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La BVMAC plafonne à 421,9 millions FCFA au deuxième trimestre 2026

Le rapport du deuxième trimestre 2026 publié le 20 juillet par la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) met en avant une progression de l’indice, présentée comme une bonne nouvelle. Mais derrière cette hausse se cache la statistique la plus préoccupante de la place : 421,9 millions de FCFA échangés sur l’ensemble du trimestre, soit environ 735 000 USD pour un marché régional couvrant six États.

421,9 millions FCFA échangés au deuxième trimestre 2026. ©DR

Le BVMAC All Share Index clôture le trimestre à 1 156,11 points, contre 1 147,2 au 31 mars, soit +0,78 %. Mais cette hausse provient de l’intégration de BGFI Holding Corporation dans l’indice, qui a mécaniquement élargi la capitalisation globale, non d’une revalorisation des titres existants. Comparé au deuxième trimestre 2025, le marché envoie deux signaux opposés. Les transactions progressent de +119 %, mais les titres échangés s’effondrent –93 % et la valeur échangée recule de – 85 %.

L’activité s’est donc atomisée : plus du double d’ordres, mais chacun treize fois plus petit. Deux lectures, non exclusives, coexistent. Optimiste : la base d’investisseurs s’élargit et se retailise. Un ticket moyen de 1,3 million de FCFA correspond au profil d’un particulier, pas d’une institution, précisément le mouvement que toute jeune place doit accomplir.

Inquiète : le marché a perdu ses blocs. En 2025, quelques opérations institutionnelles suffisaient à porter les volumes ; en 2026, elles ont disparu. Une place sans ordres significatifs devient inexploitable pour un gérant qui doit construire ou déboucler une position de quelques centaines de millions.

La liquidité, angle mort structurel

Le rapport publié par la BVMAC le 20 juillet met en lumière une Bourse en manque de dynamisme. Rapportés aux encours, les échanges révèlent l’ampleur du phénomène. Sur le compartiment actions, 289,94 millions de FCFA ont été échangés pour une capitalisation moyenne trimestrielle de 1 235,82 milliards, soit un taux de rotation de 0,023 % sur le trimestre, environ 0,09 % en rythme annuel. Le compartiment obligataire fait à peine mieux, ou plutôt pire : 132,01 millions échangés sur un encours moyen de 1 324,14 milliards, soit 0,01 % sur le trimestre, et 0,04 % annualisé.

Pour fixer les idées, une place émergente jugée peu liquide tourne autour de 3 à 5 % de vélocité annuelle, tandis qu’une place développée dépasse 100 %. La BVMAC se situe donc deux ordres de grandeur en dessous du premier seuil. Et sur le compartiment obligataire, il ne s’agit même plus d’illiquidité, mais d’une absence pure et simple de marché secondaire : les banques et les OPCVM souscrivent au primaire et portent jusqu’à l’échéance. Six transactions obligataires en trois mois, sur quatre lignes seulement, ne constituent pas une cotation, c’est un registre.

Dans le détail, les sept valeurs cotées du compartiment actions ont toutes été traitées, mais la concentration en valeur se porte sur BGFI, SOCAPALM, SAFACAM et la SCGRE. Sur l’obligataire, l’activité s’est logée sur les seules lignes AFCO6, EGA11, EGA12 et ECMR6.

Une industrie d’intermédiation à deux vitesses

Le classement des Sociétés de Bourse mérite lui aussi un examen attentif. Sur 29 Sociétés de Bourse agréées, 19 seulement ont été actives au cours du trimestre, tandis que six enseignes affichent une ligne vide : ni transaction, ni quantité, ni valeur. Au sommet, la concentration est écrasante. SG Capital CEMAC signe à elle seule 212 des 322 transactions (65,8 %) et s’empare de la première place trimestrielle, devant Africa Bright Securities, ESS Bourse, BGFI Bourse et Digicapital. Ces cinq acteurs captent à eux seuls 65,3 % des capitaux échangés. On voit ainsi coexister, sur une même place, une intermédiation de flux retail à très faible ticket et une intermédiation de blocs épisodique, sans qu’aucune n’atteigne la masse critique.

