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Au Mali, Assimi Goïta verrouille le pouvoir par la purge

Depuis mai 2025, le colonel-président Assimi Goïta mène une vaste opération dite de purge : arrestations d’officiers et d’opposants, dissolution des partis… Le Mali s’enfonce dans une logique autoritaire où la survie du régime prime sur la cohésion nationale.

Le colonel Assimi Goïta annihile toute velléité de « déstabilisation ». ©DR

Arrivé au pouvoir à la faveur de deux putschs successifs en 2020 et 2021, Assimi Goïta a transformé la transition en présidence sans élection. Initialement, la junte avait promis un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Mais en juillet 2025, le Conseil national de transition lui a accordé un mandat renouvelable de cinq ans, repoussant sine die toute perspective électorale.

Cette dérive autoritaire s’est traduite par la dissolution des partis politiques en mai dernier, l’interdiction de toute activité publique d’opposition et l’arrestation de plusieurs figures civiles et politiques. Les espoirs d’un retour à une vie démocratique se sont évaporés au profit d’un régime de plus en plus fermé.

L’armée sous tension

Le 10 août, une cinquantaine d’officiers ont été arrêtés, dont deux généraux respectés, Abass Dembélé et Néma Sagara. La version officielle parle d’un vaste « complot de déstabilisation » visant à renverser le président. Le gouvernement affirme avoir agi pour « protéger les institutions et la stabilité nationale ».

Mais officieusement, tout indique qu’il s’agit d’un règlement de comptes. En ligne de mire : le général Sadio Camara, ex-ministre de la Défense et ancien allié de Goïta, devenu rival au sein de la junte. Plusieurs officiers proches de lui, notamment issus de la Garde nationale, ont été ciblés. Des sources militaires évoquent moins un véritable coup d’État qu’une opération préventive pour briser un courant concurrent.

Ces arrestations fragilisent la cohésion des Forces armées maliennes (FAMa). Le départ forcé de figures charismatiques bouleverse la chaîne de commandement et installe un climat de méfiance. Dans les casernes, la peur des dénonciations l’emporte sur la solidarité, et chaque officier redoute de figurer sur une liste noire.

Pour sécuriser son pouvoir, Goïta a lancé l’Opération Dougoukoloko, qui prévoit le recrutement de 124 000 soldats supplémentaires. Officiellement, il s’agit de doter le pays d’une armée puissante et moderne. De nombreux observateurs perçoivent cette initiative comme une tentative de bâtir une force parallèle, loyale à sa personne plutôt qu’à l’institution militaire. Un pari risqué qui pourrait accentuer les fractures au sein des FAMa.

Une scène politique muselée

Les arrestations ciblées de leaders civils – parmi eux les anciens Premiers ministres Choguel Maïga et Moussa Mara – ont décapité ce qui restait de l’opposition institutionnelle. Les autorités ont neutralisé ces figures, qui portaient des discours critiques sur la gestion de la transition, au moment même où la société civile tentait d’organiser des mobilisations pour réclamer un calendrier électoral crédible.

La répression des manifestations pro-démocratie de mai 2025 a parachevé cette fermeture. Les cortèges, portés par des étudiants, des syndicats et des militants associatifs, avaient rassemblé des milliers de personnes à Bamako et dans plusieurs grandes villes. Les autorités ont brutalement dispersé les manifestants, arrêté plusieurs personnes et provoqué des disparitions pour avertir que toute contestation sera désormais criminalisée.

Dans ce contexte, la junte transforme le Conseil national de transition – pourtant censé piloter l’élaboration d’une nouvelle Constitution et préparer le retour au pouvoir civil – en simple chambre d’enregistrement. Ses membres ne représentent plus la nation aux yeux du peuple : ils ne sont plus que des relais de la junte.

La privation de ses leaders, de ses structures et de ses relais institutionnels plonge l’opposition dans une paralysie quasi totale. Les voix dissidentes doivent se réfugier dans la clandestinité ou l’exil, laissant la population sans porte-parole audible. Pour beaucoup de Maliens, ce verrouillage politique s’apparente à une parenthèse autoritaire, mais une parenthèse dont la durée reste indéterminée, et qui pourrait bien redessiner durablement le paysage institutionnel du pays.

L’arrestation d’un Français, comme un symbole

Le 12 août 2025, les autorités maliennes ont également procédé à l’arrestation de Yann Vezilier, un ressortissant français présenté par le ministère français des Affaires étrangères comme un employé de l’ambassade de France. Selon Bamako, un réseau de soutien à des complots militaires et politiques visant la stabilité du pays l’impliquerait. Paris conteste vigoureusement ces accusations, qu’elle juge « sans fondement », et réclame sa libération. « Un dialogue est en cours avec les autorités maliennes afin de dissiper tout malentendu » et d’obtenir sa « libération sans délai », écrit le ministère. Le Quai d’Orsay dénoncé une détention arbitraire et demandé l’accès consulaire, tandis que l’affaire alimente des tensions diplomatiques croissantes entre la France et le Mali.

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En ciblant un ressortissant occidental, Goïta effectue une opération de propagande interne : il renforce son discours de « défense de la souveraineté » et montre qu’il ne tolérera aucune ingérence étrangère. L’arrestation s’inscrit ainsi dans la logique de verrouillage total du pouvoir, mêlant intimidation interne et posture anti-occidentale.

Méfiance régionale et isolement international

La purge n’a pas laissé les voisins indifférents. La CEDEAO suit la situation avec inquiétude, consciente que l’instabilité malienne a des répercussions directes sur toute la région. Si l’organisation n’a pas encore pris de sanctions supplémentaires, la méfiance est manifeste.

L’Union africaine, déjà préoccupée par la multiplication des juntes au Sahel, dénonce une dérive autoritaire. Quant aux partenaires occidentaux, notamment l’Union européenne et les États-Unis, ils multiplient les mises en garde, sans grand effet sur Bamako.

Goïta, lui, assume son isolement relatif et renforce ses liens sécuritaires et économiques avec Moscou. Ce rapprochement avec la Russie illustre la volonté de s’affranchir des pressions diplomatiques traditionnelles, mais accentue la dépendance du pays à un seul partenaire.

Tilmidja Malam

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