Accord migratoire controversé entre les États-Unis et le Cameroun
Derrière un accord migratoire controversé entre les États-Unis et le Cameroun se dessinent les contours d’une diplomatie de marchandage, mêlant silence politique et pressions financières pour organiser l’expulsion de migrants vers Yaoundé.

C’est une affaire qui jette une lumière crue sur les coulisses des relations internationales. Selon des documents confidentiels révélés par le New York Times, l’administration de Donald Trump aurait conclu, en toute discrétion, un accord avec le Cameroun pour y expulser des migrants en situation irrégulière… sans lien avec ce pays. Au cœur de cette entente : une combinaison de pressions diplomatiques et d’incitations financières. Les Etats-Unis auraient notamment suspendu un financement de 30 millions de dollars destiné au bureau camerounais du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, avant de le débloquer juste après la conclusion de l’accord. Officiellement, ces fonds visaient à soutenir le retour volontaire des réfugiés et la lutte contre l’immigration illégale. Mais des correspondances internes établissent un lien direct avec l’opération.
Le contexte politique camerounais a également pesé. Réélu dans des conditions contestées, le président Paul Biya faisait face à des critiques internationales après la répression meurtrière de manifestations. Washington a choisi de ne pas condamner ces dérives. Une retenue interprétée, en interne, comme un levier pour faciliter les négociations. D’après plusieurs sources du New York Times, Yaoundé s’est d’abord montré réticent, certains responsables évoquant un « chantage ». Le Cameroun aurait finalement accepté, espérant en retour une coopération accrue des États-Unis, notamment sur la question des opposants et séparatistes réfugiés outre-Atlantique.
Migrants en transit, vies en suspens
Depuis janvier, au moins 17 migrants ont ainsi été transférés vers le Cameroun. Aucun n’est de nationalité camerounaise. Beaucoup avaient pourtant obtenu des protections judiciaires aux États-Unis, censées empêcher leur renvoi vers des pays où ils risquaient persécution, guerre ou emprisonnement. À leur arrivée à Yaoundé, ces migrants sont maintenus dans un centre de détention, dans une situation incertaine. Selon des témoignages recueillis, ils vivent dans l’angoisse d’un renvoi vers leurs pays d’origine. « Vous allez rentrer chez vous », leur aurait déclaré un responsable camerounais, évoquant la nouvelle politique migratoire américaine.
Menottés, entravés, souvent sans savoir leur destination, ces exilés décrivent une expérience traumatisante. Certains dénoncent un accord « déshumanisant », assimilé à un échange d’argent contre des vies humaines. Du côté des Nations unies, le flou demeure. Le HCR affirme n’avoir reçu aucune information établissant un lien entre le financement américain et cet accord. Surtout, le Cameroun ne reconnaît pas les migrants concernés comme réfugiés, ce qui les prive de toute possibilité d’asile sur place.
Cette affaire s’inscrit dans une stratégie plus large de Washington : multiplier les accords avec des pays tiers pour y expulser des migrants impossibles à renvoyer dans leurs États d’origine. Le Sénat américain estime qu’au moins 25 pays sont déjà impliqués dans ce dispositif. En toile de fond, une réalité s’impose : la gestion migratoire internationale se joue aussi dans l’ombre, au prix de compromis politiques et humains qui interrogent.
Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé




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