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Trois centrales pilotes pour l’électricité rurale au Tchad

Pour améliorer l’accès à l’électricité, le Tchad déploie trois centrales pilotes hybrides combinant solaire, thermique et stockage. Ces projets visent à stabiliser l’approvisionnement électrique dans les villes secondaires et à préparer la montée en puissance du mix énergétique national d’ici 2030.

Pose de la première pierre des trois centrales hybrides à Bongor par le Premier ministre Allah-Maye Halina, le 17 février 2026. ©Primature Tchad

Le 17 février à Bongor, le Premier ministre du Tchad, Allah-Maye Halina a donné le coup d’envoi des travaux d’une des trois nouvelles centrales hybrides prévues à Bongor, Bol et Biltine. D’un coût total de 7,93 millions de dollars, financé par la Banque africaine de développement, le projet combine solaire photovoltaïque, groupes thermiques et batteries de stockage. Il s’inscrit pleinement dans le plan Tchad Connexion 2030, dont l’objectif est de porter le taux d’accès à l’électricité à 60 % d’ici la fin de la décennie.

En 2018, seulement 6 % des Tchadiens avaient accès à l’électricité, et ce chiffre chute à 1 ou 2 % en zone rurale, selon la Banque mondiale. Ces nouvelles centrales doivent servir de démonstrateurs pour tester un modèle hybride capable de réduire la dépendance au diesel importé et de stabiliser l’approvisionnement dans les villes secondaires. Avec 4 MWc solaires cumulés, ces installations restent modestes face aux 866 MW supplémentaires programmés d’ici 2030, dont 520 MW solaires. Néanmoins, leur réussite conditionnera la crédibilité d’une transition énergétique encore fragile, tout en offrant un aperçu concret des potentialités du solaire dans un contexte sahélien.

Trois centrales hybrides pour tester un modèle

Techniquement, chaque installation combine solaire photovoltaïque, groupes thermiques et batteries. À Bongor, la centrale prévoit 2 MWc solaires, 2 MW thermiques et 1 MWh de batteries. À Bol et Biltine, chaque site disposera de 1 MWc solaire, 1 MW thermique et 0,5 MWh de stockage. Ce dimensionnement cible les besoins des centres secondaires éloignés des grands pôles énergétiques et assure une production solaire prioritaire en journée, un appoint thermique en cas de baisse d’irradiation, et un stockage pour stabiliser la fréquence et absorber l’intermittence.

Les études du Projet d’appui au secteur de l’énergie électrique au Tchad (PASET 2) montrent que l’hybridation réduit la consommation de diesel, améliore le rendement des groupes électrogènes et limite les émissions de gaz à effet de serre. Bien que modestes à l’échelle nationale, ces centrales s’inscrivent dans la trajectoire du PND 2030, qui prévoit 866 MW additionnels d’ici 2030, dont 520 MW solaires, pour porter la part des renouvelables à 20–30 % du mix énergétique contre environ 9 % aujourd’hui.

Un test avant un déploiement massif

Les sites de Bongor, Bol et Biltine ont été conçus comme de véritables laboratoires à ciel ouvert pour la transition énergétique du Tchad. Leur mission dépasse largement la simple production d’électricité : ils doivent évaluer la performance technique des batteries en conditions sahéliennes, tester la stabilité et la résilience des réseaux locaux face à des fluctuations de charge, mesurer l’efficacité économique des installations et vérifier l’intégration harmonieuse du solaire avec les groupes thermiques existants. Ces indicateurs permettront de déterminer si le modèle hybride peut être reproduit dans d’autres centres secondaires isolés et servir de référence pour la planification future.

L’entreprise tunisienne Tragedel a été chargée de réaliser les travaux, avec un calendrier contractuel strict de douze mois. Le Premier ministre Allah-Maye Halina a souligné l’importance du respect des délais et des normes techniques, soulignant que la réussite opérationnelle de ces centrales constituera un test décisif pour la crédibilité de l’exécutif dans la conduite du secteur énergétique. Le Pacte national de l’énergie rappelle que le secteur souffre de faiblesses structurelles : coûts élevés du kWh, faibles taux de facturation et de recouvrement, retards récurrents dans l’exécution des projets.

Un système électrique sous tension

Le secteur électrique tchadien souffre d’un déficit structurel sévère. Selon la Banque mondiale, seulement 6 % de la population a accès à l’électricité, un taux qui tombe à 1–2 % en milieu rural. Le Plan national de développement Tchad Connexion 2030 rappelle que, en 2022, le taux national ne dépassait pas 11 %, témoignant du retard accumulé. Le système repose majoritairement sur des centrales thermiques fonctionnant au diesel importé, concentrées à N’Djamena et dans quelques villes secondaires. Cette dépendance expose le pays à la volatilité des prix du pétrole et aux coûts logistiques élevés pour acheminer le carburant à l’intérieur du territoire.

La Société nationale d’Électricité (SNE) cumule également des faiblesses structurelles : coût élevé du kWh, faible taux de facturation et de recouvrement, absence de contrat de performance avec l’État et déséquilibres financiers persistants. Pour réduire ces vulnérabilités, le gouvernement mise sur l’hybridation solaire–thermique. L’objectif est clair : diminuer la consommation de diesel, stabiliser les réseaux locaux et améliorer la continuité du service, tout en préparant la mise en œuvre progressive des 866 MW supplémentaires programmés d’ici 2030.

Un test pour la stratégie 2030

Au-delà de l’investissement de 7,93 millions de dollars, ce projet constitue un véritable banc d’essai pour la stratégie énergétique nationale. Il illustre la cohérence entre les ambitions macroéconomiques et les capacités concrètes de mise en œuvre, alors que le pays vise 60 % de taux d’accès à l’électricité d’ici 2030. La réussite de ces centrales permettra de mesurer la fiabilité technique des systèmes hybrides, la continuité de service dans des zones isolées et l’impact sur le coût du kilowattheure, tout en réduisant la consommation de diesel.

En parallèle, ce projet évaluera l’acceptabilité économique et sociale du modèle hybride. Les résultats orienteront la stratégie d’électrification secondaire et détermineront si l’hybridation peut constituer un levier durable pour une transition énergétique vers un mix plus solaire ou si elle restera ponctuelle. Ces trois sites sont à la fois un projet pilote et un indicateur clé du potentiel de réussite du plan national à horizon 2030.

Par Ebnou KHALZÉ, à N’Djamena

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