Cameroun : après une présidentielle 2025 difficile, le RDPC remobilise
Réunis à Yaoundé le 22 juillet 2026, les responsables du parti de Paul Biya ont lancé une nouvelle phase de préparation des législatives et municipales prévues en 2027. Cette mobilisation intervient dans un contexte marqué par le score historiquement bas du RDPC à la présidentielle de 2025 et les interrogations autour de l’absence « prolongée » du président Paul Biya hors du Cameroun.

Au Cameroun, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) prépare déjà la prochaine bataille électorale. À quelques mois des élections législatives et municipales prévues en février 2027, le parti au pouvoir a réuni le 22 juillet 2026 ses cadres opérationnels à Yaoundé pour un séminaire stratégique consacré à l’intensification de sa préparation. Présidée par Jean Nkuete, secrétaire général du Comité central, cette rencontre a rassemblé les chefs des délégations permanentes régionales et départementales, ainsi que les chargés de mission du parti. Le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, plusieurs membres du Bureau politique et des responsables nationaux du RDPC y ont également pris part.
Officiellement, l’objectif était de « doter les participants des outils nécessaires à la préparation avant la convocation du corps électoral par le président de la République ». Mais cette mobilisation intervient dans un environnement politique particulier pour le parti présidentiel, fragilisé par une présidentielle de 2025 qui a constitué son plus faible score depuis le retour du multipartisme en 1992. Selon les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel, Paul Biya, candidat du RDPC, a remporté l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 avec 53,66 % des suffrages, contre 35,19 % pour Issa Tchiroma Bakary, son ancien ministre et candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC). Des résultats que ce dernier continue de contester, revendiquant la victoire depuis son exil en Gambie.
Dans ce contexte, le prochain scrutin législatif et municipal apparaît comme un nouveau test pour le parti au pouvoir, qui entend conserver sa majorité à l’Assemblée nationale et son implantation dans les exécutifs locaux.
Reconquérir le terrain
Lors de son intervention, Jean Nkuete a insisté sur la nécessité pour les responsables du parti de renforcer le contact avec les populations. Il a appelé à un travail « de proximité, méthodique et rigoureux » afin de consolider le lien avec la base militante et de répondre aux critiques qui se multiplient notamment sur les réseaux sociaux. Le secrétaire général du Comité central a également invité les militants à faire preuve de « réalisme, de lucidité et de pragmatisme politiques ». Une orientation qui traduit la volonté du parti de revoir ses méthodes de mobilisation dans un contexte électoral plus disputé. Les travaux ont notamment porté sur l’identification des forces et faiblesses du parti, les enjeux des prochains scrutins, ainsi que l’implication des jeunes et des femmes dans la stratégie électorale.
Cette réunion intervient également alors qu’une controverse politique accompagne l’absence prolongée du chef de l’État. Paul Biya, âgé de 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin dernier pour un « court séjour privé en Europe », selon la communication habituelle de la présidence. Au 26 juillet, cela faisait 50 jours que le président n’avait pas regagné le pays. Face aux interrogations suscitées par cette absence, Jacques Fame Ndongo, ministre d’État et secrétaire à la communication du RDPC, a assuré le 21 juillet qu’« il n’y a aucune vacance de pouvoir au sommet de l’État ». Une déclaration qui n’a toutefois pas mis fin aux débats.
Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) a réagi à cette sortie par la voix de son vice-président Mamadou Mota, estimant que l’absence prolongée du président soulevait des questions sur l’exercice de la fonction présidentielle. Le parti de Maurice Kamto a notamment ironisé sur un « Cameroun gouverné en télétravail clandestin ».
« Défendre les acquis »
Malgré ce contexte, la direction du RDPC affiche sa détermination à maintenir son leadership politique. Jean Nkuete a appelé les militants à ne céder « à aucun défaitisme » et à défendre les positions acquises par le parti dans les communes, les régions, à l’Assemblée nationale et au Sénat. « Le danger pour le champion en titre, c’est lorsqu’il présente des signes de frilosité face à ses challengers », a-t-il déclaré, appelant les responsables du parti à rester mobilisés.
Pour Jacques Fame Ndongo, cette préparation doit désormais se traduire par une présence accrue sur le terrain. Des descentes dans les régions, départements, arrondissements et villages sont annoncées afin de « toucher du doigt les réalités » des populations. « La politique, c’est d’abord la satisfaction des besoins réels des populations », a rappelé le secrétaire à la communication du RDPC.
À travers ce séminaire, le parti présidentiel entend donc reprendre l’initiative politique, renforcer ses structures locales et préparer une échéance électorale qui s’annonce plus incertaine qu’à l’accoutumée. Pour le RDPC, l’enjeu dépasse la conservation de ses acquis : il s’agit aussi de démontrer sa capacité de renouvellement après une présidentielle qui a révélé de nouvelles dynamiques dans le paysage politique camerounais.
Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé




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