Chargement en cours
Publicité

Présidentielle ivoirienne 2025 : une élection « sans adversaire »

Ce 25 octobre, Alassane Ouattara se présente pour un quatrième mandat face à une opposition « sans poids ». Entre exclusion des figures majeures, candidats marginaux et contrôle étatique, le vote semble moins une compétition qu’une formalité politique.

Dans les rues d’Abidjan, les affiches de campagne de Ouattara dominent. ©DR

Les Ivoiriens retournent aux urnes ce 25 octobre 2025 pour élire leur président. Officiellement, cinq candidats sont en lice. En réalité, un seul a les moyens, les réseaux et l’appareil d’État pour l’emporter : Alassane Dramane Ouattara. À 83 ans, le chef de l’État sortant brigue un quatrième mandat, malgré la controverse constitutionnelle et la lassitude d’une partie de la population. Face à lui, quatre adversaires politiquement marginaux, dont la candidature semble davantage symbolique que stratégique. Dans un climat d’apathie électorale et de résignation populaire, l’opposition dénonce une compétition verrouillée. Pour beaucoup d’observateurs, le scrutin du 25 octobre ressemble moins à une élection pluraliste qu’à une répétition formelle du pouvoir, soigneusement orchestrée par un régime sûr de lui et d’un système électoral calibré pour sa victoire.

Huit ans après avoir promis qu’il ne briguerait plus de mandat, Alassane Ouattara revient une fois encore devant les électeurs ivoiriens. À 83 ans, il se présente comme le garant de la stabilité, de la croissance et de la continuité. Son parti, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), domine toutes les institutions clés du pays, des conseils municipaux jusqu’à la Commission électorale indépendante (CEI).

Alassane Ouattara, grand favori

Pour assurer sa réélection, le candidat du RHDP avance des chiffres. La stratégie lui donne une assise solide : la Côte d’Ivoire figure parmi les rares pays ouest-africains à afficher une croissance robuste. En 2024, le PIB réel devrait croître d’environ 6,1 %, dépassant largement la moyenne régionale de 4,2 %. La Banque mondiale note que le pays a enregistré une croissance moyenne de 6,5 % entre 2021 et 2023. Les projections tablent sur une croissance autour de 7 % entre 2024 et 2027, soutenue notamment par de nouveaux investissements dans le secteur pétrolier et gazier. Le climat des affaires s’améliore, l’accès à l’électricité dépasse 90 % et la diversification économique progresse (services et industrie représentant désormais plus de 75 % du PIB).

« Ouattara joue sur la peur du vide », analyse le politologue Netton Prince Tawa. « Il a réussi à installer dans l’opinion l’idée que sans lui, la Côte d’Ivoire risquerait de basculer dans l’instabilité. » Pour autant, ce succès se double d’un revers démocratique. L’absence de renouvellement politique, la mainmise croissante du pouvoir sur les institutions et la neutralisation progressive des rivaux traduisent un épuisement du jeu démocratique. Les partisans soutiennent que ces performances économiques légitiment une reconduction, tandis que les adversaires répliquent qu’un modèle centré sur l’homme devient fragile en l’absence d’alternance. « La Côte d’Ivoire a connu une stabilisation remarquable, mais les défis démocratiques demeurent : pluralisme, alternance, inclusion », rappelle l’analyste Arthur Banga.

Alassane Ouattara est aujourd’hui grand favori non seulement parce qu’il incarne la continuité, mais parce que ses chiffres façonnent une réalité que peu osent contester. Reste à voir si cette balance entre efficacité économique et déficit politique pourra véritablement résister à l’épreuve d’un scrutin où le choix semble déjà en partie joué.

Une opposition de nom

Lorsque le Conseil constitutionnel a publié la liste définitive des candidats, le 8 septembre, la déception fut générale. Le jury n’a retenu que cinq dossiers sur près de soixante déposés. En face du président Alassane Ouattara, figurent désormais : Jean-Louis Billon, ancien ministre du Commerce et chef du Congrès démocratique, qui défend une réforme administrative et la levée des restrictions sur la double nationalité ; Simone Ehivet Gbagbo, ex-première dame et présidente du Mouvement des Générations Capables, centrée sur la réconciliation nationale ; Ahoua Don Mello, ancien proche de Laurent Gbagbo, devenu indépendant et partisan d’une rupture économique avec la France ; Henriette Lagou Adjoua, candidate centriste et féministe, qui plaide pour la paix et la représentativité des femmes.

À première vue, la diversité semble réelle. En pratique, elle reste strictement encadrée. Aucun de ces candidats ne dispose d’un appareil politique national équivalent au RHDP, ni d’une base territoriale solide. Leurs moyens financiers et médiatiques sont dérisoires face à la puissance du parti présidentiel. « Ce scrutin a tout d’un rituel démocratique vidé de sa substance », estime Kouadio N’Guessan, analyste politique basé à Bouaké.

Dans ce contexte, certains voient en ces candidatures une caution pluraliste utile à la légitimité du processus électoral. Une illusion d’ouverture dans un paysage verrouillé. Comme le rappelle Dr Tawa : « Toute exclusion politique porte en elle des raisons de troubles ».

Des « poids lourds » écartés

Le véritable tournant de cette élection réside dans l’exclusion de figures capables de créer un rapport de force. Laurent Gbagbo, ancien président et chef du Parti des Peuples Africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI), a vu sa candidature rejetée en raison d’une condamnation judiciaire non levée. Le PDCI-RDA a vu son candidat Tidjane Thiam invalidé pour des irrégularités de résidence, une décision que son camp juge arbitraire. Le Conseil électoral a également exclu Charles Blé Goudé, ancien ministre et leader du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP), de la course présidentielle. Bien qu’acquitté par la Cour pénale internationale en 2019, il demeure inéligible en raison d’une condamnation par contumace en 2019 à 20 ans de prison et dix ans de privation de droits civiques.

Guillaume Soro, ancien Premier ministre et ex-chef rebelle, est dans une situation similaire. Condamné en 2021 à la perpétuité pour atteinte à la sûreté de l’État, il vit en exil depuis 2019. En mai 2025, il a dénoncé une « dérive autoritaire assumée » des autorités ivoiriennes, affirmant que les autorités ont « choisi l’injustice comme méthode, l’arbitraire comme politique, la peur comme stratégie ». Pour les partisans de ces leaders, l’exclusion n’est pas juridique, mais politique. « On a vidé la course avant même le départ », résume un cadre du PPA-CI sous couvert d’anonymat. « Sans Gbagbo, Thiam, Blé Goudé ni Soro, il n’y a plus de débat. »

Ces décisions ont renforcé le sentiment d’un processus sélectif, où la légalité sert de paravent à la stratégie du pouvoir. Les appels au boycott, timides mais réels, témoignent d’une fracture grandissante entre institutions et citoyens.

David Kouadio, à Abidjan

Laisser un commentaire