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Au Tchad, Mahamat Idriss Déby fragilise un peu plus l’opposition

Alors que l’opposant et ancien Premier ministre Succès Masra croupit en prison, le président Mahamat Idriss Déby accélère la recomposition politique en affaiblissant l’opposition, combinant répression judiciaire et débauchage de ses cadres.

Ancien vice-président des Transformateurs, Sitack Yombatina, rejoint le gouvernement Déby. ©Facebook

La neutralisation de l’opposition tchadienne progresse méthodiquement. Succès Masra, 321 jours de détention ce 2 avril 2026, et le parti Les Transformateurs apparaît de plus en plus fragilisé par les mesures prises depuis le sommet de l’État dirigé par Mahamat Idriss Déby. Le pouvoir exerce également des pressions ciblées sur d’autres partis et figures de l’opposition, impose des restrictions répétées aux manifestations publiques et surveille de près les réseaux sociaux, limitant fortement la capacité de mobilisation et de communication des mouvements contestataires.

Sur sa page Facebook, le parti a relayé, ce 2 avril, un message attribué à son leader emprisonné. Dans cette « Lettre d’une prison du Tchad », Succès Masra appelle ses partisans à rester mobilisés autour de « l’essentiel : le changement voulu et exigé par le peuple » et dénonce un « scénario des ennemis de l’unité ». Le parti exige, une fois de plus, sa « libération immédiate et sans conditions ».

Condamné en août 2025 à vingt ans de prison, l’ancien Premier ministre paie, selon ses soutiens, son statut de principal opposant au régime. Pour de nombreux analystes, cette lourde peine s’inscrit dans une dynamique plus large de verrouillage politique, visant à affaiblir durablement toute alternative crédible au pouvoir en place. Ces derniers mois, le gouvernement a incarcéré plusieurs leaders d’autres partis, interdit certains de campagne électorale et harcelé des militants, renforçant le climat de peur et de contrôle autour de l’opposition.

Un ex-Transformateurs au gouvernement

Au-delà de l’emprisonnement de son leader, le pouvoir cible désormais la structure même des Transformateurs. Le remaniement gouvernemental du 1er avril 2026 illustre cette stratégie. Parmi les 37 membres du nouveau gouvernement, Mahamat Idriss Déby nomme Sitack Yombatina, ancien vice-président du parti, ministre de l’Enseignement supérieur.

Son départ du mouvement en août 2025, au lendemain de la condamnation de Succès Masra, avait déjà provoqué de vives tensions internes. Sa nomination apparaît aujourd’hui comme une récompense politique et confirme la stratégie du pouvoir d’absorber progressivement les cadres de l’opposition. Cette tactique complète les mesures de fragmentation de l’opposition, telles que la multiplication des partis satellites et la cooptation de figures dissidentes pour affaiblir l’unité des mouvements contestataires.

D’autres figures issues des Transformateurs ont déjà rejoint les sphères gouvernementales, contribuant à éroder la cohésion du parti. Le pouvoir exploite ainsi un mécanisme classique des régimes en quête de stabilité : affaiblir l’adversaire en le fragmentant de l’intérieur. Les pressions économiques et administratives sur les partis et médias indépendants accentuent cette fragilisation et réduisent la visibilité de l’opposition auprès de la population.

Mahamat Idriss Déby seul au Tchad

Face à cette pression multiforme — judiciaire, politique et symbolique —, Les Transformateurs tentent de maintenir une ligne mesurée. Leur direction rappelle que chaque acteur reste « libre de ses choix », tout en évitant l’escalade verbale. Mais, privé de son leader charismatique et confronté à des défections stratégiques, le parti affronte un défi existentiel. Mahamat Idriss Déby poursuit clairement son objectif : neutraliser l’adversaire, réduire ses relais et recomposer le paysage politique à son avantage.

Dans ce rapport de force asymétrique, la bataille pour le « changement » évoqué par Succès Masra semble plus incertaine que jamais. L’ensemble de l’opposition tchadienne subit des restrictions visibles, de l’assignation à résidence à l’interdiction de manifester, en passant par la censure et la surveillance numérique.

Par Ebnou KHALZÉ, à N’Djamena

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