De là découle la vraie question, celle de la viabilité économique du réseau. Avec 421,9 millions de FCFA de volume trimestriel à se partager, et en retenant une commission de courtage de l’ordre de 1 %, l’ensemble de la profession dégage moins de 5 millions de FCFA de revenus de courtage sur le trimestre. Vingt-neuf agréments pour un tel gisement : l’arithmétique est impitoyable. La BVMAC précise d’ailleurs que la méthodologie de calcul de la performance des Sociétés de Bourse a été révisée en cours de période, ce qui invite à traiter la progression annuelle de +18,75 % avec prudence.

L’OPCVM, la véritable porte d’entrée de l’épargne

C’est le compartiment le plus vivant du trimestre. Le tableau de consolidation au 30 juin 2026 recense une cinquantaine de fonds dont la quasi-totalité affiche une performance trimestrielle positive, comprise pour l’essentiel entre 1 % et 2,6 %, soit un rythme annualisé de 4 à 10 %. En tête, on retrouve FCP LACIM Performance (+2,62 %), FCP AB Avenir (+2,48 %) et FCP SOGEFIRST (+2,40 %), tandis qu’une poignée de fonds seulement termine en territoire négatif : FCP ABD KOMO (–0,91 %), FCP CCA Performance (–0,80 %) et FCP CCA Horizon Croissance (–0,55 %).

Le message est clair : dans la CEMAC, l’épargne financière s’oriente vers le marché par la gestion collective, non par la détention directe. Les OPCVM sont ainsi devenus le véritable canal de collecte. Mais la conséquence stratégique reste mal exploitée, car ces fonds sont aussi les seuls acteurs à disposer de la taille de bilan nécessaire pour animer un carnet d’ordres. Tant qu’aucun dispositif ne les incitera à céder des positions plutôt qu’à les porter à l’échéance, le secondaire restera vide.

Pendant ce temps, le primaire tourne à plein régime

Les deux annonces signées le 21 juillet à Douala par le Directeur Général de la BVMAC, Louis Banga Ntolo, sont sans doute la partie la plus parlante du dossier. Renaprov Finance s’apprête à faire son entrée en Bourse : elle deviendra la huitième société cotée sur le compartiment actions. Deux points appellent à la prudence. Sa taille reste modeste et ne changera donc pas grand-chose à la profondeur du marché. Surtout, son action coûte cher, 21 000 FCFA l’unité pour une place qui cherche justement à attirer de petits épargnants. Et comme le nombre d’actions mises sur le marché est réduit, elles risquent de s’échanger rarement, avec des variations de prix parfois brutales.

L’emprunt de l’État gabonais (EOG 2026) joue, lui, dans une tout autre catégorie. Il s’agit d’une opération massive, qui à elle seule pèse des centaines de fois plus lourd que tout ce qui s’est échangé sur le marché pendant le trimestre. Trois choses méritent d’être retenues.

D’abord, le contraste est frappant : l’État lève sans difficulté des sommes considérables auprès des investisseurs, alors même que ces derniers ont ensuite le plus grand mal à revendre leurs titres. Le problème de cette Bourse n’est pas d’attirer l’argent, mais de permettre à chacun d’en ressortir.

Ensuite, les investisseurs ont clairement préféré prêter sur une courte durée plutôt que sur une longue. C’est logique : comme il est difficile de revendre ses titres en cours de route, mieux vaut récupérer sa mise rapidement.

Enfin, le rendement proposé reste correct par rapport à l’inflation, mais il n’a rien d’exceptionnel pour les banques, qui sont les principales acheteuses. Pour elles, souscrire à cet emprunt relève moins de la recherche de gain que d’un choix de gestion : placer leurs liquidités dans un actif sûr et facilement utilisable comme garantie.

Par Rikawa GAMBARA, conseiller financier

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