Inondations à Dakar : entre urgences et solutions durables
Le 16 août 2025, le président Bassirou Diomaye Faye a plongé au cœur des inondations à Dakar, pieds dans l’eau à Thiaroye-sur-Mer et aux Parcelles Assainies, face à une population exaspérée. Entre urgence immédiate et solutions durables, le défi reste colossal.

Ce samedi d’août 2025, Bassirou Diomaye Faye descend de son 4×4 au cœur d’un quartier inondé à Dakar. A Thiaroye-sur-Mer et aux Parcelles Assainies le président sénégalais avait autour de lui, des habitants en sandales pataugeant dans l’eau boueuse, des enfants portant des seaux pour vider leurs maisons, et des vieilles dames lui tendant des mains tremblantes. Dans des rues envahies par l’eau, il a tendu l’oreille aux sinistrés et promis : « L’État est à vos côtés, mobilisé sans relâche. » Sur place, il a annoncé des solutions immédiates et esquissé une vision à long terme. Mais derrière cette communication, un défi persistant : sortir Dakar du cycle infernal des inondations et de l’érosion.
À Thiaroye-sur-Mer, il s’arrête longuement devant des tombes envahies par la marée. Le constat est glaçant : « Nous constatons que les eaux envahissent les habitations et inondent totalement les cimetières », déclare-t-il. Le président détaille alors son plan immédiat : « Dès ce soir, le président va renforcer les mesures prises, notamment en pompant l’eau à grande échelle pour soulager les populations. » Mais Diomaye Faye prévient que ces actions d’urgence ne sont « que des mesures d’atténuation ».
Diomaye au pied du mur
Au-delà du pompage, Bassirou Diomaye Faye veut inscrire son action dans le temps long. Il évoque la restructuration des quartiers vulnérables, la préparation « d’un cadre d’assainissement performant », et surtout la construction de digues le long de la façade maritime : de Thiaroye à Bargny, en passant par Baw, Mbour, Joal et Palmarin. « Avec l’impact des changements climatiques, ce phénomène n’est pas pour s’arrêter », insiste-t-il, appelant à un partenariat renforcé entre ministères, génie militaire et partenaires internationaux. L’idée est claire : passer d’une logique de gestion saisonnière de crise à une stratégie durable de résilience côtière.
Dans cette perspective, le chef de l’État promet la diffusion prochaine d’un plan quinquennal d’assainissement et de protection côtière. Celui-ci devrait recenser l’ensemble des points bas, renforcer le maillage des bassins de rétention, mais aussi intégrer un volet social, avec la réorganisation des quartiers spontanés les plus exposés. « Nous avons déjà accompli beaucoup de choses, mais il faut aller plus loin », plaide-t-il, citant notamment les digues qu’on a déjà construites et les opérations de pompage qui, par endroits, ont soulagé les habitants en quelques heures.
Les urbanistes restent toutefois prudents. Pour l’ingénieur en hydraulique Mamadou Lamine Sow, « sans une gouvernance rigoureuse et une implication réelle des populations, les grands plans risquent de rester des vœux pieux ». Une alerte que partagent plusieurs ONG, qui appellent à penser les solutions non seulement en termes d’infrastructures, mais aussi de justice sociale, afin de ne pas laisser les familles les plus pauvres à la merci des prochaines crues.
Quand la mer avance…
Au-delà des inondations liées aux pluies, Dakar doit désormais composer avec l’érosion côtière et l’avancée de la mer, qui aggravent la vulnérabilité des communes littorales. Le président Bassirou Diomaye Faye l’a rappelé : « La particularité des quartiers ou des communes comme Tiaroy, comme Baw, comme Bargny, comme Palmarin, un peu plus dans les ailes du fleuve Saloum, c’est qu’il y a l’avancée de la mer qui est un phénomène supplémentaire au-delà des inondations. Avec l’impact des changements climatiques comme partout ailleurs dans le monde, ce phénomène n’est pas pour s’arrêter. »

