CEMAC : les arriérés des États freinent à l’intégration régionale
En 2025, la CEMAC a recouvré 31,09 milliards de FCFA sur les 51,9 milliards attendus, mettant en évidence que sa principale ressource propre ne suffit plus à financer ses ambitions. Les États membres accumulent des arriérés de 263,5 milliards de FCFA. Une situation qui freine l’intégration et renforcent la dépendance de la Commission aux bailleurs extérieurs.

Le 16 février 2026, la Commission de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) a présenté à Malabo, en Guinée équatoriale, son Rapport général 2025 devant le Parlement communautaire. L’institution a souligné une fragilité financière persistante : le mécanisme d’autofinancement, censé garantir son autonomie budgétaire, fonctionne à flux réduit alors que les engagements se multiplient.
La Taxe communautaire d’intégration (TCI) représente la principale ressource propre de la Communauté. La Commission prévoyait 51,9 milliards de FCFA pour 2025 et n’en a effectivement recouvré que 31,09 milliards, soit 59,9 % du montant attendu. Cette sous‑mobilisation s’inscrit dans une tendance structurelle récurrente, évaluée entre 45 et 55 % du potentiel mobilisable.
Des arriérés colossaux
Au 31 décembre 2025, les arriérés cumulés s’élèvent à 263,5 milliards de FCFA. La répartition par pays révèle de fortes disparités : le Cameroun totalise 59,98 milliards, la République centrafricaine 61,80 milliards, le Congo 52,23 milliards, le Tchad 49,14 milliards, la Guinée équatoriale 34,10 milliards et le Gabon 6,11 milliards. Seuls le Cameroun et le Gabon versent des contributions supérieures au minimum égalitaire, tandis que certains États n’effectuent aucun versement en 2025.
Bien que la CEMAC partage une banque centrale et une monnaie commune, la BEAC a maintenu en 2025 une inflation inférieure à 3 % et des réserves extérieures couvrant plus de trois mois d’importations. Dans le même temps, la Commission peine à financer ses charges de fonctionnement et ses projets intégrateurs. La stabilité macroéconomique agrégée ne garantit donc pas la solvabilité institutionnelle interne, et la discipline monétaire ne compense pas l’indiscipline budgétaire communautaire.
Une dépendance accrue aux bailleurs
Faute de ressources propres suffisantes, la CEMAC s’appuie de plus en plus sur les partenaires techniques et financiers pour financer ses infrastructures et soutenir ses réformes prioritaires. Cette dépendance réduit sa marge de manœuvre stratégique. « Les efforts de diversification économique, d’harmonisation statistique, de suivi conjoncturel et de mobilisation des recettes internes restent des leviers indispensables pour accélérer la transformation structurelle », indique Dr Charles Assamba Ongodo, vice-président de la Commission.
La pression sur la trésorerie ralentit l’exécution des politiques sectorielles : moins d’une dizaine sur vingt prévues sont réellement opérationnelles. Les cadres réglementaires restent partiellement appliqués et les échanges intra-CEMAC représentent seulement 3 à 5 % du commerce global. Le marché commun demeure donc partiellement effectif, et les obstacles non tarifaires persistent.
Dr Ongodo précise : « Malgré les réformes douanières, financières et statistiques, l’intégration reste entravée par la faible circulation des biens et des personnes, par les obstacles non tarifaires persistants, par l’application incomplète des textes communautaires et par l’insuffisance des infrastructures transfrontalières. »
Crédibilité et intégration en jeu
La soutenabilité financière devient un facteur central de crédibilité. La Commission insiste sur la mise en œuvre stricte du mécanisme autonome de recouvrement de la TCI comme un impératif stratégique. La surveillance multilatérale existe, mais elle reste peu contraignante : aucun État ne respecte pleinement le critère relatif aux arriérés de paiement dans le cadre de la convergence budgétaire. La CEMAC évolue dans un contexte marqué par le ralentissement économique mondial, la volatilité des matières premières et les tensions géopolitiques. En 2025, la région enregistre une croissance estimée à 2,4 % et une inflation contenue à 2,2 %. Ces niveaux restent insuffisants pour financer une transformation structurelle rapide et élargir durablement les assiettes fiscales nationales, dont le ratio moyen n’atteint que 10,5 % du PIB.
La question dépasse la simple gestion de trésorerie : elle touche à la cohérence du projet communautaire. L’union douanière reste fragilisée par les dérogations, le marché commun demeure largement non opérationnel et la zone de libre-échange conserve un caractère théorique. La CEMAC dispose certes d’un cadre institutionnel consolidé et prépare un plan stratégique 2026-2030, mais l’écart persiste entre normes adoptées et exécution financière réelle. Tant que les États membres n’intégreront pas pleinement la discipline budgétaire communautaire, l’intégration restera déclarative et dépendra d’arbitrages nationaux soumis à leurs propres contraintes internes.
Par Fabrice PORO, à Yaoundé




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