En Guinée, un référendum pour asseoir un pouvoir militaire
Le 21 septembre 2025, les autorités guinéennes appellent les électeurs aux urnes pour un référendum constitutionnel qui pourrait légitimer le général Mamadi Doumbouya. Entre répression, opposition muselée et mémoire des coups d’État, le pays oscille entre espoir démocratique et prolongation du régime militaire.

Environ 6,7 millions de Guinéens sur une population d’environ 14,5 millions d’habitants sont appelés aux urnes, le 21 septembre 2025, pour un référendum constitutionnel. Un scrutin qui, selon l’opposition, n’est qu’un simulacre destiné à légitimer le pouvoir du général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2021. Ce dernier, qui avait promis de ne pas briguer la présidence, voit désormais la nouvelle Constitution ouvrir la voie à une telle candidature. « Ce référendum est une mascarade », dénonce Cellou Dalein Diallo, leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti d’opposition. « Il vise à entériner un coup d’État constitutionnel », ajoute-t-il, dans une vidéo postée sur sa page Facebook, le 15 septembre.
La nouvelle Loi fondamentale prolonge le mandat présidentiel de cinq à sept ans, renouvelable une fois, et crée un Sénat dont le président nomme un tiers des membres. Des mesures qui, selon les critiques, renforcent le pouvoir exécutif au détriment de l’équilibre institutionnel. De plus, la Charte de la transition, qui interdisait aux membres de la junte de se présenter aux élections, est désormais obsolète, ouvrant ainsi la voie à une candidature de Doumbouya.
L’opposition appelle au boycott du référendum, dénonçant une manipulation politique. Le régime suspend les partis politiques, muselle les médias indépendants et réduit au silence les voix discordantes. La junte, quant à elle, assure que le processus est transparent et conforme aux engagements pris. Mais les doutes persistent quant à la sincérité de ce retour à l’ordre constitutionnel.
Aux sources de l’instabilité politique
Selon un rapport de la Banque mondiale publié en juillet 2025, la Guinée demeure l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un taux de pauvreté avoisinant les 52 % en 2024, malgré une croissance économique attendue de 6,5 % cette année-là. Un chômage élevé, notamment chez les jeunes, et des inégalités sociales persistantes exacerbent cette situation. Ledit document indique que, « la croissance récente n’a pas fait reculer de manière significative la pauvreté, en raison de la création limitée d’emplois dans les secteurs non miniers ». Des conditions alimentent un mécontentement populaire croissant, avec des jeunes qui se sentent exclus du processus politique et économique.
La Guinée souffre d’institutions démocratiques fragiles, marquées par des élections souvent entachées de fraudes et des transitions politiques caractérisées par des ruptures brutales du processus démocratique. Les autorités marginalisent souvent la société civile et les partis politiques, et elles organisent des processus électoraux qui manquent de transparence et d’inclusivité. La répression des libertés publiques et la mise à l’écart des voix dissidentes aggravent cette situation.
La culture politique militaire en Guinée joue un rôle crucial dans la persistance de l’instabilité politique. Les militaires se considèrent comme les garants de l’unité nationale et de la stabilité, justifiant ainsi leurs interventions. David Zounmenou, chercheur principal consultant à l’Institut d’études de sécurité (ISS), affirme que « l’absence de responsabilité constitue un frein majeur à la transition de la Guinée vers la démocratie et la stabilité ».
Comment en sortir ?
Des élections libres et transparentes, la réforme des institutions judiciaires, la séparation nette des pouvoirs. Telle est la recette de la stabilité politique en Guinée. Elle passe par le renforcement de la société civile, le respect des principes de la démocratie, des droits humains, et la lutte contre la corruption. Selon le rapport final des consultations nationales de la Commission provisoire de réflexion sur la Réconciliation nationale en Guinée (2016), les Guinéens ont décliné lors des consultations nationales un futur désiré, dont la réalisation exige la mise en œuvre des recommandations de la Commission Vérité et la création d’un mécanisme de réconciliation nationale inspiré des expériences récentes d’autres pays. Le chercheur Arsène Camara de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia-Conakry souligne que « les transitions démocratiques complexes » en Guinée ont souvent exacerbé « les fractures sociales, ethniques et politiques. »
Selon un rapport de l’International Crisis Group (2008), « le contrôle de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) par les partis politiques empêche de se défaire du modèle partisan et d’opérer une véritable réforme de l’institution. » La communauté internationale doit jouer un rôle actif en soutenant les réformes démocratiques, en imposant des sanctions ciblées contre les responsables des violations des droits humains, et en fournissant une assistance technique pour renforcer les institutions démocratiques. Un rapport du Projet du fonds pour la consolidation de la paix (PBF) le démontre, à travers ses interventions comme le partenaire leader du dialogue politique et la réconciliation nationale. En 2020, le chercheur Aliou Barry, directeur du Centre d’analyse et d’études stratégiques de Guinée, affirmait que « le pays doit garantir la poursuite des réformes démocratiques » pour assurer une transition réussie. »
Au rythme des coups d’État
Le premier président de la Guinée, Ahmed Sékou Touré, a dirigé le pays d’une main de fer après l’indépendance en 1958. Son régime, marqué par un parti unique et une répression sévère de l’opposition, a duré jusqu’à sa mort en 1984. À la suite de sa mort, le général Lansana Conté prend le pouvoir par un coup d’État le 3 avril 1984. Bien qu’il ait promis un retour à la démocratie, son régime est resté autoritaire. Conté est resté au pouvoir jusqu’à sa mort en décembre 2008, sans avoir instauré de véritable transition démocratique.
Le 23 décembre 2008, un groupe militaire dirigé par Moussa Dadis Camara renverse le régime de Lansana Conté. Le 28 septembre 2009, les forces de sécurité répriment violemment une manifestation de l’opposition au stade de Conakry, tuent au moins 157 personnes et violent 109 femmes, selon un rapport de l’ONU. En mars 2025, le régime militaire de Mamadi Doumbouya a gracié Dadis Camara pour « raison de santé », selon un décret lu à la télévision nationale, après l’avoir condamné en août 2024 à 20 ans de prison en lien avec le massacre du stade en 2009.
En 2010, Alpha Condé devient le premier président démocratiquement élu en Guinée. Cependant, l’opposition conteste sa réélection à un troisième mandat en 2021. Le 5 septembre de la même année, le colonel Mamadi Doumbouya le renverse par un coup d’État militaire. Depuis sa prise de pouvoir, celui qui s’est fait général de corps d’armée en janvier 2024 concentre les décisions en limitant la liberté d’expression et la participation politique. Malgré ses promesses de retour rapide à l’ordre constitutionnel, son régime soulève l’inquiétude des observateurs et de l’opposition.
Mahamat Ben Abdel




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