Des études scientifiques étayent cette inquiétude. Le Centre de suivi écologique (CSE) mesure un recul moyen du littoral dakarois de 1 à 2 mètres par an, une tendance qui s’accélère dans certains secteurs comme Bargny et Rufisque. Les chercheurs de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et de l’Université Cheikh Anta Diop soulignent que la combinaison de l’élévation du niveau de la mer et de la subsidence locale menace directement les habitations, les routes et les infrastructures publiques. Pour les urbanistes et climatologues, la menace est claire : sans digues, protections naturelles restaurées (dunes et mangroves) et planification urbaine adaptée, la côte dakaroise continuera à perdre du terrain.
Dans cette perspective, le chef de l’État promet la diffusion prochaine d’un plan quinquennal d’assainissement et de protection côtière. Celui-ci devrait recenser l’ensemble des points bas, renforcer le maillage des bassins de rétention, mais aussi intégrer un volet social, avec la réorganisation des quartiers spontanés les plus exposés. « Nous avons déjà accompli beaucoup de choses, mais il faut aller plus loin », plaide-t-il, citant notamment les digues qu’on a construites et les opérations de pompage qui, par endroits, ont soulagé les habitants en quelques heures.
Dakar piégée par son urbanisation
Derrière l’image d’un président les pieds dans l’eau se cache une ville dont la structure urbaine elle-même favorise les inondations. Une étude exhaustive sur l’occupation du sol des zones humides de Pikine entre 1942 et 2014 montre que l’urbanisation a progressivement remblayé les Niayes, pourtant fondamentales pour absorber les eaux de pluie. Jusque dans les années 1960, la végétation dominait, mais entre 2003 et 2014, les constructions l’ont supplantée, fragmentant l’écosystème alors que l’urbanisation prenait le dessus. Ce diagnostic, mis à jour jusqu’en 2018, confirme la tendance : la Grande Niaye de Pikine a vu sa surface urbanisée passer de 45,9 km² en 1990 à 63,5 km² cette année-là (+38 %), tandis que les zones humides ont chuté à moins de 2 % de l’espace.

Enseignant de géographie à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar, le Pr Mame Cheikh Ngom souligne une absence de stratégie en aménagement territorial : « Certaines communes ont délivré permis de lotir ou de morceler sans plan global d’aménagement ». Les autorités imposaient aux communes des responsabilités déséquilibrées, sans vision ni outils. Djibril Diop, enseignant d’urbanisme à l’Université de Montréal et CEO du Think-Tank « Observatoire de la nouvelle ville » précise que la transformation du bâti (béton, asphalte) a radicalement réduit la capacité d’infiltration des sols. Par ailleurs, certaines nappes, comme celle de Thiaroye, saturées ou affleurantes, laissent presque pas l’eau s’infiltrer. L’urbanisation de la Niaye entre Pikine et la Patte d’Oie a supprimé un corridor naturel d’évacuation des eaux.
Dans la municipalité de Yeumbeul Nord, la population a explosé de 104 000 en 2002 à 168 000 en 2013, soit +62 % en à peine 11 ans. Cela a conduit à une densité urbaine de 20 141 habitants/km², contre 5 739 sur l’ensemble de la région de Dakar. Une pression démographique qui a favorisé les installations spontanées en zones basses inondables.
Le vrai test de Diomaye Faye
En descendant dans l’eau boueuse, Bassirou Diomaye Faye a voulu marquer une rupture : celle d’un président présent au chevet des sinistrés. Mais son discours révèle aussi l’ampleur du chantier : l’articulation entre urgences et réformes structurelles, entre pompes à eau et digues maritimes.
Le véritable défi de son mandat sera de transformer les annonces en politiques durables. L’ancien président Macky Sall avait lancé plusieurs programmes ambitieux pour protéger Dakar des inondations, comme le Programme décennal de gestion des inondations (PDGI) et le PROGEP II, qui ont permis de construire des bassins de rétention et des collecteurs. Malgré ces efforts, la capitale reste vulnérable : les bassins ne suffisent pas, l’entretien des infrastructures est irrégulier et l’érosion côtière continue de grignoter le littoral.
Diomaye Faye hérite donc d’une situation où les mesures d’urgence sont indispensables mais ne sauraient suffire. Son test consiste à aller au-delà de la continuité : consolider les infrastructures existantes, renforcer l’urbanisme préventif, protéger le littoral et surtout inscrire ces actions dans une stratégie pérenne qui évite que chaque hivernage ne devienne un drame humain et politique.
Car à Dakar, les pluies reviendront — et avec elles, le même test pour l’État, à moins que la ville ne parvienne enfin à conjuguer urgence et résilience structurelle.
Pape Madiakhaté, à Dakar




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