 cas de rougeole et plus de 4 000 infections respiratoires aiguës. Chez les enfants de moins de cinq ans, les autorités sanitaires ont enregistré 766 cas de diarrhée avec déshydratation ainsi que deux décès. À cela s’ajoutent 16 cas suspects de méningite et 196 morsures animales.

Le système de surveillance affiche toutefois une complétude de 89,03 %, avec des performances élevées dans certaines régions, même si des disparités subsistent, notamment dans le Nord-Ouest. Du témoignage des malades aux campagnes de vaccination, le Cameroun déploie une stratégie globale fondée sur la prévention, la détection précoce et la coordination des acteurs. L’engagement des autorités, des partenaires internationaux et des communautés reste déterminant.

Par Mahamat Ben Abdel, à Douala

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